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Hellfest 2011

Hellfest 2011

par Aurélien Noyer, Sylvain Golvet, Thibault le 20 juillet 2011

Le 17 juin 2011, trois reporters d’Inside Rock, Duffman, Thibault, NonooStar et leurs amis M. Bobine, Macfly et Manfred pénètrent sur les Terres du Hellfest à Clisson. Un mois plus tard, une fois le traumatisme dissipé, ils témoignent.

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22h10 - Clutch

La bouffée d’air frais rock’n’roll du week end. Clutch impressionne par sa capacité à faire des choses évidentes et très accrocheuses tout en étant vraiment fournies. A ce titre, l’album Blast Tyrant est un idéal de rock récréatif old school et super chiadé. Sur scène, c’est encore mieux. Sur de lui, le quatuor attaque sur The Mob Goes Wild et aussitôt l’ambiance décolle. Le contraste entre la musique jouée, son effet sur le public et l’attitude du groupe est assez drôle : c’est très groovy, les lumières jaunes et oranges renforcent les couleurs chaleureuses des morceaux, les spectateurs se bougent avec entrain, chantent et applaudissent alors que le groupe est totalement immobile, à l’exception de son chanteur barbu, l’excellent Neil Fallon.

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Celui ci assure le show à lui seul, son espèce de bonhommie, sa démarche chaloupée et sa manière de haranguer le public colle avec son chant décontracté et puissant parfois proche du parlé/scandé, tout en étant toujours mélodieux. De temps en temps il sort la Les Paul pour un peu de slide, un exercice dans lequel il se débrouille très bien.

Derrière lui, les trois autres musiciens semblent totalement absorbés par ce qu’ils jouent. A les voir, on jurerait être face à des élèves de conservatoire ultra soucieux, mal à l’aise, statiques et très concentrés. Pourtant, ils forment une véritable machine à groover. Le timing du batteur fait courber les genoux et les épaules, et voici qu’on ferme les yeux et se laisse porter par la musique tout en dansant avec la grâce d’un festivalier qui vient de passer dix heures debout. Et il y a toujours un refrain à entonner pour relancer la dynamique, les « BANG BANG BANG » d’Electric Worry sont repris en chœurs, celui de Cypress Grove tombe tel un couperet après une jam jouissive où les phrasés bluesy de la guitare hypnotisent. Quant à celui de Profits of Doom, plus heavy, il est l’occasion pour Neil Fallon de tonner de sa voix la plus chaude.

Durant une heure, Clutch pioche dans ses quatre derniers albums et enchaine les tubes, les étire, témoigne d’une maitrise rare dans le domaine du blues-rock. Surtout, la musique est toujours chantante, des riffs aux subtilités de la batterie, tout est rond, fluide, guidé par un vrai sens de la mélodie. Jamais chiant, jamais scolaire, fun et musclé, un groupe très recommandable et l’un des trois-quatre meilleurs concerts du Hellfest 2011. Vivement la prochaine tournée.

23h30 - Melvins

On connait la réputation des Melvins, ce sont des casse couilles capables de passer quarante minutes à faire du bruit juste pour s’amuser. Leurs concerts sont à l’image de la musique qu’ils proposent depuis presque trente ans ; globalement de bonne tenue mais on n’est jamais à l’abri d’une mauvaise blague qui ne fait rire qu’eux et leurs fans les plus hardcores qui acceptent tout comme des fans. D’ailleurs, les fans disent adorer les Melvins justement parce que le groupe se moquerait de l’avis de ses fans et serait un modèle d’autonomie et d’intégrité rock, tels des rochers imperturbables dressés contre vents et marées.

Or, ce qu’il ressort de ce concert au Hellfest, c’est qu’au contraire les Melvins font très attention à leurs fans. Ils savent que leur public leur pardonne presque tout parce que ça fait partie du contrat pour adhérer à leur démarche, il faut tout prendre en bloc. Du coup, ils flattent leurs fans. Ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi. Les Melvins ont conquis leur public à la force du poignet, ce sont des besogneux depuis 1983, ils vendent peu, c’est tout à fait normal qu’ils essaient de vivre en confortant cette fan-base, ils en ont besoin. Mais cette bonne intention débouche assez souvent sur du n’importe quoi.

Les saligauds commencent leur concert par vingt minutes, montre en main, de bruit haché. S’en suit un long larsen qui ne dure peut être que trente secondes mais semble infini. Tout ça pour quoi ? Juste pour sélectionner les vrais, les purs, qui doivent avoir l’impression de mériter ce qui va suivre car ils ont passé l’épreuve du feu. C’est complètement débile de faire ça dans un festival. Dans un de leurs concerts, à la rigueur... c’est leur problème, ce sera entre le groupe et ses fans, tout le monde sera ravi et tout ira pour le mieux. Mais au Hellfest, ça n’a aucun sens. Vingt cinq ans de métier, le groupe doit se douter que beaucoup de personnes sont ici pour passer un bon moment, pour découvrir des groupes, pour l’ambiance. Il est 23h30, on arrive au bout de la journée, ce n’est pas le moment pour casser les couilles.

