Interviews
Eric La Blanche

Eric La Blanche

par Le Daim le 20 février 2007

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 « Brel, c’est un héritage assumé... »

BS : Le deal manqué avec Universal, tu en as déjà un peu parlé... On peut y revenir ou c’est tabou comme sujet ? Le diable serait-il vraiment radin ?

ELB : On a résumé la question en disant : « nous avons refusé la proposition qu’Universal ne nous a pas faite ». Enfin... C’est difficile... Universal est quand même en partie responsable, comme plein de gros médias, de l’abrutissement général. Ça, c’est un peu emmerdant. Après, en terme de carrière, c’est vrai que si tu vas chez Universal il y a quand même des chances que ça pête pour toi. Par contre le risque c’est de rester coincé dans un tiroir. Nous, on est restés plutôt indépendants. C’est un peu plus dur mais en même temps c’est aussi sur les planches qu’on fait sa vie, au contact du public qu’on apprend son métier, qu’on se développe. À tout prendre je préfère qu’on commence doucement et qu’on se fasse un vrai public de fidèles plutôt que d’attaquer fort et de se casser la gueule.

BS : Sur cet album il y a de vrais tubes en puissance comme Alcoolique, La Mort À Johnny, Tout Est Parfait... J’ai aussi l’impression que les textes sont moins brutalement intimes, plus accessibles que sur Michel Rocard, en général.

ELB : Oui, il y a du changement. Michel Rocard avait un côté beaucoup plus expérimental, au sens où j’avais envie de mélanger de vrais textes avec une musique qu’à l’époque on entendait pas trop, comme par exemple sur La Piscine. Donc, on a fait des essais... Sur Michel Rocard il n’y a quasiment aucune chanson avec des refrains. Sur Disque D’Or on est revenus à une forme peut-être un peu plus standard... Et je suis sorti des choses intimes. Si tu écris d’après tes émotions et que tu es amoureux à ce moment-là, tu vas écrire des chansons d’amour. Là en l’occurrence ce qui m’a ému c’est plutôt des choses que j’ai trouvé en me baladant dans la rue, en parlant avec les gens... Des chansons comme Le Martien À Grosse Tête, La Mienne, sont plus ouvertes sur la société parce que c’est la société qui m’a touché ces dernières années.

BS : Ta démarche d’écriture repose plutôt sur l’émotion ou l’intellect ?

ELB : Les deux. Souvent, l’idée d’une chanson vient d’une émotion. Par exemple, La Mienne vient du fait que j’en avais marre de voir partout des mecs et des nanas à poil, et puis le message qu’on nous délivre en ce moment c’est qu’une nana doit avoir de gros seins pour être belle, et que les mecs doivent avoir de grosses bites. C’est une sorte de pornocratie qui exclue toute forme de sensibilité dans l’apparence. La Mienne n’est pas une chanson sur ma bite, elle parle plutôt de tendresse, et du fait qu’on est pas des queutards ou des salopes. La chanson sur le vélo, Adélaïde, vient d’une question : pourquoi les gens ont ce rapport avec leur bagnole, leur moto ? J’ai eu envie de faire une chanson en réaction à ça, où je dis que la classe ce n’est pas une grosse moto mais un vélo qui ne fait pas chier et qui permet de se déplacer rapidement en ville. Ca part d’une émotion, ensuite ça s’intellectualise et ça devient une chanson sur l’écologie, la modification des modes de transport.

BS : Le début d’Adélaïde m’a un peu rappelé...

ELB : ...Chantal Goya !

BS : En quelque sorte... C’était voulu, bien entendu.

ELB : Ouais.

BS : Une référence dangereuse !

ELB : C’est l’histoire d’un mec amoureux de son vélo, donc forcément c’est d’abord une histoire de gamin. C’est comme ça que ça débute. Après, ça devient un peu plus adulte.

BS : Les critiques aiment bien te comparer à Brel, Gainsbourg, Nougaro, Miossec. Ca t’énerve ou tu revendiques cet héritage ?

ELB : Ce que j’ai remarqué c’est que les gens qui essayent de nous trouver des références y substituent souvent les leurs. En ce moment la référence c’est Desproges. Plusieurs journalistes m’ont déjà sorti ça, « une écriture à la Desproges », le côté cynique, etc. Je trouve ça bien, car ça a le mérite de changer un peu le registre... Et pour Gainsbourg : de quel artiste peut-on dire qu’il n’a pas été influencé par lui ? Il a jeté des ponts et on est obligé de repasser par ces ponts-là à un moment donné. Pour ce qui est de Brel, oui, là c’est un héritage assumé car pour moi c’est le modèle en termes de présence scénique, d’écriture, de poésie, d’étincelle... C’est le seul mec qui arrive à me transporter avec trois mots. C’est pour moi le plus grand interprète. Gainsbourg était plus intello.

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© lablanche.org


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