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Hellfest 2011

Hellfest 2011

par Aurélien Noyer, Sylvain Golvet, Thibault le 20 juillet 2011

Le 17 juin 2011, trois reporters d’Inside Rock, Duffman, Thibault, NonooStar et leurs amis M. Bobine, Macfly et Manfred pénètrent sur les Terres du Hellfest à Clisson. Un mois plus tard, une fois le traumatisme dissipé, ils témoignent.

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  Sommaire  

20h50 - Black Label Society

De Black Label Society, on attendait pas grand chose d’autre qu’un heavy metal vaguement groovy et c’est à peu près tout ce qu’on a eu. En un sens, toute la musique du groupe de Zakk Wylde est résumée par les Commandements du club qui a pris le nom du groupe et donc Zakk arbore avec fierté le blouson :

1. God, Family, Beer
2. Suicide is not a option
3. Complaint Dept. Closed
4. Live life stronger than death
5. Thou shalt not spilleth the beer
6. Refuse to lose/Born to booze
7. Respect is to be shown to all Society dwellers worldwide
8. Colors must be worn at all Black Label Society shows and events
9. Fear no beer
 
Traduction approximative :
1. Dieu, Famille, Bière
2. Le suicide n’est pas une option
3. Le bureau des plaintes est fermé
4. Vivre sa vie plus fort que la mort
5. La bière, tu ne renverseras point
6. Pas question de perdre/Né pour pour picoler
7. À tous les membres de la Society à travers le monde, le respect tu devras
8. À chaque évènement et concert de Black Label Society, les couleurs tu porteras
9. Ne crains jamais la bière
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Merci Zakk !

Zakk Wylde n’a rien un d’esthète et sa musique aligne les riffs arborant le ventre à bière adéquat pour un début de soirée au Hellfest. Malheureusement, pour une raison inconnue, Zakk s’est senti obligé d’évacuer ses musiciens de la scène pour se lancer dans un solo impressionnant de vacuité et de trivialité. Répétant à l’envi les mêmes plans en hammer, un coup à droite de la scène, un coup à gauche, il aura réussi à déconcerter un public pourtant conquis par son metal sympatoche. Même le bassiste du groupe ne s’y trompe pas et picole sa bière dans l’arrière-scène en jetant des regards goguenards au guitariste qui n’en finit pas d’étirer sur 20 minutes ce qui se voudrait une démonstration technique mais ressemble plus aux exercices d’échauffement d’un shredder débutant.

Le concert se finit heureusement par un retour à quelques chansons efficaces, mais Zakk a beau lever bien haut le symbole du Black Label Society cousu sur sa veste et se frapper la poitrine gorilla-steez, une partie du public ne s’est pas remise du ridicule de ce solo improbable et reste dubitative. Dommage...

23h30 - Converge

Sur le cas Converge, les avis divergent (Mouhahaha, Inside Rock, pas les derniers sur la marade) au sein de notre gang de six. D’un côté trois personnes très peu réceptives, voire carrément saoulées par leur hardcore trans-genre et qui quitteront assez vite la tente. Thibault, qui aime bien toucher du doigt ses limites, nous lâchera finalement au bout de quelques morceaux avec un mesuré : « non mais là c’est plus possible, c’est vraiment trop de la merde ! »

Qu’est-ce qui fait que les trois autres sont restés ? Disons que Converge a déjà pour lui sa puissance de feu, au même titre que les Melvins la veille. Certes cela ne mériterait pas tant d’éloges quand sur trois jours, la plupart des groupes rivalisent de volume sonore pour faire de son set le plus couillu du festival. « Et qui est-ce qui a le plus gros son, hein ?! », à peu de choses près. Pourtant la puissance de Converge est assez fraîche, elle réussit à paraître naturelle toute en étant très maîtrisée. Qui pourrait croire en entendant les introductifs Concubine et Dark Horse que Converge est juste là pour besogner des morceaux sans âme tels de vieux briscars qui attendent la retraite (Iggy ?). Il faut dire que le groupe ne se ménage pas et gigote dans tous les sens, soutenus par un batteur à la dextérité impressionnante. Et les morceaux s’enchaînent sans répit, d’autant qu’ils sont souvent très courts (19 morceaux en une heure !).

