Nouveautés
Korn III : Remember Who You Are

Korn III : Remember Who You Are

Korn

par Thibault le 4 janvier 2011

1

paru le 13 juillet 2010 (Roadrunner)

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Six mois. C’est le temps qu’il a fallu avant que je me décide à enfin écouter le dernier Korn. Je craignais la désillusion, elle n’a pas manqué. En effet, Korn restait sur rien de moins que son meilleur album, Untitled (2007), un disque inespéré dans le metal mainstream des années 2000 pondu par une formation méconnaissable.

Rapide mémo pour mieux saisir les enjeux de Korn III : Remember Who You Are. Fin 2006 les musiciens se heurtent à la midlife crisis qui guette le pré-quarantenaire peu vigilant. Davis, Head, Munky, Fieldy et Silveria sont face à une cruelle réalité : depuis le très réussi Issues (1999), leur musique ne rime à rien. Ils sont devenus des caricatures ambulantes, les étendards d’une décennie passée, figée, une triste machine dont l’éventuelle reformation en 2030 sera attendue par des fans nés au début des années 1980. Ils ont même commis un Unplugged avec la chanteuse d’Evanescence, sans déconner !!! Leur patte est une marque qu’on refourgue à toutes les sauces sur MTV Pulse, leur seul moteur, cette teenage angst qui n’était déjà pas la raison pour laquelle on les écoutait auparavant, devient vraiment ridicule.

Les faits sont là, ils sont devenus d’affreux dinosaures. Cette lucidité soudaine fait des dégâts : le guitariste Head nous fait une christian rebirth dans les règles de l’art et le batteur Silveria préfère désormais consacrer son temps à préparer des sushis entre deux parties de baseball avec ses enfants. Bref, sont pas très jouasses les gus.

Fat Jonathan, Fieldy et Munky sont pris dans une tempête de tourments qui peut se résumer en une question : « comment exister lorsque ce que l’on fait n’a plus de sens depuis bien trop longtemps ? » Tout le monde n’a pas le goût des sushis, les trois compères ne savent faire que de la musique, une situation amère puisque le vide de leurs morceaux leur revient toujours en pleine poire. Se sentir dépassé dans son travail n’est jamais facile à avaler. Mais se rendre compte que sa propre musique a sombré dans la vacuité, c’est encore plus dur à digérer.

JPEG - 8.8 ko
Atticus Ross.

N’ayant plus rien à perdre, le trio tente le tout pour le tout en s’appuyant sur leur nouveau producteur, Atticus Ross, as de la texture brumeuse qui finira aux côtés de Trent Reznor pour composer la BO du chef d’œuvre The Social Network et débauche même sa majesté Terry Bozzio, attiré par l’idée de ramasser un joli paquet de pognon (n’importe quel album de Korn rapporte de quoi renflouer la dette africaine) tout en tentant quelque chose de nouveau.

Face à lui même, le trio part dans l’exploration de ses angoisses et doutes. Conscients de l’importance (enfin !) du projet, Ross et Bozzio aiguillent les compositions, les malaxent, s’investissent à fond dans une opération de sauvetage existentielle. Le résultat est colossal. Largement encensé en ces lieux lors de sa sortie, Untitled montre des musiciens prendre de véritables initiatives et tient la comparaison avec la doublette Mezmerize/Hypnotize de SOAD qui tranchait net au milieu du ventre mou mainstream deux ans plus tôt. Korn ressemble de nouveau à quelque chose.

On pense le groupe relancé, confiant et désinhibé, parti pour de nouvelles aventures. Hélas, l’album fait un gros four. Le label Virgin avait convenu en 2005 un contrat de deux albums, comptant sur la renommée du groupe pour engranger un peu d’argent facile, la promotion est bâclée en dépit du bon sens. Si Korn s’est réellement épanoui dans l’intimité du studio, le groupe ne sait pas comment vendre un album aussi inattendu et aussi introspectif (pour du Korn, s’entend) à ses fans, lesquels attendent une grosse rasade de grosses grattes qui tâchent. L’attente autour du disque lui assure une luxueuse seconde place au Billboard mais aussitôt arrivé aussitôt disparu, Untitled ne s’inscrit dans les mémoires que de quelques aficionados esseulés.

Korn peine à assumer le fait d’avoir réalisé un putain d’album et n’arrive pas à envoyer se faire foutre tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Ils viennent d’accoucher d’eux mêmes et tout le monde tire la tronche. « Pffff, c’est de l’électro » peut-on lire dans des forums de discussions. De l’électro ? Et puis quoi encore ? C’est là qu’apparait le problème : les musiciens de Korn ont tiré un excellent disque de leur remise en question mais ils s’en excuseraient presque. La tournée qui suit est ridicule, le groupe n’a pas le cran de dire « on arrête de faire des concerts, de toute façon nous sommes mauvais sur scène depuis trop longtemps, désormais nous faisons des albums dans notre coin avec l’argent que nous avons, tant mieux s’ils vous plaisent. » Entre temps, Virgin lâche le groupe, parce qu’ouh la, un challenge à relever, on avait pas signé pour ça.

