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At The Drive-In vs Korn : même combat

At The Drive-In vs Korn : même combat

par Thibault le 28 février 2011

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Une des caractéristique essentielles du rock américain des vingt dernières années est une sorte d’éclatement des structures, genres ou formations. A un certain cloisonnement underground 80’s a succédé au début des 90’s une explosion du spectre du rock qui met à mal toute tentative de classification. Quoiqu’en pensait l’idiot du village Kurt Cobain, son public était sensiblement le même que celui d’Alice in Chains et des Guns N’ Roses, et il était pour ainsi dire le seul à ne pas supporter une réalité qui ne convenait pas à ses idéaux se voulant « intransigeants », d’où quantité de déclarations visant à séparer les gentils des méchants, les vendus des intègres, les bruns des roux, avant de se rétracter dans un éclair de lucidité.

Néanmoins, et on peut supposer que l’aura écrasante du leader de Nirvana (il y a quand même des gens qui disent régulièrement, et sans sourciller, que le rock a été plongé dans un âge sombre en 94 avec son suicide) a participé à renforcer ces vues d’esprits, une certaine conception binaire et exclusive type « underground authentique vs mainstream profiteur » a largement persisté et, au début des années 2000, jeté son dévolu sur un groupe, At The Drive-In.

Donc, At The Drive-In, les fils de l’underground straight-edge, les moumoutes à la Wayne Kramer les plaçant comme nouveaux MC5, l’étendard de la revanche indie-punk politiquement concernée sur la mollitude MTV. La résurrection, quoi !

Seulement voilà, l’album qui porte le groupe vers le succès, Relationship of Command, a été produit par Ross Robinson, producteur historique de Korn, soit le cas d’école du metal nineties. Un fait déroutant pour les hagiographes d’At The Drive-In qui, au mieux, soulignent dans un rare élan d’honnêteté intellectuelle que ça rend le son plus pro, ou, au pire, tartinent sur le caractère hautement improbable, contradictoire et miraculeux d’une telle association qui en dit pourtant assez long.

En effet, selon les propres mots du groupe, cette collaboration s’est déroulée dans le plus grand naturel. Alors en train de tourner en première partie de Rage Against The Machine, les membres d’At The Drive-In font la connaissance de Ross Robinson et conviennent en deux temps trois mouvements de réaliser leur futur album conjointement. Il va sans dire qu’une telle aubaine était immanquable pour le groupe. Pour situer un peu le contexte, en 1999 Ross Robinson est sur le toit du monde. Il est considéré comme le Rick Rubin du neo metal, la planète rock fait la queue pour passer entre ses mains, beaucoup sont prêts à aligner les biftons, le monsieur aurait tout loisir de cachetonner pour quelques majors qui veulent leur groupe de néo-metal tout prêt y’a plus qu’à servir.

Il a à priori d’autres chats à fouetter que de s’occuper d’une bande de braillards d’El Paso qui reste sur un dernier album pas honteux mais encore laborieux. Qui est-ce peut expliquer ce coup de foudre sinon une convergence d’ambitions artistiques, une même vision musicale partagée par l’homme et le groupe ?

Et à bien y regarder on comprend l’intérêt mutuel des deux parties : un quintette formé d’un chanteur/frontman adepte du jeu tout en transe et soubresaut, une rythmique faisant son affaire dans son coin ainsi qu’une paire de guitaristes penchés sur les riffs tordus, stridences et crissements et qui se refusent à tout solo, ça ne vous rappelle rien ? Korn, évidemment !

Et quand on sait combien Robinson avait mis en confiance et aidé Fat Jonathan et sa clique à trouver leur équilibre, on comprend pourquoi At The Drive-In a sauté sur l’occasion. Évidemment Relationship of Command ne sonne pas comme Life is Peachy, et c’est là tout le talent de Robinson qui a su tirer profit de son expérience pour la repenser et transcender un nouveau groupe. Preuve s’il en est que les frontières souvent tracées entre un néo metal destiné à saturer MTV et un post-hardcore straight-edge (c’est la dénomination officielle, hein) hérité de Fugazi sont grossières. Ces univers musicaux ne sont clairement pas opposés puisqu’un groupe comme At The Drive-In se reconnait pleinement dans Fugazi ou dans Drive Like Jehu et ne voit pas de contradiction à travailler avec Ross Robinson et Andy Wallace, ingénieur qui enregistre aussi bien Slayer, Sonic Youth ou Limp Bizkit, ou encore, plus récemment, Axel Rose, Coldplay et Good Charlotte !

En somme, le circuit contemporain des musiciens nord-américains se défie de toutes catégories et questionne même depuis quelques années la notion de groupe puisqu’il est très courant de voir untel ou untel jouer avec tout le monde et changer de style comme de chemise.

At The Drive-In est donc une bande de potes qui bave autant devant les parties de guitare de Fugazi que de Korn, permet à Iggy Pop de venir cabotiner sur un titre (à l’époque le sieur Osterberg n’est pas encore redevenu un sommet du cool pour jeunes urbains exigeants et tente de se refaire une jeunesse en s’acoquinant avec tout ce qui a moins de 30 ans, au point d’inviter Sum 41 sur un de ses albums !) et enregistre avec le maitre-son historique de Korn et de Sepultura. Et au lendemain de la dissolution du groupe, la moitié de cette bande de punks forme The Mars Volta et se retrouve à faire... du prog !



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