Il faut avouer que Converge pèche par plusieurs aspects. Le premier est tout à leur honneur : terminant une journée hardcore dans la Terrorizer Tent, Converge s’éloigne de groupes comme Terror, qui par ailleurs a conquis pas mal de monde juste avant avec un set purement efficace et fun tout en faisant participer le public. Il est plus dur derrière pour un groupe plus expérimental de faire son trou parmi des auditeurs peu au fait de leur carrière. Leurs morceaux sont des blocs denses, complexes, déroutants. Et peuvent vite laisser sur le carreau, comme ceux de Dillinger Escape Plan, auquel le groupe fait souvent penser.

Le deuxième aspect est plus problématique. Car si les musiciens sont plus qu’habiles (cette guitare sur Cutter !), le chanteur/hurleur semble vraiment un point faible. Jacob Bannon hurle sans nuances et sans puissance. On se retrouve alors souvent avec une nappe gênante et l’on a surtout envie qu’il tousse un bon coup pour évacuer tout ça.

Belle mandale quand même, n’en déplaise aux grincheux.

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Au Hellfest, même les morts vendent des fringues.

00h55 - Hommage à Patrick Roy

Alors que la piètre performance de Scorpions (chanteur à la peine, musiciens en pilotage automatique) s’achève, commence l’hommage à Patrick Roy. Les écrans géants passent sa question à l’Assemblée Nationale où il défendait le Hellfest, avant que n’éclate un feu d’artifice appuyé par les notes de For Those About To Rock. C’était imparable, approprié et réellement émouvant.


Patrick Roy Hellfest - Assemblée nationale débat par MsBeuheu

Patrick Roy, we salute you !

 Dimanche 19 juin

12h30 - Red Fang

Loin d’être seulement la terre du heavy metal chevelu, le Hellfest a prouvé encore une fois que toute musique un peu extrême avait sa place. Comme c’est tendance en ce moment, on avait donc le droit à une belle programmation stoner cette année dans la Terrorizer Tent, entre les parrains Kyuss, les élèves timides My Sleeping Karma et autres Electric Wizard, Corrosion of Conformity, Goatsnake…

Petits nouveaux au sein du (presque) mouvement, au même titre que Torche, Red Fang était attendu par les spécialistes du stoner sur la foi d’un deuxième album Murder the Mountains aussi puissant que référentiel. Les autres auront eu une belle surprise avec ce quatuor, même si trentes minutes à 12h30, c’est un peu dur de se rendre compte de leurs réelles qualités. Heuresement pour eux, là où la répétition peut nuire au stoner (Electric Wizard), Red Fang n’hésite pas à piocher un peu partout ses références ce qui donne des morceaux aux ambiances variées, de la course effrénée (Prehistoric Dog, Wires) au groove très très lourd (Humans Remain Human Remains). On y reconnaît là du Sabbath, ici du Mastodon, et du Melvins un peu partout, mais en plus fun, le tout avec des envies mélodiques plus marquées que ses collègues. Étant aussi de bons musiciens, ces influences passent avec le plus de naturel possible donnant presque l’illusion que la formule est nouvelle.

Pari réussi au final, ils auront su allumer l’étincelle de curiosité chez nous pour qu’on aille se pencher sur leur discographie (à écouter : l’excellent morceau Throw Up du dernier album) et qu’on profite de leurs excellents clips potaches (Prehistoric Dog, Wires)

13h30 - The Ocean

Un cas un peu compliqué. Pour faire simple, le groupe évolue dans un registre post-je-sais-pas-quoi-hardcore-psyché-metal, pardonnez les mots clés dossier-de-presse-style, mais bon, vous saisissez à peu près l’idée et sinon go wikipédia. On sent un vrai un effort du groupe pour ne pas se cantonner aux fondamentaux d’un genre ou d’un autre, une envie de brasser plusieurs éléments comme bon lui semble. L’intention est louable, l’exécution intéressante mais un peu bancale. Les morceaux évoluent toujours dans un tempo moyen parsemé de quelques brusques poussées ou montées en puissance. On a souvent le sentiment que le groupe a le popotin écartelé entre trop de chaises.