Deux ans et demi plus tard arrive le successeur d’Untitled. L’instant de vérité en quelque sorte, est-ce que le groupe va enfin tirer des enseignements de toute cette histoire et mettre fin à dix années d’errance ? L’artwork déboule un peu avant l’été accompagné d’un single, Oildale. PUTAIN, QUELLE HORREUR !!!

Sans déconner, c’est quoi cette photo digne d’une enquête du Droit de Savoir sur la pédophilie ? Et ce titre... Remember Who You Are. Et pourquoi pas Forever Young ou Still The Same pendant qu’on y est ?!??! Le genre de titre qui brille telle une précieuse lueur au milieu de l’obscurité dans le crâne de Nagui « hé, si ça se trouve, c’est l’album-du-retour-aux-sources. Ah, ça me fera une bonne question pour Taratata, faut que je pense à la noter. »

Si ce n’était que ça. Après tout, l’éventualité comme quoi Untitled n’était qu’une superbe parenthèse à chérir avant un retour à la normale symbolisée par un disque de fan-service scolaire et besogneux était plus que probable. On s’y attendait d’une certaine manière (retour du producteur historique Ross Robinson, etc), d’où mon décalage perpétuel de l’écoute fatidique. Mais je n’imaginais pas ça, bon sang, ça ! Remember Who You Are est torché n’importe comment, interminable, cacophonique. C’est un bordel sans queue ni tête, une bouillie informe barbouillée de titres en titres.

Aucun groove, aucune tenue, aucun enchainement qui imprime la mémoire et Fat Jonathan qui braaaaaaaaaaaillleeeeeeeuh. Kiiiiiiiiiilllllllll, le monde est pas cooooooool. C’est assez invraisemblable de voir comment un groupe récemment confronté à des doutes personnels réussit à diluer son propos dans des poses ados qui ne conviennent plus du tout à des personnes de cet âge. Point d’écœurement complet : Are You Ready To Live ? et son putain de pont qui ferait tiquer même Roland Emmerich. Une chanson très représentative de l’album puisque l’introduction entretient un semblant d’espoir rapidement noyé dans le n’importe quoi.

Ainsi en est-il tout au long de l’album : les quelques idées exploitables qu’on perçoit ici et là sont éparpillées dans un brouhaha à vous coller un mal de crâne carabiné, ambiance fête de la choucroute en Haute-Bavière, et vas-y que je te trimballe des saucisses, et vas-y que je te vomis ma bière sur le visage. S’agirait de grandir, les gars.

Mais le pire est que Remember Who You Are est un cafardeux aveu d’impuissance qui tend au je m’en foutisme achevé, voir au cynisme. Il faut trancher : si le groupe désire s’en tenir à un (beaucoup trop) prudent fan-service, qu’il le fasse avec application, sans se moquer de son public de cette manière. S’il désire expérimenter dans son coin, qu’il le fasse avec autant de sérieux et d’implication, si ce n’est davantage. Mais se pointer avec un album en forme de rachat de bonne conscience pour balancer un truc aussi nul et désinvolte, c’est presque pathétique.

Remember Who You Are prétend être un album honnête, à défaut d’être fort, digne incarnation d’une identité solide. Il ne propose qu’une pâtée de riffs communs avec une absence d’implication qui fait penser qu’il faudra vraiment un miracle pour que Korn regagne le moindre intérêt à l’avenir. Quoiqu’il en soit, le désormais quatuor doit avoir bien peu d’estime pour lui même pour publier une merde pareille sans sourciller.



Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom



Tracklisting :
 
1. Uber-Time (1’29")
2. Oildale (Leave Me Alone) (4’43")
3. Pop a Pill (4’00")
4. Fear Is a Place to Live (3’09")
5. Move On (3’48")
6. Lead the Parade (4’24")
7. Let the Guilt Go (3’56")
8. The Past (5’06")
9. Never Around (5’29")
10. Are You Ready to Live ? (3’59")
11. Holding All These Lies (4’37")
 
Durée totale : 44’40"

Korn

Portrait
Playlist Metal Playlist Metal

par Emmanuel Chirache, Thibault, Antoine Verley

Disques Chroniqués
Untitled Untitled

par Lazley


4

Korn Korn

par Brice Tollemer


5

Follow The Leader Follow The Leader

par Emmanuel Chirache


3,5

Untouchables Untouchables

par Emmanuel Chirache


2

Issues Issues

par Emmanuel Chirache


4,5

Life Is Peachy Life Is Peachy

par Emmanuel Chirache


4

Voir la fiche de Korn