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Interview Rien

Interview Rien

par Sylvain Golvet, Thibault le 20 juillet 2010

Un nom à la noix, des pseudos improbables, de la musique instrumentale qui pioche entre autres dans la série Z ou le rock indé de l’Oncle Sam. Ne fuyez pas, ce n’est pas ce que vous croyez.

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B.A.S.I.C. était très intéressante : vous aviez réussi à faire une chanson avec une vraie dynamique pop tout en gardant vos lignes de guitares touffues et entremêlées... Cela ne vous tente pas d’approfondir cette voie de pop tarabiscotée ?

YS : Avec Francis Fruit on a un autre projet qui s’appelle Câlin qui lorgne plus du côté format pop à l’américaine, si on devait creuser cet aspect ce serait plus entre nous deux, car avec Rien il faudrait que quelqu’un sache chanter... On peut faire des featurings mais ça perd de sa dimension sur scène, les instrumentaux sont moins catchy, du coup on joue par exemple très peu B.A.S.I.C sur scène... Mais je crois qu’on est capable de faire ce type de morceaux, le tout est de trouver des voix à poser pour que ça ait du sens.

Votre double guitare est très aboutie, très fin, très personnel, quelque soient les morceaux... Y’a-t-il des paires de guitaristes qui vous ont marqué en particulier ?

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© Duffman

YS : Judas Priest ! non… même si les solos à la tierce c’est cool. Disons qu’on essaie d’harmoniser les guitares autour d’un thème.. et comme dos.3 est prof de musique et est plutôt doué pour harmoniser et proposer une mélodie en contre point de la mélodie principale, j’arrive souvent avec un thème et puis il écrit le contre champs. De mon côté j’ai aussi eu une formation assez classique, j’ai fait du violon pendant sept ans... ça nous permet d’avoir une approche instrumentale orienté mélodie et pas arrangement… c’est pour cela qu’on ne se retrouve pas vraiment dans des groupes comme Mogwaï ou même Godspeed You ! Black Emperor… Il n’y a pas assez d’idées.. de thèmes, seulement des montées et des nappes de guitares... on fait ça parfois, mais ce n’est pas ce qui nous intéresse vraiment, loin de là.

FF : Oui, cette approche doit venir des bandes son de film… on réfléchit plus thèmes.. on joue des petits thèmes imaginaires de films, des mélodies...

Tous vos disques sont incroyablement bien produits, c’est formidable de trouver un tel savoir faire dans le milieu underground français. Vous semblez un peu jaillir d’une faille spatio temporelle... Pouvez vous en dire plus, comment se sont passés les enregistrements, où et avec qui avez vous appris tout cela ? Avez vous une formation musicale ou technique particulière ?

YS : On a tous plus ou moins bidouillé à un moment donné sur nos ordinateurs, avec un logiciel multipistes, ProTools ou autre, pour comprendre certains trucs. On travaille depuis le début avec Fred ‘BRAIN’ Monestier, qui étrangement vient plus de la musique black, du funk, du hip hop, du reggae, mais à son contact on a pas mal appris et compris des trucs. Au début on partait vraiment de zéro mais on a progressé ensemble, on sait ce qui marche, ce qui marche moins... C’est important qu’un groupe maîtrise les aspects techniques de l’enregistrement, pour maîtriser totalement sa création. C’est mieux que de confier entièrement cela à quelqu’un... Tu tombes sur un bon producteur, parfait, mais c’est à mon avis pas évident en France de tomber sur la bonne personne avec qui le courant va passer, qui va t’écouter, te mettre en confiance, qui va comprendre ce que tu racontes, qui va te poser les bonnes questions, et va être en mesure de traduire tout cela rapidement en son… du coup, le fait de travailler avec la même personne depuis 7 ans, cela te fait au final gagner pas mal de temps… Et le temps c’est de l’argent surtout en studio.

FF : Tu dois aussi faire attention à sonner en toute circonstances... On a déjà une certaine idée de ce qu’on veut, un équilibre, quelque chose de plein... Cette attention là est dès le départ dans la composition...

YS : Tu peux améliorer les déficiences des compositions lors de la production. Ta guitare est pas assez pleine, donc tu la contrebalances avec des claviers... Mais normalement un bon groupe, tout bon groupe si j’ose dire, qui sonne en local de répet sonnera sur disque, il n’y a pas de secret. Et un bon groupe qui sonne en studio sonnera sur scène. Et inversement.

FF : Il n’y a pas de mystère, oui.

Quelques artistes actuels retiennent votre attention, en bien ou en mal ? Aimeriez vous jouer sur scène ou en studio avec certains d’entre eux ?

YS : En mal, ouh la, on sort des Eurockéennes, là ! (rires)

FF : Aaah, Mika, Massive Attack, LCD Soundsystem...