Le rythme est toujours un peu trop alangui pour que les coups de sang agrippent, les moments flottants sont parasités par une recherche de complexité pas toujours à propos. Le batteur a tendance à se perdre dans des roulements et imbrications de toms et de double pédale alors qu’il est capable de passages plus resserrés, plus mélodiques et donc plus efficaces. La paire de guitaristes déçoit sur le terrain de la puissance brute, tout comme le chanteur, toujours branché sur la même humeur. Presque pas de modulations, juste une alternance entre un filet de voix trainant et de gros cris. Ce n’est clairement pas le point fort du groupe, tout comme les projections d’images « abstraites » en arrière plan. Le jeu de scène à la Dillinger Escape Plan n’est pas non plus très enthousiasmant.

Heureusement, The Ocean a tout de même quelques phrasés intéressants et un bassiste au jeu plus nuancé et parfois intriguant. La musique a des défauts et ne convainc pas, mais elle retient l’attention. On attend de voir ce qui va se passer, où le morceau va aller, comment l’ensemble se déroule. Bien sur, il n’est pas question de se faire un avis définitif sur un groupe qui doit être plus à l’aise en studio que sur scène. Néanmoins, il faut reconnaitre que quand bien même le set n’était pas inintéressant, la mayonnaise a eu du mal à prendre.

15h15 - Duff McKagan’s Loaded

L’ancien bassiste des Guns N’ Roses présente ses propres chansons orientées college-rock. Ce n’est un mystère pour personne, les musiciens des GNR n’ont jamais fait mieux qu’Appetite For Destruction et leurs carrières parallèles et/ou solos sont relativement anecdotiques. Pour autant, un projet comme Slash’s Snakepit reste assez distrayant dans son exercice de blues-rock bas du front. De même le premier album du Velvet Revolver a quelques bonnes chansons. Sans espérer monts et merveilles, on attend une certaine qualité minimale qui rend le bousin sympatoche.

Avec Duff McKagan, c’est vraiment le fond du panier. Le musicien a eu ses heures de gloire et a contribué au renouveau de la basse à la fin des nineties, mais maintenant plus rien. Son seul réel soubresaut en quinze ans est tentative de rapprochement avec Jane’s Addiction qui a échoué. Son nouveau groupe Loaded ne présente aucun intérêt, et pour cause, McKagan n’est ni un compositeur ni un chanteur. S’il peut faire vaguement illusion sur disque, il se révèle très mauvais en live.

Des morceaux sans saveur, peu d’énergie, une présence scénique limitée, une voix complètement aux fraises. Il tente de mettre du piquant en reprenant quelques titres des Guns, mais ce n’est pas une bonne idée de se lancer des choses plutôt compliquées comme It’s So Easy avec sa voix et sa technique très limitée. Un énième cas de rockeur pas foncièrement nul coincé dans une voie sans issue, c’est un peu triste.

17h05 - Kylesa

Seul petit raté de notre expérience du Hellfest cuvée 2011, le son de Kylesa a dérapé une ou deux fois. A quelques reprises le chant fut noyé dans les instruments et le choix de mixer les deux chanteurs en stéréo massive, l’un à droite, l’autre à gauche, n’était pas vraiment judicieux. Mais difficile de blâmer l’organisation quand on sait que Kylesa est un groupe qui n’assume pas entièrement ses voix. Ses deux guitaristes sont des « chanteurs par défaut », ils ont d’ailleurs tendance à sous-mixer leurs voix en studio, à les entourer d’épaisses couches instrumentales. Ils ne les négligent pas complètement pour autant, en interview le groupe dit avoir un vrai souci des mélodies et de fait, c’est carrément du Beach Boys en comparaison avec beaucoup d’autres groupes du week end.

