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Hellfest 2011

Hellfest 2011

par Aurélien Noyer, Sylvain Golvet, Thibault le 20 juillet 2011

Le 17 juin 2011, trois reporters d’Inside Rock, Duffman, Thibault, NonooStar et leurs amis M. Bobine, Macfly et Manfred pénètrent sur les Terres du Hellfest à Clisson. Un mois plus tard, une fois le traumatisme dissipé, ils témoignent.

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22h10 - Electric Wizard

On a beau avoir le persiflage facile à Inside, il y a des genres pour lesquels on est bon client. Typiquement, du gros blues avec un groove détendu, un son bien lourd et musclé avec de la wah-wah, ça suffit à notre plaisir. Sur le papier, Electric Wizard remplissait le cahier des charges, on ne demandait pas mieux pour finir le week end tranquillement. Tous nos espoirs ont été détruits par le concert peut être le plus con et le plus poseur (devant Judas Priest ! Un exploit !) des trois jours.

On espérait un moment sympa, fun et décontracté, on se retrouve avec des amibes chevelues qui headbanguent au ralenti, qui appuient comme de gros patauds le moindre accord, qui répètent la même chose pendant une plombe parce que t’vois, c’est un trip mec, une expérience... Comme l’impression d’être face à des métalleux qui ont échoué en première année de fac de psycho parce qu’ils sont incompris du système, t’vois ?

Cerise sur le gâteau, le groupe projette un film érotique (et non pas pornographique car on ne peut pas montrer de kiki en gros plan, il y a des mineurs) derrière eux, mais le film érotique français des années 70, celui qui se veut choquant et subversif. Avec une nana attachée à une croix qui refuse de se faire brouter le frifri par une angry lesbian. Du coup, la lesbienne décapite une colombe et fait boire son sang dans un crâne à l’autre attachée, qui accepte finalement de participer aux réjouissances, bien sur. Suuuuuuubversion, contre-culture, toussa toussa.

On en perd son latin devant un tel n’importe quoi. Ce n’est ni excitant (c’est moche comme un téléfilm français), ni provocateur (c’est un téléfilm français), ni même amusant (téléfilm français), c’est juste un mécanisme de diversion aux ficelles aussi balourdes que stupides, une escroquerie pour se donner une petite contenance. Tellement vain que même Virginie Despentes aurait peut être flairé la supercherie.

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Macfly : « Je n’ai jamais flanché ! »

23h25 - Ozzy Osbourne

Aaaaah... Ozzy Osbourne... disons-le tout de go : Ozzy est vieux, il a visiblement du mal à marcher, ne s’éloigne jamais beaucoup de son pied de micro, sa voix ne s’est pas arrangé avec les années, il a même renoncé à délivrer autre chose qu’un metal bas-du-front (ses musiciens actuels sont loin du groove que pouvait fournir la formation Zakk Wylde/Robert Trujillo/Mike Bordin) et pourtant son concert était magique.

Car si la carrière solo du Ozz n’a jamais été un exemple de subtilité, son backing-band actuel compte une section rythmique de bûcherons et un guitariste dont la technique est mise presque entièrement au service de l’esbroufe musicale la plus éhontée. Oubliez donc les innovations (à l’époque) néo-classiques de Randy Rhoads, la lourdeur trash de Zakk Wylde, Gus G est là pour vous en mettre plein la gueule... et le pire, c’est que ça marche. Tel un Michael Bay de la guitare, Gus G s’empare des classiques d’Ozzy et même des vieilles chansons du Sabb’ (au plus grand désespoir des puristes) pour en faire des prétextes à des soli d’un mauvais goût ultra-jouissif.

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Gus G, version sans ventilo.

Dès lors, peu importe si Ozzy est obligé de quitter la scène pendant quelques dizaines de minutes (sans doute pour se reposer un peu, vu son état), Gus G aligne un shred totalement décomplexé, agrémenté de tous les gimmicks les plus putassiers du genre : tapping tape-à-l’oeil, harmoniques à tire-larigot, power-stand crétin les cheveux volant au vent du ventilateur installé devant lui, rien ne nous sera épargné... On peut regretter par contre que le batteur ait profité de l’absence d’Ozzy pour asséner un solo de batterie particulièrement pataud.

Et pourtant, cette débauche quasi-masturbatoire était peut-être un des meilleurs moyens d’amorcer la clôture du Hellfest : après des têtes d’affiches fatiguées et cachetonnant sans conviction (Judas Priest et Scorpions), ces versions de chansons fondatrices du metal (Paranoid, War Pigs, Iron Man, Rat Salad, Fairies Wear Boots) interprétées via les poncifs les plus fun et les plus décomplexés du genre permettent d’oublier un peu les styles complexes, techniques et/ou extrêmes entendus durant trois jours et de recharger un peu les batteries avant de se plonger dans la fournaise du concert de Kyuss.