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YS : Dernièrement ce qui m’a beaucoup plu, c’est Extra Life. Des New Yorkais, de Brooklyn, pour changer... Le chanteur s’appelle Looker, ça gravite autour des Dirty Projectors, c’est très bien je trouve. Beaucoup d’idées, une sorte de musique médiévale contemporaine, très bien faite. Un groupe hétéroclite sur scène, assez étonnant. Un bassiste qui sort du néo metal, un batteur très bûcheron, le chanteur qui joue avec une guitare baryton et qui fait des sons aux claviers avec un pauvre Casio, et un violoniste. Ils ont tous une approche de la musique assez différente, mais ils se retrouvent dans un projet, vraiment bien.

FF : On reste très fans des Dirty Projectors, c’est très bien.

YS : Après il y a énormément de merdes, mais ça tout le monde le sait... Y compris dans la scène indie, comme 65daysofstatic, on a joué avec eux, finalement des types sympathiques, je ne juge pas les personnes, mais j’ai toujours pas compris ce que c’est que ce groupe, musicalement parlant.

FF : Mais Mika aux Eurocks, on ne s’est pas trop approché, même de loin ça faisait flipper.

Pourtant ça vous irait bien les tenues fluos rétro futuristes série Z, non ?

YS : Ah, mais on l’a déjà fait, on a déjà eu une période fluo kids... On aime bien en fait les productions années 80, avec un son assez rond, bien foutu en fait...

FF : Oui dans ce genre on avait bien aimé le premier MGMT, c’était bien produit, pas mal. J’aimerai bien écouter le second.

YS : Centenaire qui joue avec nous ce soir, on aime vraiment bien aussi, c’est un groupe assez pop qui fait attention à la production, c’est bien.

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FF : Guimo aussi, des bordelais, qui font plus dans le parler/chanter, un peu comme Jull, qui fait du spoken words et qui est sur notre association l’Amicale Underground.

Allez, soyons fous, imaginons qu’un millionnaire se prenne de passion pour votre musique et vous fasse don de la moitié de sa fortune pour vous aider à enregistrer, que faites vous ? Avec qui travaillez vous, est-ce que vous engagez l’orchestre philharmonique de Berlin ?

FF : Déjà on arrête de jouer, on embauche des mecs meilleurs qui nous remplacent ! (rires)

YS : Dans l’idéal j’aimerai pouvoir investir dans du matériel, dans des instruments... un peu comme fait Radiohead depuis Kid A... Après garder l’équipe actuelle me va, même si ce serait intéressant de bosser avec Godrich, Albini, tous ces noms là...

FF : L’avantage serait surtout de gagner en liberté.

YS : Peut être un quatuor de cordes, et des cors.

FF : Oui, des cors de chasse, des cornemuses, on en rêve depuis si longtemps ! (rires)

Ce n’est que votre troisième disque en 11 ans... pas de reconnaissance publique ni de grandes acclamations critiques, une petite association à Grenoble comme seul support... Je ne pense pas me trompez si je dis que vous ne vivez pas de votre musique, non ?

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© Duffman

YS : Je pense que vu le groupe constitué aujourd’hui, il n’y a jamais eu la volonté d’en vivre... Raisonnablement, vu la musique qu’on fait et l’environnement dans lequel on vit, on ne pourra jamais en vivre comme le faisait Pink Floyd à son époque, qui était numéro 1 en Angleterre avec un disque comme Atom Heart Mother. Un disque comme ça aujourd’hui ne pourrait jamais être numéro 1 nulle part ! La musique reste une passion, le groupe Rien ne peut vivre de ça, et ne vivra jamais de ça, parce qu’on ne peut pas tourner plus de deux semaines par an, à cause des obligations professionnelles de chacun... On pourrait se dire qu’on fait que de la musique pendant 1 an ou 2, qu’on tourne avec des meilleurs cachets, qu’on s’investit là dedans, pour gagner en reconnaissance et en public, mais au final on fait plutôt ça pour enregistrer des disques, faire quelques dates... En plus après tu vieillis, tu peux en avoir marre de tout ça...

FF : Tous les groupes américains qui tournent, ils vivent de mojito et de gin tonic.

La mort du groupe est toujours programmée à 2014 ? Vous n’avez pas repoussé à 2012 à cause de la fin du monde qui va tous nous anéantir ?

YS : Ah tu es mal informé... En fait Jésus Christ est né en l’an 2, et non pas en 0. Hé oui. Du coup tout le monde est dans l’erreur, il n’y a que le calendrier de Rien qui est à jour. Et 2014 est 2012, en fait. 15 ans d’existence, ça nous semble bien... L’idée avec ces sorties d’EP en forme de compte à rebours (3 puis, 2 puis 1, puis probablement Ignition…) c’est de programmer la fin du groupe, mais peut être aussi un nouveau départ vers une autre galaxie…

Merci à Yugo Solo et Francis Fruit pour leur amabilité et pour leur disponibilité. Merci à Virginie qui a facilité ce long entretien. Chronique du concert page suivante.



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