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Dig Out Your Soul

Dig Out Your Soul

Oasis

par Vyvy le 9 décembre 2008

3,5

paru le 6 octobre 2008 chez Big Brother

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Enfin une critique du dernier en date des Gallaghers dans Inside. Un peu tard peut être, mais espérons point trop. Mieux vaut tard que jamais pourrait-on dire, même si quand on parle musique c’est rarement applicable : soit l’objet dont on n’a pas parlé est déjà oublié, soit il a déjà fait coulé tant d’encre qu’on peut se demander légitimement : « À quoi bon ? Que peut-on rajouter ? ». Sans doute, notre objet du jour, le Dig Out Your Soul des Mancuniens, se retrouve dans la seconde catégorie, celle des pisseurs d’encre. Que rajouter alors qu’on peut lire, de ci « for the most part, Dig Out Your Soul is an almost comically generic Oasis release », de « entre le cover band de luxe et un excellent groupe de second rang, nourri aux Floyd, aux Doors et aux musiques américaines, Oasis hésite encore et toujours entre ce qu’il est et ce qu’il ne sera jamais... » ? Et pourtant, et pourtant, après plus d’un mois d’écoute on and off la plume/le clavier me titille. Voyons un peu : qu’attendait-on d’Oasis ? Qu’entendit-on dans Dig Out ? Et qu’est-on en état d’attendre d’Oasis désormais ?

Première question, premier retour en arrière. Oasis c’est la britpop, les années 90. Oasis c’est Definitely Maybe - qui bien que toujours excellent, commence à se faire vieux - et Morning Glory. Oasis c’est deux frères qui passent encore plus de temps à se taper dessus qu’à taper sur Blur ou leurs instruments respectifs. Entre un Noel qui écrit, compose, et veut chanter et un Liam qui chante et veut composer, Oasis s’est construit un certain son, qui ne s’interdisait aucun pompage des Beatles et autres riffs des 60s. Leurs plus récentes compositions, après un passage à vide sur les épaules des géants et s’être perdues dans une sale chimie paienne, les avaient vu revenir avec, il y a maintenant trois ans, le renouveau partiel de Don’t Believe The Truth. De plus, Oasis s’était fait ce petit plaisir souvent raté qu’est la sortie d’un Best Of, intitulé Stop The Clocks. Eh oui, Oasis veut arrêter le temps., Oasis aime bien (peut-être tellement bien que cela sonne parfois légèrement réchauffé) le son d’une autre époque, un peu 60s, mais surtout celle de leurs débuts, de leur succès des années 1990. Qu’était-on alors en mesure d’attendre ? D’un côté le best-of, qui indique un groupe tourné vers le passé... « Ah, quand on était bons ! », de l’autre un album qui flaire la tentative de renouveau (des titres comme The Importance of Being Idle amenant une petite bouffée d’air). Résultat : un bilan en demi-teinte. Oasis ne semble pas savoir où donner de la tête, et hésite entre aller de l’avant et ressusciter son glorieux passé.

Que nous offre Dig Out... ? Une impression de solide, de crédible... réchauffé. On n’est pas ici en territoire inconnu. Les quelques innovations de Don’t Believe... passent aux oubliettes. Ne restent des deux albums précédents que deux choses : une affirmation de Noel chanteur et Liam compositeur (pour le pire plus que le meilleur d’ailleurs) et une électronisation légère avec en exemple criant des voix bien trafiquées. Autrement dit, on pourrait dire avec Fluctuat.net « bienvenue en 1995 ». Oui mais. Oui, c’est sûr que cela paraît très réchauffé par moment. Vraiment, ils exagèrent, pompent comme d’habitude les Beatles (To Be Where There’s Life et son entrée hindouiste, non mais), Lennon (I’m Outta Time et ses claviers à la Imagine)... et eux-mêmes le reste du temps (et surtout Ain’t Got Nothing). Alors, Oasis, plus grand groupe... de Shadocks ?

Mais - car il y a un mais dans l’affaire, c’est du réchauffé qui a de la gueule, voire qui en fout plein la gueule, Billboard allant jusqu’à dire que le groupe aurait retrouvé son mojo. Haha... et il est vrai qu’Oasis s’exprime dans cet album avec un mélange charmant d’arrogance et de nonchalance. C’est fluide, comme si la musique d’Oasis coulait de source. Simple souvent, rarement inventive, elle reste pourtant un petit morceau de bonheur. Petit, car les chansons sont courtes (et ne tiendrait de toute façon pas une longueur supérieure à 5 minutes). Oasis ici fait ce qu’il sait faire, des chansons de rock stadien écoutables sur un lecteur mp3. Le truc qui vous redonne la pêche le matin, le truc qui vous fait crier à en perdre votre voix, ce truc que l’on retrouve dans l’excellent morceau d’ouverture Bag It Up et qu’on redécouvre sur le premier single The Shock Of Lightning. Ces deux titres et leur pêchitude pourraient à eux seuls sauver l’album. Mais encore n’ont-ils pas à faire cela, car à leur côtés on retrouve d’autres titres aussi intéressants... Ainsi, même si (ou est ce parce que ?) il sent le Lennon à plein nez, I’m Outta Time est un joli moment, bien loin de la grisaille de Manchester. De plus, le génial (Get Off Your) High Horses Lady avec son intro handclapping et la voix de Liam complètement tordue est sûrement un des morceaux les plus originaux de l’album.

Au final, qu’a-t-on obtenu via ce Dig Out... ? Un groupe qui revient plus « couillu », qui n’arrive pas vraiment à faire autre chose (les essais d’Andy Bell et Gem Archer ne valent clairement pas le détour) que ce qu’il sait vraiment faire : des chansons de rock pêchues mais pas trop, du genre à enflammer des stades, ponctuées de ballades - simplissimes avec I’m Outta Time, grandiloquentes avec Soldier On - qui touchent elles aussi au but. Bref, du bon Oasis.

Qu’est-on enfin en état d’attendre de ce groupe aujourd’hui ? Pour les petits chanceux qui les verront en concert ce sera surement « colossal » et assurément « fuckin rockin great ». Pour ceux qui n’iront pas, eh bien il va falloir se faire à l’idée que si Oasis essaie de changer, cela se fera très graduellement. Tout d’abord car ce qu’ils appellent « changement » peut être perçu comme un retour aux sources, donc comme plus contre-révolutionnaire qu’autre chose. Et enfin, car leur méthode de changement est une méthode de variation sur le pompage et le réchauffage. Oasis commence à assaisonner différemment. Un peu d’épices par-ci par-là, une révolution de canapé.



Vos commentaires

  • Le 19 juin 2012 à 14:48, par Eusaybus En réponse à : Dig Out Your Soul

    La voix de Liam complètement tordue sur High Horses Lady ?? Une petite vérification s’impose, j’ai toujours cru que c’était Noel qui chantait sur ce morceau (et je le pense encore !)

    Merci d’apporter la critique qu’un énorme fan ne saurait faire, en effet...j’ai adoré de A à Z l’album ! Aha !
    (Oui j’ai découvert votre site, il y a peu et félicitation, j’adore tout ça !)

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Tracklisting :
 
1. Bag It Up (4:39)
2. The Turning (5:05)
3. Waiting For The Rapture (3:03)
4. The Shock Of The Lightning (5:10)
5. I’m Outta Time (4:10)
6. (Get Off Your) High Horses Lady (4:07)
7. Falling Down (4:20)
8. To Be Where There’s Life (4:35)
9. Ain’t Got Nothin (2:15)
10. The Nature of Reality (3:48)
11. Soldier On (4:49)
 
Durée totale : 45:51