Interviews
Eric La Blanche

Eric La Blanche

par Le Daim le 20 février 2007

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

 « Certaines chansons tiennent de l’exorcisme... »

BS : Tu abordes des sujets difficiles et peu traités par les auteurs en général. Mais dans tes textes rien n’est jamais blanc ou noir. C’est juste l’humain qui est détaillé dans ce qu’il a de paradoxal et fragile. Finalement, chacun de tes portraits ou histoires renvoie l’auditeur à une partie de lui-même. C’est ta motivation ? Tu cherches à être le miroir de la personne qui t’écoute ?

ELB : Je pense que les artistes ont une fonction de vigie dans la société. En laissant sa sensibilité agir on peut détecter des trucs. Mais, ça n’est pas à moi de dire aux gens ce qu’ils doivent faire, c’est pour cela que je laisse les choses en blanc et noir. Il y a des gens qui me disent « vous faites l’apologie de l’alcool », mais ça n’est pas du tout ça. dans Alcoolique je parle d’un mec qui commence à se débattre avec l’alcool et qui se justifie en disant : « si le monde était différent je boirais moins beaucoup souvent », ce qui est quand même un avœu d’échec. L’idée c’est de mettre le doigt sur les choses. Après, vous en faites ce que vous en voulez. Je ne suis pas un homme politique, je ne crois pas que le boulot de l’artiste soit de passer des messages, de dire aux gens pour qui ils doivent voter ; par contre, de poser des questions : ça oui.

BS : L’écriture, c’est catharsique pour toi ?

ELB : (Long silence) J’irais même plus loin. Il y a des textes, Alcoolique en est un exemple, qui sont exorcistes... Certaines chansons sont cathartiques, quand on fait des choses et qu’on a besoin de les sortir, de s’en défouler. D’autres tiennent plus de l’exorcisme, elles sont un moyen de dire : « je ne veux pas être comme ça ». Quand on me demande si je parle de mon histoire personnelle, j’ai envie de répondre que je parle plutôt de mon futur personnel.

BS : La chanson Approche parle de sado-masochisme. Là encore c’est un sujet peu abordé par les auteurs de chansons. D’où vient ton intérêt pour ce thème très spécifique ?

Cette chanson vient de l’émotion forte qu’a suscité en moi le livre de Pauline Réage, Histoire d’O. J’en ai rêvé la nuit, ce livre m’a vraiment mis à mal. Dans ce bouquin l’héroïne rentre dans une forme d’esclavage sexuel et y trouve non seulement une sorte de plaisir mais aussi de liberté... Et ça, ça m’a complètement retourné parce que depuis que je suis gamin je suis obsédé par la liberté, l’indépendance, tout ça... De voir cette fille qui ne se débat pas, ne lutte pas, et y trouve une espèce de sérénité, ça m’a vraiment turlupiné. J’ai voulu explorer ça. Comment peut-on ressentir une liberté, vivre un dépassement de soi quand on est sous la coupe de quelqu’un ? Certains disent « on a jamais été aussi libres qu’en prison » ou « on a jamais été aussi libres que pendant l’occupation »... Il y a différentes manières de faire tomber quelqu’un sous son emprise. Et ce que raconte Pauline Réage c’est que le cul est une façon très efficace d’aliéner les gens.

BS : Le cynisme est une de tes qualités ?

ELB : Le cynisme, c’est une protection de la tendresse. Pour moi le cynisme et la dérision sont des outils qui permettent de se mettre à distance des choses. Personne ne devrait se prendre au sérieux, surtout pas les artistes. Parfois je trouve marrant de dire quelque chose de fort, et ensuite de le retourner. Le cynisme permet ça, et de ne pas juger en assénant. C’est la subtilité qui est intéressante, pas de dire « c’est blanc » ou « c’est noir ». Mais en fait je n’aime pas les gens vraiment cyniques. Très souvent c’est une façon de ne participer à rien tout en étant toujours gagnant. (imitant un pilier de comptoir) « Moi j’aime rien, tous les gens c’est des cons »... C’est naze, mais dans le cadre d’un texte ça devient intéressant.

BS : Eric La Blanche est-il à l’aise avec sa voix ?

ELB : Ouais, ouais, ça va... Faut que je la travaille.

BS : Tu chantais déjà avant, ou ça a commencé avec La Blanche ?

ELB : Non, j’avais un groupe quand j’étais ado. Ensuite pendant dix ans je n’ai plus rien fait parce que je suis rentré sur le marché du travail. Mais je me suis rendu compte que j’avais envie de faire de la musique. Et puis arrivé à 30 ans je me suis dit « ne tourne pas autour du pot pendant 20 ans, si c’est ce que tu as envie de faire, fais-le ». J’ai la chance d’avoir une voix d’opéra. Je me suis inscrit au conservatoire quand j’avais une vingtaine d’années, et les profs m’ont dit que j’avais une voix de baryton. Ils voulaient me garder, mais 20 ans ça fait tard pour débuter une carrière lyrique. Je ne bosse pas ma voix, mais j’ai progressé depuis le premier album, j’ai gagné en hauteur. Cela dit la prochaine étape serait plutôt d’arriver à des choses plus brutes, plus spontanées. L’émotion n’est pas qu’un truc technique, et il faut y revenir sans cesse.

JPEG - 132.2 ko
© lablanche.org


Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom