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Interview Rien

Interview Rien

par Sylvain Golvet, Thibault le 20 juillet 2010

Un nom à la noix, des pseudos improbables, de la musique instrumentale qui pioche entre autres dans la série Z ou le rock indé de l’Oncle Sam. Ne fuyez pas, ce n’est pas ce que vous croyez.

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Le temps de boire une bière, de retrouver quelques membres de la rédac’ arrivés plus tard et le concert dans l’arrière salle surchauffée de l’Espace B (on a bien dû atteindre les 50°C et 300% d’humidité) commence avec Centenaire... Je sais, je sais, je sais... Ça ne sert à rien de faire passer des anonymes au peloton d’exécution. Tout le monde s’en moque de Centenaire, personne ne connait. Déjà que presque personne ne connait Rien, alors la première partie de Rien, sans blagues... Mais parfois il faut que ça sorte, être honnête, dire ce que l’on pense vraiment, assumer son ressenti et exprimer sa stupéfaction face à non pas la médiocrité ou le mauvais mais bel et bien devant la merde pure.

On passe pour un méchant, un frustré, un aigri, un réac’, un animal préhistorique partouzeur de droite même, mais voilà, quand c’est excellent ou bon, il faut le dire, et quand c’est mauvais ou immonde, il faut le dire aussi. La mauvaise qualité n’est pas un passe droit, faire n’importe quoi n’est pas une excuse (pour toute réclamation, je vous renvoie à ce très bon article). De fait, Centenaire figure parmi les groupes de rock les plus merdiques que la petite troupe d’Inside présente ce soir là a eu le loisir d’écouter. Pardon famille tout ça, on n’attaque pas directement les personnes, même si les mots sont durs. Les types de Centenaire sont sûrement très gentils, très sympas, mais la musique qu’ils font est une daube infecte.

Mince, comment ces gens, qui sont vraisemblablement très agréables quand ils n’ont pas d’instruments entre les mains, répétons le, peuvent monter sur une scène ? Est-ce qu’ils ont conscience de ce qu’ils font ? A priori, non. Il est clair que ce groupe ne sait pas ce qu’il fait, qu’il n’a pas de notions d’harmonie, de mélodie, de musique... Il n’ arrive même pas à enchaîner quatre accords convenus et barbants, au bout de deux c’est laid et moche. Les trois membres échangent leurs instruments, ils le peuvent, ils jouent tous le même crincrin de manière autistique, sans se soucier d’autre chose que de mâchonner leurs « parties respectives ». On ne distingue pas un morceau d’un autre, ce n’est qu’une longue bouillie cacophonique. Le seul instant rigolo fut de voir un des membres serrer le plus fort possible son synthé, puis le secouer d’avant en arrière (ça doit faire un meilleur son), jusqu’à la chute d’une pauvre maraca (mais que faisait elle ici ?) qui n’avait rien demandé à personne et se retrouva qu’un coup perdue dans les câbles du devant de la scène. Incroyable...

Certes, Centenaire paie pour les autres, pour l’exemple, mais bon, quand vous en arrivez à vous poser la question « est-ce que c’est pire que du reggae ? », il n’y a plus de doutes : vous êtes face à quelque chose de réellement nul. Mais il y a plus troublant, c’est lorsque la réponse est : « oui, c’est pire. Le reggae c’est quand même UN PEU de la musique, il y a au moins quelques principes et arrangements, quelques uns... »

Sur ces considérations peu flatteuses, venons en au consistant, Rien. Malgré des conditions très moyennes (chaleur insoutenable, matériel limité qui saturait trop vite, son un peu trop fort et trop agressif), la performance fut de très bonne qualité. En vrac et en pagaille, on a apprécié l’impeccable maîtrise du groupe, la bonne orchestration des instruments dans l’espace, et pourtant Dieu sait si c’est délicat de faire sonner correctement deux guitares plus un batteur et des percussions dans un bar, l’introduction hilarante, où une voix off raconte tout ce qui est nécessaire dans un concert pour attirer l’attention du public. Entre autres de l’engagement politique, de la subversion et du sexe, d’où cette sentence magnifique : « Valéry Giscard d’Estaing est une salope ».

Tout cela était très bien, mais assez frustrant au bout du compte. On rêve de voir Rien dans des conditions royales, où le talent du groupe pourrait s’exprimer dans toute sa teneur, à la Salle Pleyel tiens ! C’est un plaisir d’assister à ces interprétations plus tranchantes, très physiques, mais ce serait encore mieux de pouvoir marquer des pauses, de jouer avec le calme, de reprendre son souffle avant de repartir de plus belle dans des crescendos vigoureux, d’avoir un son qui permet de goûter à chaque note, à chaque nuance... Ce qui, à moins d’un miracle, n’arrivera pas. Leur deuxième album est épuisé, introuvable, le quart d’heure de gloire des grenoblois se résume à une petite tournée tous les trois ans qui culmine avec un passage aux Eurockéennes, perdu dans le bas de l’affiche. Dommage, Rien mérite tellement mieux.



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