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Fantômas

Fantômas

Fantômas

par Antoine Verley le 12 octobre 2010

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Paru le 26 avril 1999 (Ipecac Recordings) (également appelé Amenaza Al Mundo)

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« Fantômas, film pour les oreilles ? » Okay, okay, vous avez gagné, comme beaucoup de ses confrères, le quartet semble à première vue (écoute) suborné à métamorphoser un déluge de blastbeat atonal en « bande-son-pour-film-qui-n’existe-pas-heu », ou hommage auditif au septième art, et assure même plutôt bien sa fonction : le présent skeud, un thriller terrifiant ; The Director’s Cut, même s’il est davantage un recueil de courts-métrages qu’un réel film, instaure une terreur toute cinématographique dans nos baffles ; Suspended Animation, le cartoon hilarant que l’on ne montrerait jamais à nos enfants ; Delirium Cordia, l’audacieux film d’horreur. Seul Millenium Monsterwork semble faire tache, gros fouillis incohérent et sonnant plutôt vain. En même temps, ce n’est pas exactement Fantômas, plutôt Fantômas et les Melvins. Ah, les Melvins…

« Couillon, t’es content de toi ? Il va encore partir dans une digression sur un groupe et un album qui n’ont absolument aucun rapport… » Rassure toi, intrépide lecteur, que l’impétuosité aura poussé jusqu’à cliquer sur un lien qui t’aura amené à cet article : le concept de moult albums des Melvins est de proposer une musique où bruit et musique sont absolument indistincts. « Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus… » C’est ça, les Melvins : c’est l’envers du décor destiné à nous montrer que la frontière entre « génial riff sabbathien » et « bordel bruitiste incommensurable » est quasi-inexistante. Tels des Vanités, les albums des Melvins sont là pour nous rappeler que la musique est poussière, et reviendra à la poussière. A votre avis, qui a donné à Adam Jones l’idée de coller des pistes de bruit en plein milieu des albums de Tool ?

J’arrête de me la péter et établis la problématique suivante : comment obtenir un résultat convaincant (et il l’est, pour sûr) avec comme instrument une bête à peu près aussi contrôlable qu’un diable de Tasmanie, j’ai nommé King Buzzo, l’âme des Melvins ? A l’aide, bien évidemment, d’un Mike Patton, modèle control freak. Ce dernier, à la création du projet, déclarait vouloir proposer une oeuvre à la fois terrifiante et swingante : il était la créature parfaite pour canaliser les velleités bruitistes du monstre melvinien, et savoir arrêter sa poursuite du grand ramdam auditif aux moments opportuns. Le superbe son de six-cordes du Tahiti Buzz Iommi ne sera pas ici crachoté en vain mais inséré dans des compositions, proches des Melvins par leur tenue aux frontières de la musique, et quasi-rock par moments, lorsque le duo fantastique Trevor Dunn -Dave Lombardo accouche de rythmiques binaires sur lesquelles Buzzo pose ses couinements et Patton ses hurlements diaboliques.

L’idée présente des similitudes avec le projet Mr Bungle. Là, également, est narrée l’histoire d’un dangereux psychopathe, et ses crimes ne sont pas montrés à l’écran… Et là où étaient montrées les manœuvres de séduction de Mr Bungle sont ici montrés les hurlements des victimes, des silences, de diaboliques rires épars… Bref, la terreur, mais pas la violence. C’est surtout en cela qu’il est roman-feuilleton ; chacune des 29 pistes (30 en comptant la piste 13 absente du tracklisting) laisse un parfum d’inachevé, aucune ne donne à l’auditeur son content de violence, et, fatalement, toutes le frustrent, c’est le topos du « rendez-vous la semaine prochaine »… Insaisissable, inexistant sans doute, Fantômas menace peut-être le monde… Mais vous ne le saurez jamais ! Et si le plus grand crime du bandit masqué était tout simplement de ne pas exister ?



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