Portraits
Bob Dylan - Part III - Faith, Doubt And Mercy

Bob Dylan - Part III - Faith, Doubt And Mercy

par Aurélien Noyer le 17 septembre 2007

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Désormais fervent chrétien, il est alors prêt à rentrer en studio, sa nouvelle foi étant source d’inspiration de nombreux textes. À cette époque, Dylan n’avait pas de groupe attitré. Il ne garde donc que deux choristes de son groupe de scène et recrute une section rythmique de requins confirmés. Et pour assurer la production et les arrangements, il embauche Jerry Wexler, célèbre producteur de soul (Aretha Franklin, Wilson Pickett, Percy Sledge ou Dusty Springfield) et Mark Knopfler, tout auréolé du succès de Sultans Of Swing avec son groupe Dire Straits. Les séances d’enregistrement s’étirent tout au long du mois de mai 1979, séances durant lesquelles les musiciens découvrent les thèmes monomaniaques du nouveau Dylan (la religion, la Christ, la foi, etc...). Dylan s’implique tellement que Jerry Wexler, athée d’origine juive, devra demander à Bob d’arrêter d’essayer de le convertir. Naturellement, l’album subira énormement l’influence de la nouvelle foi de Dylan et sera donc tout naturellement orienté vers le Gospel. Dylan insistera même pour que l’album soit enregistré aux mythiques studios Muscle Shoals, avec les légendaires Muscle Shoals Horns. On retrouve donc sur l’album ces basses rondes qui ont fait la réputation de ce temple de la soul music.

L’album sort donc le 20 août 1979, et les réactions des critiques sont mitigées. D’un point de vue strictement musical, l’album n’est pas mauvais, loin s’en faut. Il faut bien admettre que la foi a donné à Dylan une motivation qui lui faisait défaut sur l’album précédent. Sa voix est plus assurée, plus mélodique et la production et les arrangements de Wexler et Knopfler lui servent d’écrin. Le véritable point d’achoppement de l’album, c’est bien sûr les paroles. Première catégorie de critiques : ceux qui s’en foutent. C’est le cas du critique Robert Christgau qui dira en substance « Qu’est-ce que ça peut faire qu’il ait choisi le Dieu de la Colère ? Est-ce que vous vous foutiez en rogne à cause du Dieu de l’Amour et des autres conneries hippies ? » Mais c’est un peu facile de s’en tirer ainsi. Non pas qu’il faille exiger de Dylan qu’il reste fidèle à vie aux idéaux de sa jeunesse. Que celui qui n’a jamais changé d’avis lui jette la première pierre... Le problème, c’est plutôt que ses paroles ont cruellement perdu en nuances et en subtilités. Alors effectivement, on attend pas autre chose d’un parolier comme Townshend qu’il sorte des inepties à propos d’un gamin sourd, muet et aveugle qui devient champion de flipper. Mais il est triste d’entendre un écrivain comme Dylan qui a régulièrement réussi le tour de nuancer suffisamment son propos pour qu’on ne l’associe pas à un genre ou à un style débiter le refrain de Gotta Serve Somebody.

But you’re gonna have to serve somebody, yes indeed
You’re gonna have to serve somebody,
Well, it may be the devil or it may be the Lord
But you’re gonna have to serve somebody.

D’ailleurs, cette chanson énervera tellement son fan et ami John Lennon que ce dernier écrira en réponse la chanson Serve Yourself qui répond à la précédente par un violent discours anti-religion.

You say you found Jesus. Christ !
He’s the only one
You say you’ve found Buddha
Sittin’ in the sun
You say you found Mohammed
Facin’ to the East
You say you found Krishna
Dancin’ in the street
[...]
You got to serve yourself
Ain’t nobody gonna do for you
You got to serve yourself
Ain’t nobody gonna do for you

Et quoiqu’en dise Christgau, il y a quelque chose de dérangeant à entendre les paroles de Dylan, sa vision du christianisme et de la spirutualité est celle d’un born again et assez extrême, même si dans un premier temps, il se définit comme partisan d’un christianisme tolérant, déclarant que les religions réactionnaires soit une chose « dont il faut se méfier... c’est vraiment dangereux. On peut trouver ce qu’on veut dans la Bible. On peut la trafiquer et un tas de gens le font. Je ne pense pas qu’on puisse légiférer sur la moralité. Le truc de base, je crois, c’est de se mettre soi-même en contact avec le Christ. Il vous guidera. Tout prédicateur digne de ce nom vous le dira : »Ne me suivez pas, moi, suivez le Christ.«  » Mais il faut croire que le Christ qu’il suit n’est pas des plus tolérant. En effet, durant la tournée suivant la sortie du disque, il refuse de jouer ses anciens morceaux, arguant ne vouloir « chanter aucune chanson que le Seigneur ne lui ait pas envoyé à chanter ». On peut alors imaginer la déception des fans. Et cela va aller en empirant. Il mue progressivement en prédicateur, insérant des sermons de plus en plus longs, de plus en plus extrèmes entre les chansons. A Tempe, il se lance dans une violente diatribe contre l’homosexualité. Plus tard, il délivrera une harangue enragée sur l’Iran et l’Apocalypse imminente.

Mais malgré tout, l’album se vend bien. Durant la première année, il dépasse les ventes de Blonde On Blonde et Blood On The Tracks et se fraye une place dans le Top 30. Quant au single Gotta Serve Somebody, il atteint la troisième place des charts américain et se classe deuxième en Angleterre, un succès populaire qui lui vaudra même un Grammy Award récompensant la meilleur performance vocale rock masculine en 1980. Et c’est sans doute ce succès qui l’incite à retrouver rapidement en studio pour y enregistrer le follow-up de Slow Train Coming.



[1Sources :

LIVRES

  • Heylin C., Dylan, Behind The Shades, Summit Books, 1991
  • Dylan B., Chroniques (volume 1), Fayard, 2005
  • Shelton R., Bob Dylan : Sa Vie Et Sa Musique, Albin Michel, coll. « Rock & Folk » 1987
  • Vanot S., Bob Dylan, Librio, coll. : « Musique », 2001.

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