Portraits
Alice In Chains, The Darkest Hole

Alice In Chains, The Darkest Hole

par Brice Tollemer le 23 janvier 2007

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 The Killer Is Me


Le 10 avril 1996, Alice In Chains donne, pour le compte d’un MTV Unplugged, un concert acoustique de toute beauté. Le groupe revisite les principaux morceaux de sa carrière. Tout est sublime. Il faut voir comment Jerry Cantrell soutient du regard et de la voix Layne Staley, qui fait preuve d’une dignité et d’une stature extraordinaire quand on connaît son état de santé à ce moment-là. Il est littéralement bouffé par l’héroïne. Mais, pour ce concert, il tient bon. Quelle voix, quelle façon d’interpréter notamment Down In A Hole et Rooster. Le groupe s’amuse lors de ce concert, quelques notes d’Enter Sandman de Metallica sont même jouées juste avant Sludge Factory. Et offre même une nouvelle chanson inédite, The Killer Is Me, qui conclut à merveille la performance (So the sun/ Shines upon me/ I’m havin fun/ The killer is me). Tel Nirvana deux années plus tôt, Alice In Chains livre avec cet Unplugged son testament funéraire. Ainsi, tout au long de son histoire, le groupe aura jonglé entre ses deux aspirations, entre ses riffs lourds et ses accords plus acoustiques. Une richesse indéniable, que ses membres ont exprimé avec talent.

C’est la fin pour Alice In Chains. Le 3 juin 1996, à Kansas City, Layne Staley apparaît pour la dernière fois au micro. Quelques mois plus tard, en octobre, sa petite amie meurt d’une endocardite infectieuse causée par la drogue. Staley s’enfonce alors dans la dépression et abandonne la lutte contre son addiction. Une enfance déchirée, une adolescence humiliée, l’héroïne et la mort de sa concubine, tout décidément n’aura été que souffrance pour le chanteur. Le succès ne change rien à l’affaire, Layne Staley souffrait seul. Les dernières années de sa vie, il les passa sans aucune compagnie, erra tel un fantôme oublié. Le 20 avril 2002, il est retrouvé mort dans son appartement, victime d’une overdose à l’héroïne et à la cocaïne. Il avait 34 ans. Quelques mois plus tôt, il avait accordé une interview dans laquelle il revenait sur sa dépendance à l’héroïne : « Je ne me drogue pas pour planer comme beaucoup de gens le pensent, je sais que j’ai fait une grosse erreur quand j’ai commencé à user de cette saloperie. C’est très difficile à expliquer, la souffrance est pire que ce que vous pouvez imaginer : la drogue rend malade le corps entier ».


Malgré tout, durant cette période, Cantrell veut faire durer l’aventure du groupe. Il sort un album solo en 1998, avec les autres membres du groupe. En 1999, sort le coffret Music Bank qui contient quatre nouvelles compositions, des faces B et des anciennes démos. Un Best Of voit le jour, ainsi qu’un Live. On croit Alice In Chains définitivement amené à disparaître, mais ce n’est pas le cas. En 2005, lors d’un concert de charité au profit des victimes de tsunami asiatique, Jerry Cantrell, Mike Inez et Sean Kinney se retrouvent sur scène, en compagnie notamment de Maynard James Kennan de Tool. Cette réunion est l’occasion d’une reformation (temporaire) et en 2006 le groupe reprend la route, avec le chanteur William Duvall, ancien membre de Comes With The Fall. Cependant, on ne sait pas encore si un nouvel album sortira de cette collaboration...

« J’ai vu toute la souffrance que Kurt Cobain a enduré, disait Layne Staley en 1996, je ne le connaissais pas personnellement, mais j’ai vu cette personne si vivante devenir si timide, si réservée qui pouvait difficilement sortir juste un « bonjour »... Et à la fin de la journée ou d’une soirée, tout le monde est parti et vous êtes seul, juste seul ». La solitude. Faire face à ses démons. Voilà à quoi était confronté Staley. Et l’héroïne, poison ravageur qui peu à peu accomplit son œuvre de grande faucheuse . Qui vous coupe de tout.

Finalement, la carrière d’Alice In Chains n’a duré que six ans. Trois albums, deux EP et un Unplugged pour terminer. Mais toutes ces œuvres ont su retranscrire de manière diverse une mélancolie inexorable, un sentiment d’abandon fataliste et de rage concentrée si particulière au groupe de Seattle. Car le groupe de Staley, par les différentes collaborations qu’il a connues (Chris Cornell, Mark Arm, Mark Lanegan, Mike Mc Cready), était en quelque sorte la pierre angulaire du mouvement de cette période. La Pierre de Rosette du « grunge » en quelque sorte...



Vos commentaires

  • Le 29 mars 2017 à 15:15, par Wivine Mathys En réponse à : Alice In Chains, The Darkest Hole

    Merci pour ce bel hommage à Layne Staley. Cela fera dans quelques jours 15 ans déjà qu’il n’est plus de ce monde. Il ne faut pas l’oublier et c’est grâce à des articles comme celui-ci qu’il ne disparait pas tout à fait ! J’ai adoré Alice In Chains quand j’étais adolescente et jeune adulte et je les aime encore mais Layne Staley dégageait un je ne sais quoi qui a fait que je l’ai tout de suite adoré ainsi que tous les deux EP et les trois LP qu’ils ont composé entre 1990 et 1995 ! J’adore toujours sa voix. Le concert Unplugged dont vous parlez est magnifique, sans doute un des plus beaux de cette période ! Et Layne a quelque chose de touchant, de si fragile. J’ai gardé précieusement le DVD que je regarde régulièrement. Dieu quel beau concert ! Les choeurs Staley/Cantrell étaient un régal et la musique tellement différente de celle des autres groupes du mouvement « grunge » ! Comme dirait Eddie Vedder, personne ne pourra jamais le remplacer ni même l’imiter !

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Bibiliographie indicative et sources
 
Johng Brandon, Unchained : The Story of Mike Starr and His Rise and Fall in Alice In Chains, 2001, 144 p. L’histoire du groupe vu par le premier bassiste. Pas forcément indispensable.