Kylesa se situe au carrefour de plusieurs influences : le quintet reprend régulièrement Set the Control for the Heart of the Sun de Pink Floyd, son attaque franche évoque celle de Mastodon période Leviathan, les accents psychédéliques et la production de leurs disques ne sont pas purement metal. D’ailleurs les membres du groupe présentent un look et des instruments plutôt rock, preuve qu’ils n’ont pas les pieds dans le même sabot.

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Le set se concentre sur les pièces de choix de leurs deux derniers albums, Spiral Shadow et le très bon Static Tensions. Différence notable avec le studio, les deux batteurs resserrent considérablement leurs jeux : sur disque, ils sont chacun mixés en stricte stéréo, ce qui met en relief la complémentarité et la subtilité de leurs parties respectives. Sur scène, ils font moins de manière et optent pour de la puissance brute. Ce n’est pas aussi complexe et époustouflant que du Brann Dailor mais ça fait jeu égal avec la paire de batteurs des Melvins.

Devant eux, le bassiste donne de réels coups de poings à son instrument blanc qui fait baver de jalousie NonooStar. « Il a volé ma future basse !!! » répète notre webmaster, tout fébrile. Sur les côtés, les deux guitaristes se relaient au chant. Chose suffisamment rare et agréable pour être soulignée, c’est une fille, Laura Pleasants, qui semble être la leader du groupe. Son chant crie tout de même « si j’avais des couilles, elles seraient plus grosses que les tiennes » mais elle assure tous les solos et parties délicates avec beaucoup d’aisance, très habile sur sa jolie Les Paul couleur or.

Sur scène, le son de Kylesa cogne avec à propos et les morceaux connus sont d’autant plus impressionnants et jouissifs. Tout le talent du groupe réside dans sa capacité à transcender des trucs et gimmicks connus dans des compositions intelligentes, qui se jouent habilement de nos attentes. Sur une version ultra lourde de Running Red, le quintet trouve son équilibre entre des cassures amorties à la A Song For The Dead des Queens of the Stone Age et des staccatos dégueulasses et caverneux comme ceux du Ísland de Mastodon. Ce qui, sur ce webzine légèrement fanatique de ces deux formations, est un putain de compliment. Au final, un excellent concert et un passage au merchandising pour NonooStar qui, faute d’avoir récupéré la basse de ses rêves, a jeté son dévolu sur un T-Shirt du groupe.

21h35 - Korpiklaani

Korpiklaani, en finlandais, « le clan de la forêt ». Intrigué par le nom du groupe et par l’intitulé de son genre musical (du « pagan/folk metal », d’après le site du Hellfest), on avait déniché cette improbable vidéo :

Du coup, en allant assister au set du groupe, on s’attendait à passer quelques minutes en regardant le bousin d’un air goguenard puis à s’en aller chercher quelque chose d’un peu plus sérieux, façon « journalisme total ».

Mais la vieille maxime s’est rappelée à nous : « le journalisme total, c’est totalement con »... et Korpiklaani, c’est totalement génial. Même si leur vidéo présente un côté cheapos et évoque les pires nanars musicaux labellisés « festif », leur musique ne verse jamais dans la gaudriole débile auto-proclamée (on n’est pas chez Marcel et son Orchestre) et ne prend pas son principal sujet (la fête et l’alcool) comme excuse pour proposer une musique simpliste.

Si on devait trouver un équivalent de Korpiklaani, il faudrait le chercher dans les chansons à boire des Pogues et un commentaire Youtube de la chanson Tequila résume très bien la chose : « this is not pagan metal, this is alcohol metal ».

Résultat : les trois envoyés d’Inside Rock et leurs trois compères ont été incapables de rester stoïques face à l’énergie irrésistible du groupe et, perdant toute la retenue dont s’enorgueillit habituellement le critique conscient de son rang d’appréciateur professionnel (et croyez-moi... on peut être d’affreux snobs chez Inside Rock), se sont retrouvés à sauter et à danser, le sourire aux lèvres, comme des hobbits à la Fête du Printemps. C’est l’effet Korpiklaani.



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