Et le groupe s’en fout, fait du bruit pendant vingt minutes, content de sa bonne farce comme un gamin qui fait prout pendant le repas de Noël. Le résultat est logique ; une bonne partie du public, qui aurait pu aimer la suite du concert et aimer les Melvins, se barre purement et simplement. En ce qui nous concerne, notre fine équipe arrive à quatre, les deux qui ne connaissent pas les Melvins partent très vite.

C’est d’autant plus dommage que la suite du concert est d’un tout autre niveau. Terminées les conneries, les Melvins proposent un vrai concert, quelque chose d’inattendu et de prenant. Le quatuor envoie, un peu comme Prince mais dans un registre un poil plus caverneux ceci dit, une espèce de medley très compact et bien foutu, joué sans aucune interruption ni rappel pendant la petite heure qu’il leur reste. C’est très casse gueule, très maîtrisé et d’un poids qui tombe sur la tête et l’estomac. Surement le concert le plus heavy des trois jours, pour donner une petite idée de la chape de plomb qui s’abat. On a l’impression d’être mis face à une version étirée à n’en plus finir de leur morceau Dog Island. Ce titre, un de leurs meilleurs, est une sorte de monstre de sept minutes, un tour de force qui arrive à paraître ultra saccadé et faussement erratique alors que tout est super construit, bien mis en place, le fruit de beaucoup d’années de tâtonnements. Le concert procure la même sensation, parsemées de fulgurances comme des versions raccourcies et accélérées de Queen, autre morceau bien couillu.

Le groupe impressionne par sa puissance. Le jeu de double batterie est basique, pas d’interactions particulières ni de complémentarité entre les deux musiciens mais de l’impact et une certaine forme de groove. Le bassiste a un son saturé très typé hardcore, râpeux, sale, comme si les cordes allaient se décrocher de l’instrument. Sauf que contrairement à beaucoup de bassistes du genre, Jared Warren conserve un touché qui s’approche parfois de Geezer Butler dans Black Sabbath et son jeu ne se limite à de l’occupation en arrière plan comme trop souvent dans le metal. Enfin, Roger Osborne, aka King Buzzo, aka Buzz Osborne, est une grosse brute. Le personnage impressionne par sa stature, on voit une espèce de colosse vêtu de fringues informes, larges et sombres qui lui donnent une allure de Frère Tuck metal avec une moumoute invraisemblable, qui a d’ailleurs sa propre page fan sur Facebook.

Équipé d’une Dan Armstrong Lucite transparente au son d’une lourdeur effroyable, le boss des Melvins tangue, arpente son petit espace entre les deux batteries et le bord de la scène puis se dresse d’un coup devant le micro pour gueuler de sa voix la plus forte en secouant sa moumoute de gauche à droite. Le combo guitare Ampeg (vous savez, la marque dont les pré-amplis qu’utilisait Kyuss ont ruiné la sono de Metallica) + ampli Marshall ne fait pas dans la demie-mesure, c’est très très épais.

Il faut toute la maitrise du groupe pour marquer des pauses au bon moment, pour placer quelques respirations bienvenues et tenir une heure en ne s’arrêtant jamais de jouer. A plusieurs reprises Buzz Osborne envoie des solos bien tordus et jouissifs, pas grand chose à redire une fois la machine lancée. Quand bien même le style des Melvins est resté sensiblement le même tout le long de leur parcours, c’était une gageure de réussir à réinterpréter des morceaux écrits à différents moments et de les mêler en quelque chose de cohérent et d’agréable à écouter. C’est réussi, et c’est donc d’autant plus con d’avoir gâché ça en ayant fait des conneries au début.

01h00 - Mayhem

Histoire de finir la première journée en beauté, direction le concert de Mayhem pour une cérémonie baptisée Liberation by Evil, hin hin hin. Ça sentait bon le grand guignol, le carton pâte, les symboles du Malin et les costumes rigolos. Les veinards que nous sommes avons eu droit à la totale. La découverte de la scène et du groupe provoque une crise de fou rire : de grands rideaux frappés de signes occultes pendent jusqu’aux amplis et entourent un autel sorti d’un mauvais film d’horreur depuis lequel le chanteur Attila Csihar, déguisé en grand VRP des puissances infernales, imite avec un certain brio le bruit que fait la radio quand on switche entre deux stations.

Qu’on se le dise, le black metal n’est pas une musique violente, c’est une musique très linéaire, très répétitive, très convenue et globalement très chiante. Il y a quelques exceptions plus intéressantes, mais globalement pour écouter du black metal, il faut juste accepter de regarder Canal Plus en crypté. Heureusement pour nous, Mayhem propose en contrepartie un spectacle comique de premier ordre. Il y a des jets de flammes, des trucs qui ressemblent vaguement à des incantations (un type qui lève les bras l’air pas content, ça doit être ça), des musiciens qui traversent la scène d’un air décidé pour aller d’un bout à l’autre de celle ci toutes les cinq minutes, surs de leur destination.

