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Is This It

Is This It

The Strokes

par Thibault le 20 septembre 2010

2,5

paru le 30 juin 2001 (RCA)

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La discographie de The Strokes en moins de 140 signes : 1 « OMG ! The greatest band of all time !!! » ; 2 « It’s not as good as the first... » ; 3 « Hey, can we listen to the Arctic Monkeys ? »

Aujourd’hui, pas de grande démonstration tordue appuyée avec des schémas, équations ou théories farfelues. On laisse les scalpels, les bistouris et les blouses blanches pour cette fois, let’s talk about pure feelings. C’est pour ça qu’on écoute de la musique, non ? Grâce à notre subjectivité celle ci est un inépuisable réservoir à émotions, les sons étant beaucoup plus abstraits que les mots, couleurs ou images, ils sont idéaux pour l’appropriation la plus personnelle. C’est de cette manière que je peux voir un opéra loufoque dans certains morceaux de The Mars Volta (alors qu’au fond il s’agit juste d’un gros jam de muchachos hyperactifs), et que je m’amuse à retrouver des ambiances similaires entre le One More Red Nightmare de King Crimson et Peeping Tom (ne me demandez pas d’expliquer, ça prendrait des heures)... Bref, l’imagination c’est cool.

En somme je suis un peu Bob l’Éponge à mes heures, et aussi le Bricoleur tant je trifouille des analogies et pensées qui n’intéressent que moi (j’avoue que King Crimson et Peeping Tom, gros gros WTF au premier abord). Bref, j’exploite presque tout ce qui présente, fais feu de tout bois... Il suffit d’un peu de matière, quelques affinités et hop, le grand voyage ! Mais il y a aussi des œuvres qui me laissent avec les synapses toutes molles, tant je n’y trouve absolument rien à me mettre sous la dent. Par exemple, celle des Strokes, parmi tant d’autres, évidemment...

NYC, Converses, garage, coolitude... Il est ici question de fraîcheur, de spontanéité, de ces chansons simples qui captent l’instant et le retracent en deux coups de crayon, petites vignettes ciselées, ultra denses et cohérentes qui racontent une sensation, une saynète, jouées le petit doigt sur la couture... Un de ces petits bonheur-minute qui ravigote (NB : penser à réécouter ce gros branleur d’Adam Green). Sauf que quand j’écoute les Strokes, j’entends un fil d’accords malingres qui font « couic couic couic », une batterie chouravée chez Toys « R » Us, une basse au non groove absolu (« boudoum, boudoum », il parait que c’est « sautillant »)... et les chansons s’enchaînent comme les tristes tickets de métro d’un carnet de dix.

Sans compter des incongruités sans nom, comme ces « solos » de gamme blues glaviotés avec peine ici et là, comme sur The Modern Age où il jure totalement avec le reste de la chanson. Sacrebleu, il faut vraiment être un peigne-cul sans nom pour rater un solo de rock basique ! Aux dernières nouvelles il existe des centaines de plans tout prêts pour éviter des erreurs de composition aussi grossières. Au final, il semble bien qu’en 1965 déjà, Paperback Writer avait presque tout dit en terme de simplicité mélodique, d’écriture éclair, de dynamique et reste le mètre étalon du genre. Certes, sortir les Beatles comme argument, c’est un peu le point Godwin musical qui coupe court au débat, à la différence que le premier qui les cite a raison. Et puis, sabre de bois, je reste intimement convaincu que la meilleure performance vestimentaire, chorégraphique et vocale du Julian demeure son extraordinaire envolée « A BOOOOMBOOOOX IS NOOT A TOOOOOOOOOOY » en compagnie du méta-nouillorkais Andy Samberg.

Alors ok la prod’ assez neuve, ultra posée et compacte sur laquelle vont s’aligner tous les tire-au-flanc de la planète pendant dix ans, ok les chansonnettes ne sont pas trop mal agencées (hormis toutes les fins expédiées n’importe comment) et les relances somme toute bien placées (à défaut d’être excitantes)... OK l’homogénéité du tout, ok le son est plutôt personnel et original... Un certain sens de l’artisanat pop est perceptible, ce qui est enthousiasmant pour un premier jet. Effectivement, c’est tout à fait audible en fond lorsque l’on s’adonne à une quelconque tache ménagère. Mais bon, tout cela ne va pas très loin, et si c’est pour ne strictement rien branler par la suite et se crêper le chignon comme des gamines qui se disputent la dernière promo. Ceci dit, toujours est-il que cette esthétique douce amère gentiment mélancolique renvoie immanquablement à la tronche de cocker neurasthénique de Casablancas, dont la demie molle moue informe semble résumer le propos : « qu’est-ce que je me fais chier, même si je ne saurais trop dire pourquoi ».

« Je ferai bien repasser un coup de fil aux copains de The Lonely Island moi, car je me fais vraiment trop chier. »

L’apathie et la linéarité du songwriting, le répétition ad nauseam du bousin s’essoufflant piste après piste, la monotonie du chant geignard filtré (ouais c’est tellement urbain le grain sur la voix) et des guitares gris-blanches qui restent toujours sur « couic couic couic » me font systématiquement penser à ce que pourrait jouer, s’il avait un dreadlock moins long dans la mimine, le type au regard morne assis en cours à côté de sa seule pote ; le type qui, quand on lui demande si « ça va ? », répond « bof », et qui, quand on lui demande s’il y a « quelque chose en particulier qui te tracasse ? », soupire en lâchant « hmm, non rien... » Un coupe fantasme radical, surtout pour une personne totalement allergique aux minets vaguement boudeurs qui prennent des photos en B&W et en macro des converses de leur copine. Parfois, quand je fais un effort d’abstraction très poussé, une autre image me vient en tête, celle du défilement au ralenti des automobiles à touche touche sur le périphérique un jour de pluie, ce qui n’est pas le plus chouette des échappatoires.



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Tracklisting :
 
1. Is This It (2’35")
2. The Modern Age (3’32")
3. Soma (2’38")
4. Barely Legal (3’58")
5. Someday (3’07")
6. Alone, Together (3’12")
7. Last Nite (3’18")
8. Hard to Explain (3’48")
9. New York City Cops (3’36")
10. Trying Your Luck (3’28")
11. Take It or Leave It (3’10")
 
Durée totale : 36’28"

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