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Eric La Blanche

Eric La Blanche

par Le Daim le 20 février 2007

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 « On se bagarre pour faire connaître l’album... »

BS : Gainsbourg, encore lui ! Et Neil Young sont d’accord pour dire qu’on ne fait pas de musique sans mise en danger, sans prise de risque. Dirais-tu que La Blanche se met en danger, parfois ?

ELB : Oui, Alcoolique, La Mort À Johnny sont des prises de risque. Je savais qu’on risquait d’être tricards sur certaines radios. Tout Est Parfait aussi, car je voulais que ce morceau sonne « boîte de nuit ». Du coup, des journalistes disent « c’est tout pourri, c’est cheap ! »... Une fois l’article publié, forcément, moi j’aimerais bien pouvoir leur répondre « hé, mais c’est bien que vous disiez ça parce que c’est ce qu’on voulait ! »... Mais trop tard... Dans des cas comme ça il y a prise de risque car tu sais que tu t’exposes. Dans le côté varié de l’album, aussi. Tu ne vas pas forcément aimer toutes les chansons, tu vas piocher. Tu peux adorer certains titres et en détester d’autres. Mais je ne m’inquiète pas trop pour le public, parce que certains chroniqueurs de webzine ont dit que pour eux c’était le meilleur album de la rentrée, et ce sont quand même des gens qui écoutent beaucoup de musique... Le problème viendrait plutôt de certains journalistes qui chroniquent un disque en 40 minutes montre-en-main. Ils l’écoutent une fois en zappant, et « emballé c’est plié ». Nous, on ne rentre pas du tout dans ce format-là. C’est un album farouche, exigeant, charnu, qu’il faut écouter un certain nombre de fois. Mon ambition c’était de faire un disque qui serait un peu comme un album d’Astérix qu’on relit dix ans après en se disant « putain, j’avais pas capté ce truc-là ! ». J’aime bien faire des choses un peu ludique, avec des jeux de mots, des renvois et... (le téléphone d’Eric sonne, l’inquiétude monte car il n’a pas encore effectué ses réglages de voix pour le concert et que l’heure approche dangereusement).

BS : On ne va pas trop tarder... Encore une ou deux questions, vite fait. Qu’est-ce que c’est que cette photo sur la pochette de Michel Rocard ?

ELB : Je trouvais que cette espèce de grand-roue abandonnée avait un côté fête triste. C’est un copain qui a pris cette photo, elle me plaisait bien. J’avais prévu une pochette bleue avec un truc un peu cinémascope, des bandes noires... Et puis en fait, j’étais en vacances au moment où la pochette s’est faite, ça a changé au dernier moment, c’était un peu n’importe quoi... Finalement je trouve cette pochette très moche, voilà ! (rires)

BS : À quoi ressemble le futur de la Blanche ?

ELB : À Don Quichotte contre les moulins à vent. On va continuer à aller au contact du public. Je sais qu’on est convaincants sur scène, encore faut-il que les gens viennent nous voir. On se bagarre donc pour faire connaître l’album mais comme je l’ai déjà dit le problème est qu’on a pas une couverture suffisante des médias critiques. Si La Blanche avait signé chez Universal on aurait des articles dans tous les journaux. Si tu es avec une grosse maison de disques tu es pris plus au sérieux et respecté car les mecs se disent que tu as plus de chances de faire une tournée, qu’on parle de toi... On souffre d’être petits, alors que je considère qu’on a absolument pas à rougir en comparaison d’autres artistes. Je suis assez fier de cet album, assez fier de ne pas avoir fait la pute, mais ça m’emmerde d’être coincé, de ne pas avoir le droit de rentrer dans le stade pour jouer avec les autres.

BS : Il paraît que tu as été journaliste ?

ELB : Oui, j’ai été J.R.I. Mais j’ai trouvé tellement frustrante, tellement anti-créative cette façon de traiter l’information, que j’ai arrêté immédiatement. J’aurais aimé être un journaliste à la Jack London, Hemingway, Albert Londres... Mais je n’aurais pas pu m’empêcher de déformer, de recréer, de faire des jeux de mots... Hors, le journaliste doit rester très factuel et maîtriser sa subjectivité, ce dont je n’ai absolument pas envie.

BS : Pareil. Un petit conseil de l’ancien journaliste aux rédacteurs de B-Side Rock ?

ELB : J’ai deux trucs à dire aux rédacteurs de B-Side Rock. D’abord : les mecs, vous êtes des vrais journalistes donc vous êtes censés vérifier vos infos. J’étais avec une copine de Libé l’autre jour et elle me dit : « ce qui est étonnant avec les critiques, c’est que sous-prétexte qu’ils sont critiques, ils ne vérifient jamais les infos ». Le critique reste un journaliste, dont le boulot est d’amener de l’information. Ensuite : vérifiez les dossiers de presse, parce qu’on peut vous raconter n’importe quoi. Même si le public et le journaliste ont envie d’y croire...

BS : L’histoire des batteurs de la Blanche décédés dans des circonstances aussi loufoques qu’improbables, que vous racontez dans la bio, il y a des gens qui y croient vraiment...

ELB : Oui ! C’est énorme ! Mais du coup, ça agit comme une sorte de piège à journalistes. Si les mecs lisent en diagonale, ils se disent : « oh putain les pauvres, ils ont eu plein d’emmerdes ». Si ils lisent le truc complètement, ils se rendent compte qu’il y a embrouille... C’est vrai qu’on a rencontré des gens qui nous ont dit : « j’espère que vous n’allez pas me porter la poisse, il y a quand même eu des morts chez vous », et on répondait : « attendez, vous croyez vraiment que le batteur est mort d’une overdose de Bounty ??? » (rires).

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© lablanche.org

Le patron du troquet arrive avec deux demis qu’il veut nous offrir. Mais Eric est pressé par le temps, nous sifflons nos bières en deux gorgées et je lui suggère de le prendre en photo avec les clients. Sympas, les gens acceptent de poser avec le chanteur devant le bar... Puis nous rentrons à la MJC en quatrième vitesse. Merci à Eric, aux musiciens de La Blanche et à Stéphane Marvy pour leur gentillesse et leur disponibilité. Longue route à eux !



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