Portraits
Jack White : chemins de traverses

Jack White : chemins de traverses

par Thibault le 9 novembre 2010

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Mais tout ceci reste presque ordonné en comparaison avec le supra bordélique Icky Thump (2007). La quête du Led Zep de Dazed and Confused et des monolithiques enchainés coup sur coup obsède Jacky, qui tente ici une espèce de synthèse des Stripes. On trouve à boire et à manger, sans trop comprendre où ça veut en venir. Les scies anté Mathusalem cheminent près de morceaux qui aspirent à la férocité de l’éponyme de 1999, certains élans amoureux excentriques côtoient une niaiserie complètement youkaidi youkaida, l’arrivée d’autres instruments est parfois brillante, parfois complètement WTF (ah, ces fameuses cornemuses...), tout cela se suit dans l’éparpillement, sans transitions, dans le collage souvent impromptu. Les exceptions I’m Slowly Turning Into You, Little Cream Soda, Icky Thump et Conquest sont d’excellentes chansons d’autant plus frustrantes qu’elles montrent que White ne voit même plus qu’il tient là un fantastique filon inexploité. Doucement mais surement, notre lascar fait un amalgame entre la coquetterie et la classe, la confiance en soi et l’excès d’assurance.

Bref, Icky Thump n’est pas là pour rassurer, mais ce n’est rien par rapport au second album des Raconteurs. Consolers of the Lonely (2008) touche le fond, et y barbote avec plaisir. Il y a quelques progrès dans l’orchestration, mais les quelques bonnes idées de ci de là sont gâchés par cette ambiance de square dance ultra ringarde. Si toi aussi, ami lecteur, tu aimais Jacques pour sa sensibilité, son extravagance soigneusement étudiée et son parti pris « minimalisme flamboyant » (sécheresse du jeu, épure), n’espères pas retrouver une once de cette esthétique dans cet album. Tu ne trouveras ici qu’un interminable jam roots dégoulinant de lyrisme cul bénit, où sévissent d’affreux refrains de boy scout, bref du classic rock chantilly-porcelaine excitant comme une soirée bridge dans un cottage british, mais sans Simon Pegg et Nick Frost pour pimenter les débats. Le négatif entropique et boursouflé de White Blood Cells, en somme. You Don’t Understand Me, you said it, dude ! Pourquoi ces trompettes sur The Switch and The Spur  ? Pourquoi ? Sans rires, c’est quoi ce mash up entre Queen et Led Zep ? C’est juste laid, sincèrement.

Un an après cette cagade, le premier opus du Dead Weather se pose comme un retour aux premiers amours des Stripes et une orientation vers une mythologie pas plus inventive mais un peu plus réjouissante. C’est très poseur et ça racole sévère avec une VV qui, depuis déjà sept ans, fait des pieds et des mains pour devenir l’ultime fantasme sexuel avec plus ou moins de réussite (Midnight Boom, ahah). Ce n’est pas un hasard si le clip de Hang You From The Heavens est un vain shooting en noir et blanc de sessions photomatons (déjà avec les Kills ça sentait le renfermé, alors maintenant...), avec des vestes de cuir et un grain ultra cheap et bien crado, c’est plus rock’n’roll tu vois. Bref, ça marche complètement sur les plates bandes du BRMC.

Néanmoins, c’est plaisant d’assister à une virée un rien poussive (So Far From Your Weapon et Will There Be Enough Water ? chiants comme du mauvais Nick Cave, New Pony, reprise de Dylan qui sent la peine d’inspiration sur le coup de 5h du matin) mais un peu plus badass et plus sinueuse, même si c’est tout de même c’est la foire aux effets. Les pédales fuzz embaument et badigeonnent dans tous les sens, la basse est tellement saturée qu’elle sonne comme une guitare avec un octaver, même les voix sont overfiltrées pour que ça fasse bien lascif, dark et suggestif. Un enregistrement dont la durée de vie ne dépasse guère les cinq écoutes, dix en faisant autre chose, mais qui augure de lendemains plus intéressants pour Jackie et ses sbires.

Hélas, le petit dernier, Sea of Cowards (2010), exacerbe les défauts d’Horehound (2009). Il n’y a absolument aucune écriture, on est face à une espèce de cadavre exquis réalisé dans la précipitation. Une deuxième tentative qui s’inscrit elle aussi dans le sillage d’Era Vulgaris (2007) des Queens of the Stone Age et de son blues lourd et beefheartien (mais mélodieux et écrit, lui) qui, comme toujours, s’écoute sans peine mais ne décolle jamais. De fait, dans le Rock & Folk de juillet 2010, White déclare : « nous composons tous les quatre, c’est le premier groupe dans lequel je joue où les choses se passent ainsi ». Ainsi il doit rompre avec plus de dix ans de pratique musicale quasi exclusivement personnelle, DIX ANS ! Ça ne se fait pas en cinq minutes, surtout avec son ego et ses habitudes bien ancrées... pour donner corps à des jams nés sur la route, il faut apprendre à jouer ensemble, ce qui nécessite des notions d’harmonie, un domaine dans lequel il a des carences énormes vu que la musique qu’il jouait auparavant ne demandait pas de telles capacités. Sans compter que Môssieur a délaissé sa guitare et s’est mis à la batterie, sans raison aucune si ce n’est pour le fun. Du grand n’importe quoi, donc.

L’échec est donc prévisible, d’autant plus qu’il y a confusion entre vitesse et précipitation : « c’est un processus rapide, on essaie de mettre le moins de temps possible pour achever les choses. J’ai toujours été partisan de la vitesse plutôt que de la possibilité d’autres productions, de plus de réflexion. Même si ça ne devient pas aussi bon que ça aurait pu être, au moins j’aurai essayé d’obtenir quelque chose d’énergique, à défaut d’avoir tenté d’atteindre la perfection ». D’où ces compositions très GarageBand : des collage plus ou moins heureux de parties individuelles nées de jams, sans réelle osmose. C’est une bonne chose que Jackot apprenne ces choses là, mieux vaut tard que jamais, mais il n’est pas dans un milieu de véritable émulation. Jack Lawrence et Dean Fertita ? Who fuckin’ cares ? Deux anonymes chanceux d’être là qui s’éclatent et ont bien raison de le faire. VV ? Vous voulez vraiment qu’on parle de sa Karen Oïsation depuis Midnight Boom ?

Voici le plus ennuyeux, un musicien qui séduisait par son propos, qui proposait des disques incomplets mais lesquels construisaient quelque chose de pièce en pièce, se plait désormais dans le flou et dans l’indécision, semble ne plus savoir ce qu’il raconte (ce qui rend bien ironique le blase de son projet avec Brendan Benson), multiplie les collaborations bancales alors que les têtes d’affiches des années 2000, de Josh Homme à Jim James en passant par Damon Albarn, se distinguent par leurs capacités à s’entourer des bonnes personnes. Jack White passe du coq à l’âne et publie des albums qui ont l’air d’être le fruit du hasard. Cinq ans que ça dure. De déception en déception, la lassitude commence drôlement à se faire sentir...

Mais qu’importe, la postérité de Jackie est assurée par sa prestation cultissime en Elvis « LOOK OUT MAN ! » Presley dans le meilleur flim rock jamais réalisé, Walk Hard, tout simplement. « There’s two things you need to know... One i’m the King, and two... »



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