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Moment d’anthologie, Attila Csihar, qui est vraiment accoutré n’importe comment (on ne voudrait même pas de ses fripes pour une IRL cosplay entre nécromanciens de Diablo II), prend un air solennel et dresse un crâne devant lui, le portant à la même hauteur que son micro. Il n’en faut pas plus aux deux derniers équipiers d’Inside Rock encore debout à cette heure tardive, les voici qui se mettent à scander « BOIS ! BOIS ! BOIS ! BOIS ! » au milieu de la foule. Quelques secondes plus tard, le chanteur repose son joujou : « IIIIIL EEEEST DES NOOOOTREEEEUH, IL A BU SON CRANE COMME LES AAAUUUTREEEEUUH ».

Quelques jours après le festival, déclarations fracassantes du grand sachem : « They were all human remains — skulls and bones. It was for spiritual reasons, not for sensation. I am not sure if it’s the best idea to say officially that we used real human bones on our performance. However, it is the simple truth. We are MAYHEM and I am Attila, I always say the truth, nothing more and nothing less. » Bravo les gars, vous êtes formidables. Annoncer comme ça, juste après votre passage au Hellfest, que tiens au fait, on a récupéré des fémurs sur le chemin, mais comprenez bien, c’est spirituel. Christine Boutin a fait une attaque, vous êtes contents de vous ?

Non, c’est vrai, le sensationnel c’est pas le style de la maison chez Mayhem. Leur ancien chanteur s’est suicidé parce qu’il était convaincu de ne pas être humain, le reste du groupe a plus ou moins entretenu la rumeur comme quoi ils ont fait une omelette avec sa cervelle et des bracelets avec ses os, l’un des bassistes du groupe a buté le guitariste à coups de couteau avant de virer bordeline néo-nazi, à leurs débuts la formation s’est fait un nom en exposant des têtes de porcs empalées sur scène, ce qui a d’ailleurs un peu choqué le végétarien Attila lors de son arrivée dans le groupe. Ces gens sont des clowns depuis plus de vingt ans mais sont convaincus de ne pas faire dans le sensationnel. C’est brillant.

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 Samedi 18 juin

13h50 - Spinal Tap Hammerfall

En un week-end au Hellfest, les candidats à la palme de « Spinal Tap en vrai » ne manquent pas. On en voit défiler plusieurs, et pas des débutants. Tous manient à merveille le double, voir triple, balancé de manche en cadence, le refrain épique à chanter à dos de dragon, le solo à velléités néo-classiques, le looping de baguette entre les doigts pendant le break, le lever rageur de pied de micro, le power stand qui vend du rêve, il y a du haut niveau. In Solitude, UFO, Grand Magus, Doro, la concurrence est féroce.

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« Tonight we’re gonna rock you tonight ! »

Mais, indéniablement, Hammerfall est au dessus du lot. Ces suédois nous proposent du « power-metal ». Qu’est-ce que c’est ? Globalement, il faut imaginer du Iron Maiden beaucoup plus kitsch, beaucoup plus poilu et beaucoup plus con. On pourrait presque résumer Hammerfall en décrivant son guitariste. Oscar Dronjak a la moustache brune de Zappa, les cheveux décolorés blond pipi, un marcel blanc, des bracelets de force, une chaine de vélo autour du cou et une ceinture sertie de balles. Il enchaine les poses à la cool, les clins d’œil, les grimaces de satisfaction à la conclusion d’un solo qui envoie du gros pâté, les poignées de main viriles avec son chanteur. Spinal Tap en vrai, tu peux pas test.

18h50 - Apocalyptica

On ne connaissait du groupe que sa réputation de violoncellistes qui reprennent du Metallica. On y est allé par pure curiosité, sans trop savoir à quelle sauce on allait être mangé, même si on se doutait que ce ne serait pas vraiment du Meshuggah. Dès le premier morceau, le doute s’installe, est-ce vraiment des violoncelles qu’on entend ? Le son est tellement saturé, gavé comme une oie avec toute la reverb possible, qu’on est persuadé d’être face à des guitares. Au final, ça sonne presque post-rock bourrin/confus/rapide sur un titre... On se demande quel intérêt d’utiliser des violoncelles pour les brancher sur des pédales d’effets très courantes et produire un son qui ne ressemble absolument pas à celui d’un violoncelle.

Passé cet instrumental introductif vient une chanson qui semble assez quelconque jusqu’à l’arrivée du chant, justement. On se prend une grosse giclée de metal FM qui tâche et on comprend mieux pourquoi les musiciens sont sapés comme dans une version olé-olé de Pirate des Caraïbes. Un premier mouvement de recul s’impose, puis un deuxième quand le groupe joue sa reprise de Masters of Puppets. Les riffs passent assez bien mais on recherche toujours la plus-value de la formule violoncelle. De fait, le travail de réarrangement sur ce titre est quasi inexistant et on commence à flairer l’arnaque. Le premier solo vient nous achever tant son interprétation est foireuse. Le metal est peut être grossier, mais Apocalyptica, c’est moche et vulgaire.



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