01h00 - Kyuss

Nous venons de passer trois jours debout, cela fait autant de nuits passées à dormir six petites heures sur un tapis de sol, autant de journées où nous avons mangé et bu salement. Ne parlons même pas d’hygiène. Disons que dimanche à 1h du matin, nous atteignons un certain seuil. D’ailleurs, nous marchons comme des petits vieux, lentement, en nous tenant les lombaires, nous trainant avec difficulté pour se placer quelque part devant la console de la Terrorizer Tent, en priant pour ne pas s’effondrer comme des cloportes avinés.

Horreur, ces hippies d’Hawkwind ont joué sans regarder la montre et ont un peu débordé sur la plage horaire, le concert de Kyuss va commencer avec quinze minutes de retard. C’est inhumain de faire ça à des festivaliers un dimanche à 1h. Néanmoins, ça en dit long sur l’incroyable organisation des trois jours, UN SEUL RETARD en trois jours et à peu près cent quinze concerts ! Un seul ! Et à cause d’un groupe de hippies défoncés qui oublie que l’heure tourne. Chapeau bas.

Le groupe arrive, pas un mot décroché au public et déjà Gardenia s’abat. On fait la fine bouche pendant deux secondes, le nouveau guitariste Fevery a l’air un poil raide sur l’attaque du riff, et VLAN, la descente de batterie de Brant Bjork nous enfonce de vingt bons centimètres dans le sol poussiéreux. Une pensée nous traverse tous : « holy shit, on va prendre cher ». Cher, nous prenons. Vraiment. Kyuss offre un concert incroyable. Conscients de leur statut particulier, les musiciens se la jouent vieilles légendes ressuscitées du sable. Ils occupent l’avant scène mais se gardent bien de desserrer les dents ou de gesticuler comme des fans du MC5. L’attitude est celle des vieux cowboys dans les westerns crépusculaires, ils reviennent juste pour vous coller une bonne avoine.

Première prouesse, le groupe réussit à choisir des extraits de ses trois albums références, Blues for the Red Sun, Welcome to Sky Valley et ...And the Circus Leaves Town, et à les enchainer de manière très cohérente. A l’évidence, les musiciens ont passé du temps à réfléchir sur leur répertoire et ont trouvé la bonne mesure pour satisfaire les attentes des fans (tous les titres emblématiques sont là) sans tomber dans le jukebox. La grande force des disques de Kyuss est de s’écouler d’une traite, la narration est limpide tout en jouant sur la surprise, sur l’attente, sur la frustration. Il serait absurde de vouloir reproduire à l’exactitude ces albums sur scène, le groupe choisit intelligemment d’en retraduire l’esprit. La setlist s’enchaine de manière à former un nouveau récit, le choix des morceaux éclaire la musique de Kyuss sous un nouvel angle et montre les possibilités qu’offre un répertoire aussi cohérent et touffu.

La force des titres est décuplée, sublimée par un excellent jeu de lumières qui accompagne et anticipe les intonations, explosions ou ralentissements avec brio, tout en les nuançant ici et là. C’est un plaisir rare d’assister à un spectacle total et intelligent. L’utilisation des lumières en concert est souvent fonctionnelle, les rares groupes qui s’y intéressent, hors poids lourds à la Prince au Stade de France, ont une sale tendance à mettre des stroboscopes agressifs ou à tomber dans le « it’s trip, man ! » avec projections de vidéos casse-couilles et ambiance mystique à deux balles, ce qui est totalement rédhibitoire, à moins de s’appeler Tool parce qu’on pardonne tout à ceux là.

D’ailleurs ce concert illustre encore une fois combien Tool a été influencé par Kyuss. C’est particulièrement frappant sur le final d’Asteroid où le groupe déchiquette l’espace dans un crescendo sournois à la pesanteur décuplée par chaque incision de guitare. Un énorme coup de massue qui arrive après un Freedom Run dévastateur. Le sens du groove de Brant Bjork vient aérer le tout, ses coups de caisse claire font courber les genoux et bouger les corps. John Garcia a beau être bouffi comme un Russell Crowe sous perfusion de Taco Bell, l’homme est en grande forme, déchainé, sa voix saisit au col et apostrophe fermement. Aucun doute, l’envie d’en découdre est au rendez vous.

La grande surprise vient de Bruno Fevery, qui s’est totalement approprié les parties de guitare de Josh Homme. Tout est impeccable, les licks chantant et bluesy voltigent avec délice, les riffs ont cette patte ronde et puissante. Mieux encore, Fevery semble relié à l’esprit d’Homme de 1994. Le voilà qui se met à improviser à la manière de son prédécesseur, sans jamais le singer ni rechercher l’exactitude. Fevery a juste compris l’essence des parties de guitare de Kyuss, il peut les revisiter à sa guise. Ses solos sur Supa Scoopa & Mighty Scoop et Whitewater sont stupéfiants de subtilité.

