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Harpo's Ghost

Harpo’s Ghost

Thea Gilmore

par Vyvy le 31 octobre 2006

2,5

paru le 21 août 2006 (Sanctuary)

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Depuis 1998, la jeune Thea Gilmore cherche à faire son trou. La demoiselle, élevée dans la campagne du comté d’Oxford a grandi au doux son de Dylan, Young, Waits et tant d’autres. Préférant ces références parentales à la musique de son temps (nous sommes alors à la fin des années 80), elle se met à écrire, composer, jouer de la guitare. À 16 ans, elle se décide et quitte le domicile familial, laissant derrière une famille déchirée, pour aller bosser dans un studio. Vite repérée, il en faudra peu pour qu’elle passe de l’autre côté du micro. Et là, ça s’embale. Elle compose, enregistre, et sort six albums en quatre années, dont un seul de reprise. L’inspiration la travaille et une fois une chanson écrite et enregistrée, Thea n’aime pas qu’elle traîne, alors elle en sort, en rafale. Thea conquiert elle alors un public, son public ? Le fait que vous n’aviez jamais entendu parlé d’elle est assez évocateur, non ?

Depuis 2001, chaque album est présenté comme « le bon », celui qui fera de Thea une artiste reconnue. Mais voilà, Avalanche (2003) se voit relégué derrière Dido et Sophie Ellis Baxtor (non pas que la production de Thea y ressemble, rassurez-vous). Elle a bien quelques « hits » , paraissant pour la première fois au top 40 et son clip graciant les ondes de Top Of The Pops mais elle ne décolle pas... Le soutien critique est pourtant réel, et ce depuis son premier album. Le dernier lui vaut encore des louanges d’une rare puissance. Ainsi, le magazine Mojo la catalogue de « most coherent, literate and charged british singer songwriter of her generation » là où Mail On Sunday fait d’elle un must pour toute collection de disque. Le public cette fois-ci suit plus que de coutume. Un changement de label (vers l’indépendant mais néanmoins imposant Sanctuary Records) et une pause de quelques années semble avoir offert à la rousse un nouveau départ, salutaire quant à ses ventes.

Qu’en est il donc d’Harpo’s Ghost ? Est-ce sous son artwork sans intérêt cette perle rare que l’on attend ? Non, non, non. L’album, est pour cela trop inégal. Non pas que certains bon titres ne se détachent mais l’impression récurrente d’écouter du Sheryl Crow ou de l’Alanis Morrissette des mauvais jours tend, à la longue, à devenir pesant. Thea, chanteuse engagée, doit encore apprendre à devenir engageante, et le mélange pop folk mal embouché a l’inconvénient de nous faire nous pencher sur les textes, où on découvre là encore, du pire, comme du pas mauvais.

Le tout commence plutôt bien. The Gambler a une jolie structure mélodique, et aménage un bel écrin pour la voix de Thea, une voix riche agrémentée d’un zest de souffrance et de « vécu ». Mais déjà, le refrain blesse, l’artificiel du bruyant Come On Come On brisant l’ambiance. Le prochain titre réveille certes, mais de fait nous réveille aux failles de l’Anglaise. À savoir, en premier lieu, la difficulté d’allier un texte crédible à une mélodie ne le dépréciant pas. Car après tout, les paroles ne sont pas si mal que ça :

You can roll your eyes and write me off as paranoid
Tell me under Gucci suits lie twisted girls and tortured boys
But nothing gets my back up quite like martyrdom
When everybody’s numb
Yeah everybody’s numb
 
So sent your armies out into the real world
Reciting lines from nursery rhymes and singing like a jailbird
Cos every Caesar needs a tranquiliser gun
Then everybody’s numb
Yeah every Ghandi needs his own Napoleon
Then everybody’s numb

Mais la musique ! L’accompagnement d’une pop à deux balles, mal menée et puérile par dessus tout, ruine, vous en conviendrez, les plus beaux textes. La suivante abandonne ces essais pop et remonte aisément. Voilà une chanson qui se laisse s’écouter, sans produire chez le critique des envies de meurtre, ce qui est un plus notable. Arrive, attention, ce qui pour certain est le titre « à la Springsteen ». À la Sheryl plutôt, les flopées d’harmonica et la jolie voix ne sauvant pas l’inanité du reste. Le pire arrive. Voici Built A Monster, pamphlet anti-mondialisation. Le refrain encore, Built a Moooooonster énerve. Thea ne trouvait pas de mélodie adequate, elle a donc, tragiquement, fait appel à Mike Scott des Waterboys, et on se retrouve encore avec un titre avec des paroles assez bien écrites mais qui ne tient, hélas, mais alors vraiment pas du tout, la route.

Les abysses atteints, efforçons-nous de remonter. The List marque une sérieuse amélioration, qui convainct de plus en plus que Thea ferait mieux de rester dans les calmes ballades et laisser les riffs et envolées lyriques à d’autres. Histoire d’amour triste, il en faut bien une, The List donne la mesure de la voix de Thea, voix qui s’avère vraiment intéressante. Après, rassurons-nous, cela reste dans cette veine (avec quelques rechutes néanmoins, Going Down notamment, mais rien du calibre des horreurs précédentes).

La demoiselle est après tout assez sympathique, elle aligne de sérieuses références, a fait, à la demande de cette dernière, la première partie de Joan Baez dans une longue tournée américaine. Mais pourquoi diantre a-t-elle collaboré avec Scott ? Après l’horrible Built A Monster, l’autre collaboration Whistle And Steam rajoute aux fautes du sieur de ridicules chorus angéliques... encore un titre qu’il faudrait mieux oublier. Si bien qu’au final, on est assez énervé avec elle. Car les trois derniers titres dont le soit disant « dylanesque » Contessa, le captivant Slow Journey et l’heureux morceau caché sont bons. Voire vraiment agréable. Oublions (encore un !) le single Cheap Tricks sans grand intérêt.

Si elle nous avait livré un album du niveau des derniers titres et du premier, qu’elle aurait été notre joie ! Mais non, quatre voire cinq titres sur onze, c’est décidemment trop peu. On peut se prendre à rêver sur le beau 5 titres que ça aurait fait. Et vu que la miss a 2 ou 3 albums en route, nous n’allons sûrement pas tarder à voir si Thea Gilmore a sut faire le tri dans ses chansons et collaborations. Finissons en la citant : « It’s not sensational, but it’s honest. And at the end of the day, honesty is my most powerful weapon ». Bien que ces mots à l’origine portaient sur sa voix, rendons mérite à cet organe et gardons-les pour son album, c’est de fait la manière la plus gentille dont on puisse décemment le décrire.



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Tracklisting :
 
1. The Gambler (4:29)
2. Everybody’s Numb (3:48)
3. Red White & Black (4:11)
4. Call Me Your Darlin’(3:43)
5. We Built A Monster (3:24)
6. The List (4:10)
7. Going Down (3:13)
8. Whistle And Steam (4:09)
9. Cheap Tricks (3:42)
10. Contessa (4:59)
11. Slow Journey No.2 (4:01)
12. Play Until The Bottle’s Gone (5:37)
 
Durée totale : 49:32