Incontournables
…And Justice For All

…And Justice For All

Metallica

par Thibault le 19 avril 2010

Paru en 1988 (Elektra / Vertigo)

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La pochette du single de One.

Pendant qu’on est dans les éloges ciblées, ce serait une impardonnable faute professionnelle de ne pas mentionner le climax d’…And Justice For All, sa pièce centrale et maitresse, One. Outre les arabesques de guitare claire, bleutées comme une lame d’acier pur, le « Machine Gun » sec et terrassant d’Ulrich, on retiendra surtout cet exploit : One est le titre de Metallica qui se rapproche le plus de ce que l’on pourrait appeler une « chanson ». La bonne tenue du songwriting y est pour beaucoup, bien sur. Bouleversés par Johnny Got His Gun, Jaymz et Lars s’emparent du thème de l’infirmité et le retranscrivent avec une sobriété et une justesse bienvenues. Mais il faut surtout saluer cette incroyable maitrise de la grammaire musicale ; One est l’unique morceau de toute l’œuvre de Metallica où les transitions sont parfaitement achevées, un exercice d’autant plus réussit qu’il joue sur le contraste ultra casse gueule du couplet clair / refrain saturé.

Et c’est une « ballade-qui-monte-en-puissance-et-finit-en-apocalypse », s’il vous plait. Bref, difficile de trouver plus ardu à effectuer sans balourdises ni boulettes. Un terrain impraticable pour le commun des mortels, dont ’Tallica sort vainqueur triomphal, véritable champion du Metal (avec un grand M, rien de moins), tout en proposant une oeuvre biaisée par rapport à ses contemporains et successeurs, qui éviteront rarement les récifs du satanisme de superette - teenage angst mal canalisée - foire émogoth. Ici, s’il y a des cheveux crades, des sales trognes, des hectolitres de binouze, des tee shirts informes et un minimum de décorum vulgos (il s’agit tout de même de metalleux des eighties, on n’échappe pas à tout), on reste à distance respectable du barnum débridé qui fait recette dans le reste du genre. Pas d’Eddie ni de Bruce Dickinson brandissant l’Union Jack au vent surplombant trois guitaristes alignés comme à la parade, pas de pied de micro à l’effigie d’une porn star-quelconque (Korn), pas d’envolées symphonico-tolkienno-élémentales, pas de racolage morbido death-core... Au contraire, une esthétique claire, simple, et beaucoup plus pérenne car renvoyant à des références communes (la balance du jugement sur fond de pierre grise blanche) et non pas à des symboles prétendument subversifs qui visent en réalité une petite fraction du public (aucun pentagramme ni belzébutheries d’aucun genre, Dieu merci).

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Une salve de hourras pour le superbe logo signé Duffman !

On conseille en passant de tenter l’expérience Metallica Strikes Back, histoire de gouter davantage à cette facette, loin d’être inintéressante, du groupe. Il s’agit, comme nous l’avons déjà expliqué dans un article intégral, de synchroniser la projection de l’épisode V de Star Wars, The Empire Strikes Back avec l’écoute d’...And Justice For All. La superposition ouvre de nouvelles perspectives, et, entre autres, fait ressortir de l’album un souffle quasi héroïque, une ampleur propre aux longues épopées, mais bien plus empreints d’une inextinguible volonté d’en découdre que de lyrisme à tiroirs, théâtral et chevaleresque (pour cela se rendre au rayon Dream Theater).

D’où ce paradoxe : même amputé de Burton, Metallica n’a jamais sonné aussi serré, groupé, compact. Et assoit par la même occasion son règne en plantant une quatrième colonne, définitive. Kill’Em All était une déclaration de guerre, Ride The Lightning une démonstration de force, Master of Puppets la prise de pouvoir, ...And Justice For All est le dernier coup de burin, celui qui scelle la dalle de marbre. Dès lors il n’y aura plus que des tentatives d’expansion, des virages, des excursions, qui, preuve en est Death Magnetic (2008), reviendront toujours à ces quatre points cardinaux, autant de pitons émergés et insubmersibles. Metallica est le premier groupe, et le seul, qui a su s’imposer comme référence commune après Black Sabbath. Un exploit tant les metalleux sont capables de couper les cheveux en quatre (et vus les tifs, c’est du boulot !), et de fragmenter leur musique favorite en un milliard de sous chapelles aux appellations toutes plus retorses les unes que les autres.

Les Four Horsemen, eux, font l’unanimité, et ont résisté à tout, définissant encore les tenants et aboutissants du genre dans les esprits, condamnant des ovnis comme Tool ou Mastodon à des places de francs tireurs certes luxueuses, mais sans voies d’accès au trône. Personne n’a jamais pu espérer les dépasser, ni Pantera, pourtant féroce concurrent, ni System of a Down et le néo, ni Sepultura et le death, ni Slipknot et la daube, aucune refonte n’a réussit à venir chatouiller l’étrange bête installée au sommet.

Master of puppets I’m pulling your strings
Twisting your mind and smashing your dreams
Blinded by me, you can’t see a thing
Just call my name, ’cause I’ll hear you scream

Okay ils sont toujours moches, mais ils assurent encore.


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Tracklisting :
 
1. Blackened (6’41")
2. …And Justice For All (9’47")
3. Eye of the Beholder (6’30")
4. One (7’27")
5. The Shortest Straw (6’36")
6. Harvester of Sorrow (5’46")
7. The Frayed Ends of Sanity (7’44")
8. To Live Is to Die (9’49")
9. Dyers Eve (5’13")
 
Durée totale : 65’34"