L’un des aspects les plus intéressants de Kyuss est sa maitrise, le recul dont témoigne le groupe par rapport à ce qu’il joue. Il arrive à promener son auditeur par des tours de passe-passe en formes de breaks inattendus, de montées en puissance dont on devine jamais où elles s’achèveront, de descentes bluesy qui s’évanouissent alors qu’on imaginait le titre repartir de plus belle. Ce talent explose en live. Le break central de Supa Scoopa & Mighty Scoop ouvre une crevasse dans la terre (Homme s’en est probablement inspiré avec Them Crooked Vultures pour Nobody Loves Me & Neither Do I), son final d’accords plombés est étiré de manière jouissive. Le set s’achève sur l’explosion tuée dans l’œuf de 100°, ce qui laisse tout le monde sur le cul. Rappel sur le terrifiant Odyssey, vient finalement Green Machine (avec chœurs tonitruants d’Oliveri), « thanks, bye » de Garcia, rideau. On a désormais tout loisir de partir à la recherche de nos lombaires portées disparues.

L’avis de pisse-froid de Macfly : « Kyuss, c’est le groupe où quand ça commence à devenir bien, ils se mettent à faire du jazz. C’est chiant. »

 Bilan

Plus de 110 concerts sur trois jours, c’est énorme. Ajoutez à cela une incroyable diversité qui permet au festival de mériter largement son titre de « most eclectic and specialized extrem festival in the world ». Même si nous n’avons pas aimé tout ce que nous avons entendu, il faut saluer la qualité et l’audace de la programmation du Hellfest. Les organisateurs sont parvenus à représenter la multiplicité des styles metal en évitant autant l’écueil de l’affiche bordélique (comparez aux Vieilles Charrues... David Guetta, Supertramp, Pierre Perret, Snoop Dogg, Scorpions, WTF ?!) que celui de l’évidence des styles à la mode : rappelons d’ailleurs que les organisateurs avaient programmé les excellents Masters of Reality, mais face à la pusillanimité des organisateurs des autres festivals qui n’ont pas voulu booker ce groupe trop méconnu, le déplacement en Europe n’était plus rentable.

Aucun autre festival en France ne peut se targuer de présenter un style de ses origines (les vétérans Hawkwind, Ozzy Osbourne, Iggy & The Stooges) à ses développements les plus récents (Kylesa, Meshuggah) ou les plus inattendus (Orphaned Land, Korpiklaani, Maximum The Hormone), tout en gardant une certaine pertinence lorsqu’il s’agit d’évoquer des styles connexes (Clutch, Bad Brains ou Duff McKagan’s Loaded n’étant pas à proprement parler du metal).

En outre, nous nous devons de préciser que le son de chaque concert était incroyablement bon. On aurait pu craindre qu’un festival de musiques basées sur des saturations très lourdes vire à la bouillie sonore, d’autant plus que les groupes n’avaient qu’une grosse demie-heure pour faire leurs balances selon un planning qui sera méticuleusement respecté. Et pourtant, à l’exception de Kylesa qui ont eu quelques soucis avec leur propre matériel, le volume, puissant mais pas assourdissant, permettait d’apprécier un mixage sonore bien meilleur que dans n’importe quelle salle parisienne.

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Un mot sur le public, également. Quelle que soit la quantité d’alcool consommée durant le festival, nous n’avons pu constaté que deux interventions des pompiers et une demi-bagarre qui s’est vite arrêtée après un échange de baffe. On serait tenté de dire que les personnalités les plus agressives avaient largement de quoi assouvir leurs penchants dans les nombreux pogos que permettait la musique... mais il faudrait également noter le respect dont ont constamment fait preuve les spectateurs. Les volontaires pouvaient gaiement s’échanger coups d’épaule et bourre-pifs, ils avaient la bienséance de rester entre eux et de ne pas faire chier les gens autour d’eux. Et pas une seule fois, un petit con bourré n’est venu de se cogner contre nous en gueulant « allez, pogote, mec... c’est rock’n’roll !!! »

Ajoutez à cela des stands de bouffe très corrects (surtout comparé au Sonisphère), un choix de bière sympathique (Carlsberg, Grimbergen, 1664 blanche et Guiness, en plus de la rituelle Kro), un camping très agréable au milieu des vignes — note de NonooStar : et une accréditation qui m’a permis d’utiliser les chiottes propres du carré VIP — et vous obtenez un excellent festival dont les aspects les plus clichés cachent d’énormes qualités en terme de organisation, d’ambiance et de musique.

C’était notre première année au Hellfest, ça ne sera certainement pas la dernière.



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