Portraits
Eels, these are not end times

Eels, these are not end times

par Efgé le 1er juin 2010

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

 FAIRE DE SA VIE UNE OEUVRE

Mark Oliver Everett est né le 10 avril 1963 dans l’Etat de Virginie. Il est le fils de Hugh Everett III, brillant physicien et mathématicien, inventeur de la théorie des mondes multiples en physique (ne comptez pas sur moi pour vous la détailler, j’ai eu un bac L, moi). Le nom de jeune fille de sa mère est Nancy Gore ; c’est elle qui a dactylographié la thèse de doctorat de Hugh Everett III, alors étudiant à l’université de Princeton. Vénéré par une génération d’écrivains de science-fiction dans les années 60, le Dr. Everett est au contraire largement méprisé en son temps par le pape de la physique de l’époque, Niels Bohr, et par Albert Einstein lui-même. Cette soif non satisfaite de reconnaissance, Hugh Everett III la convertit en un goût immodéré pour la boisson, qui éloigne irrémédiablement cet homme cérébral et taiseux du reste de sa famille. En 1982, Hugh Everett III meurt d’une crise cardiaque – c’est Mark Oliver, alors âgé de 19 ans, qui découvre son corps sans vie.

Mark Oliver commence la batterie à l’âge de 6 ans. Il s’ouvre peu à peu à la musique grâce aux disques de sa grande sœur, Elizabeth. Parmi ceux-ci, l’album de Neil Young, After the Gold Rush, tourne en boucle sur la platine familiale. C’est elle qui l’emmène à son tout premier concert, donné par George Harrison et Billy Preston, mais ses héros d’adolescence sont les Who – il attribue d’ailleurs ses problèmes de vue aux lasers qu’il aurait reçus lors d’un de leurs concerts. A cette époque, il cogne sur les fûts de plusieurs groupes de lycée, qui s’escriment à copier le style white blues d’Eric Clapton. Les relations de Mark avec ses parents sont mauvaises ; aux problèmes de communication avec son père, s’ajoutent ceux, du même ordre, avec sa mère, soignée à plusieurs reprises pour des troubles mentaux. L’influence de Liz devient alors prédominante pour le turbulent Mark (il se fera renvoyer de son école et arrêter par la police) : après l’avoir initié à la musique, elle en fait de même avec les drogues.

Mark comble son vide affectif en gratouillant la guitare de sa grande sœur et en composant quelques morceaux sur le piano droit familial. Peu à peu, cette passion devient une obsession : Mark enregistre plusieurs chansons sur un vieux magnétophone à cassette. En 1987, à l’âge de 24 ans, se sentant étouffé dans son carcan virginien, il fait ses bagages et part s’installer à Los Angeles, où il ne connaît strictement personne – ce qui est idéal pour la vie d’ascète à laquelle il se destine, uniquement ponctuée par les chansons qu’il écrit et les petits boulots qu’il enchaîne pour joindre les deux bouts. Après plusieurs années d’efforts, Mark est enfin repéré : il signe un contrat pour deux albums avec le label Polydor. Il choisit comme nom de scène E, surnom dont il est flanqué depuis son enfance (plusieurs de ses amis s’appelaient Mark, il fallait bien trouver un signe distinctif ; ce sera l’initiale de son nom de famille).

Son premier disque, A Man Called E, sort en 1992, et le single Hello Cruel World devient familier à l’oreille d’un public confidentiel. Après une tournée en première partie de Tori Amos, E sort en 1993 son deuxième album solo, Broken Toy Shop. Mais le succès d’estime ne se transforme pas en un succès commercial : Polydor ne renouvelle pas son contrat et E se retrouve sur le bord de la route. Armé d’une douzaine de chansons qui constitueront Beautiful Freak, le multi-instrumentiste E décide d’abandonner l’aventure solo et de s’entourer de musiciens à ses côtés.

Avec Beautiful Freak, Eels rencontre le succès que l’on sait. Le groupe remporte même un Brit Award : la statue offerte en guise de récompense sera bientôt aplatie et réutilisée comme une cymbale sur la batterie de Butch, afin que l’objet trouve une utilité, selon E. Le groupe commence à être sollicité par plusieurs réalisateurs appréciant la qualité cinématographique des chansons d’Eels – l’un des premiers à se manifester est l’Allemand Wim Wenders, qui illustrera son film The End of Violence avec la chanson Bad News.



Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom