Portraits
Eels, these are not end times

Eels, these are not end times

par Efgé le 1er juin 2010

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 RETOUR A LA VIE

Electro-Shock Blues était un disque malade ; Daisies of the galaxy, paru le 28 février 2000, est un disque de convalescence. Enregistré en deux mois, de mars à mai 1999, il rassemble la même équipe qui avait donné naissance à Electro-Shock Blues, à laquelle il faut rajouter Peter Buck, de REM, avec qui E compose l’instrumental Estate Sale. A sa sortie, l’album fait l’objet d’une controverse entre Parti républicain et Parti démocrate : en pleine campagne présidentielle, les supporters de George W. Bush accusent le camp d’Al Gore d’avoir diffusé et distribué, lors d’un meeting de récolte de fonds, l’album, dont la pochette, ornée de dessins enfantins, est en contradiction avec certains titres de l’album, notamment It’s a motherfucker. Eels accusé ainsi de pervertir la jeunesse, l’album est contraint de ressortir avec la fameuse mention « Parental advisory – explicit lyrics » et la chanson n°7 de l’album rebaptisée It’s a Monster Trucker. Ca n’empêche pas le premier single, Mr E’s Beautiful Blues, qui figure uniquement en morceau caché sur l’album, de devenir un hit international.

Dans cet album, le deuil de la mort est toujours présent, mais cette fois-ci doublé d’une certaine célébration de la vie. Lenny Waronker, le patron de DreamWorks, utilisera cette formule, désormais devenue célèbre, pour définir Daisies… : « C’est un genre de ballade dans un parc, un jour de grand soleil. Tu te promènes, tu regardes voler une abeille, et tout à coup, tu te fais mordre par un serpent ». Autant les compositions et la production d’Electro-Shock Blues étaient sombres et complexes, autant Daisies… se veut simple, sans prétention, facile d’accès. Sur le précédent album, E superposait les couches ; ici, il en élimine le plus possible, les chansons sont présentées dans leur plus simple appareil.

Certes, Mark ressasse encore, à plusieurs reprises, la perte de sa famille : Estate sale fait allusion au moment où E a dû retourner dans sa maison de Virginie pour emporter les meubles de la famille. Plusieurs anecdotes liées à la fabrication de l’album renvoient encore à cette terrible expérience : la pochette de l’album est tirée d’un livre pour enfants trouvé sur les lieux. Le piano sur lequel Mark joue est le même que celui utilisé par Neil Young sur After the Gold Rush, l’album préféré de sa soeur. Jeannie’s Diary est le morceau que lui réclamait sa mère, et qu’E jouait au piano quand il lui rendait visite, les derniers mois avant sa mort. Dans Selective Memory, Mark égrène les souvenirs de moments passés avec sa mère, chantés d’une voix de fausset, quasi enfantine, avant de conclure :

I wish I could remember
But my selective memory
Won’t let me

Mais E revêt également le costume d’un narrateur : de la famille princière de Monaco (Grace Kelly Blues) à une petite souris (le single Flyswatter), il conte des petites historiettes, tantôt drôles, tantôt cruelles, ce qui lui vaut de plus en plus régulièrement d’être comparé à un autre songwriter américain, Randy Newman.

Bien qu’il déteste de plus en plus le côté promotionnel de son métier, E se confie plus souvent qu’à son tour durant les interviews qu’il accorde. A l’époque, il avoue aux Inrockuptibles : « Je n’ai plus envie de jouer au type sinistre qui déballe ses malheurs devant tout le monde en permanence ». Il faut le dire : à l’écoute de ce disque, on peut sauter comme un cabri, chanter dans son pommeau de douche, ou jouer de la air-guitar avec un cintre. On rit, même, comme en regardant la vidéo du deuxième single, Flyswatter, où des policiers font la planque devant la propre maison de E.

En décembre 2000, Eels publie en édition limitée le live Oh What a Beautiful Morning, tiré de la tournée qui a suivi la parution de Daisies…, où Eels défend ses chansons sur scène accompagné d’un ensemble orchestral de six musiciens, violonistes, flûtistes, clarinettistes. Puis, Mark compose une chanson, Christmas Is Going to the Dogs, qui figurera sur la BO… du Grinch. Un peu trop gentil, tout ça – mais Eels va, de nouveau, prendre son public à revers.



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