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Eric La Blanche

Eric La Blanche

par Le Daim le 20 février 2007

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 « Tu peux encore exister à côté de TF1... »

BS : En dehors de la musique, qu’est-ce qui influence ton travail ?

ELB : Les rencontres, la presse, l’actualité... Je lis assez peu de bouquins, mais pas mal de quotidiens. La tragique destinée de notre malheureuse planète me fait complètement flipper. Je suis abasourdi par l’inactivité ou le manque de recul de tout le monde. Tous les signaux d’alarme sont tirés et on arrive juste à décider qu’on va faire 5 minutes de blackout... C’est l’image du mec qui tombe du dernier étage et se vide les poches en espérant qu’il tombera moins fort. C’est dérisoire, mais en même temps nécessaire.

BS : Les groupes français qu’il faut surveiller en ce moment ?

ELB : J’aime beaucoup ce que fait Bertrand Belin. Il y a aussi une p’tite nana qui a bossé avec nous assez souvent sur les première parties, que j’aime beaucoup et qui s’appele Marjolaine. Je la considère un peu comme notre alter-ego féminin. Elle fait des chansons assez osées, pas seulement dans le vocabulaire mais aussi dans la façon d’aborder les choses.

BS : Quand on écoute Alcoolique ou Tout Est Parfait, ces histoires de mecs qui sortent en boîte, on se dit qu’il y a du vécu là-dessous... Au bout du compte, tu es un urbain socialement actif ou plutôt un gros ours renfrogné ?

ELB : Un ours renfrogné. La raison pour laquelle je monte sur scène c’est que je suis quelqu’un d’excessivement timide. C’est un truc assez dément pour ça... Après, est-ce que finalement le remède n’est pas pire que le mal ? C’est une autre question...

BS : Héhé. Le téléchargement, le MP3, toute cette confusion qui règne en ce moment autour de ça, ça t’inspire quoi ?

ELB : J’ai tendance à penser que l’éducation est la solution de tout. Les gens qui aiment vraiment la musique ont plutôt intérêt à privilégier une sorte de partenariat... Si j’aime un artiste je ne vais pas aller le pomper. Je peux lui pomper son disque pour l’écouter mais après, si ça me plaît, je vais l’acheter ou aller au concert. Il y a un côté donnant-donnant, et on a la possibilité d’être sur une forme d’échange non-marchand. Je trouve ça complètement con d’envoyer les gens en taule parce qu’ils ont téléchargé, mais en même temps je trouve ça dégueulasse de télécharger un artiste... Encore une fois, ça n’est ni blanc ni noir, la solution est au milieu. Si vous aimez les artistes, achetez leurs disques parce qu’ils ont besoin d’argent, et si vous êtes des artistes ne faites pas de procès aux gens pour les envoyer en taule... Mais je pense qu’on va de toute façon passer à autre chose. La musique existe depuis qu’il y a le langage. Dés que les gens ont un toit et de quoi bouffer ils racontent des histoires ou chantent des chansons. Ca fait partie des besoins primaires ou primordiaux de l’être humain. La musique s’est toujours répandue gratuitement comme ça, et finalement ça ne fait guère que 100-150 ans qu’on en a fait quelque chose de très marchand. Aujourd’hui on en revient à ça : les gens vont aux concerts. Le mec qui joue pour toi, devant toi, c’est une des plus vieilles formes d’expression. Après, puisqu’on parle de modèle économique, j’ai envie d’évoquer la Chine. Là-bas il y a un modèle intéressant qui repose sur l’idée que le disque n’est pas fait pour être rentable, mais pour permettre la promotion. Les artistes gagnent de l’argent en faisant des concerts et aussi de la pub, ce qui pose un autre problème... Mais, après-tout, les artistes ont toujours été mécénisés, sponsorisés. Léonard De Vinci, Michel-Ange, Le Caravage... Molière arrivait bien à se démerder avec Louis XIV, pourquoi pas nous ?

BS : Aujourd’hui, les artistes sont dans un étau ; les majors qui se disent ruinées par le téléchargement illégal ont plus que jamais les moyens de monopoliser les radios, les télés, la presse et les grandes surfaces.

ELB : Oui, et le problème c’est que ça n’est pas en train de changer. Un jour viendra où les majors auront aussi le monopole sur internet. C’est en train d’arriver. Les sites qui drainent tout le public aujourd’hui sont WapTV, MySpace... Qui possède MySpace ? C’est Murdoch... Des gens comme ça. TF1.fr est un carton aussi... Mais on a encore la possibilité d’exister face à ces mastodontes. C’est encore ouvert, tu peux exister à côté de TF1, même si tu es un fan de trash-metal-gothic roumain tu peux trouver ton bonheur sans passer par quelqu’un. Ça, c’est super-intéressant. Cela dit je me fais peu d’illusion sur l’avenir de la musique... Il y aura des méga-sites qui fédéreront certains trucs, et face à eux ce sont encore les mêmes qui vont griller.

BS : Hm... Passons à autre chose ! Pas de clavier chez vous, mais un violoncelle. C’était un choix prémédité ou le résultat d’une heureuse rencontre ?

ELB : C’est les deux. Ça m’emmerdait de faire un combo rock de base. Je ne nous aurais pas trop vu avec un violon, mais le violoncelle par contre... Je me rappele à quel point j’étais ravi et béat le premier jour où Raphaèle est venue répéter avec nous... Le son du violoncelle c’est un truc dément. On a pas besoin de clavier, le violoncelle est un excellent clavier ! Après, la touche de féminité : oui ! Mais ça aurait aussi pu être un mec.

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© lablanche.org


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