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L.A.M.F.

L.A.M.F.

The Heartbreakers

par Thibault le 22 juillet 2008

4

Paru en 1977 sur Track Records, réédité sur CD en 1994 sur Jungle Records.

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L’époque est triste parfois. Entre l’apparition chaque semaine d’un nouveau groupe garage revival machin en Angleterre, les trente ans du punk il y a deux ans et les « bébés rockeurs » francaouis, on a jamais autant parlé de « punk » depuis un certain temps. Au point qu’il suffit de shooter dans une poubelle pour en voir surgir soit une gravure de mode qui arbore fièrement un tee shirt Sid Vicious soit une donzelle à l’air ahurie qui au mot rock répond « ah ouais j’ai écouté les BB Brunes sur NRJ ». Mouais. Tout ce foin servirait à quelque chose s’il permettait au moins la redécouverte de quelques groupes autrement plus importants que les Hives. Mais force est de constater qu’on est loin de cette situation, le battage médiatique ne fait pas plus de lumière sur les grands disques de punk. Alors pour tous ceux qui veulent davantage que du réchauffé (parfois plaisant, ne crachons pas totalement dans la soupe) il faut tracer seul son chemin, et se donner la peine de dénicher les pépites. Mais au bout de la quête, des albums salutaires, de véritables bouffées d’oxygène, signées par des groupes répondant au nom de MC5, Radio Birdman, The Damned ou The Dictators. Parmi toutes ces formations des 70’s il ne faut pas oublier les Heartbreakers, groupe éphémère qui a laissé un seul véritable album, le plutôt confidentiel mais excellent L.A.M.F.

L’histoire des Heartbreakers commence en 1975, lorsque l’une des formations phares de New York, les bien nommés New York Dolls (auteurs d’un premier album éponyme sensationnel), se dissout. Une gestion calamiteuse de leur carrière liée à une… hmm disons une faiblesse neurologique, pour rester poli, a raison d’eux et laisse sur le carreau le guitariste Johnny Thunders et le batteur Jerry Nolan. Ceux-ci rebondissent toutefois assez vite puisqu’ils forment dans la même année leur nouveau groupe, vite rejoints par Richard Hell, bassiste qui a fait un passage éclair chez Television. Le trio ainsi formé commence à jouer au CBGB de New York, LE club punk de l’époque, où tous les groupes de la ville se font les dents. Mais Hell leur fait faux bond et part tout seul dans son coin pour former ses Voidoids. Thunders et Nolan finissent par trouver un nouveau bassiste, Billy Rath, ainsi qu’un deuxième guitariste qui soutiendra Thunders au chant, Walter Lure. Les Heartbreakers commencent à faire parler d’eux et se font même inviter en Angleterre pour l’Anarchy Tour, avec les Clash et les Sex Pistols. Leurs concerts sont bons et ils séduisent un label anglais, Track [1], qui leur propose un contrat. Ici commence un bordel sans nom, un véritable modèle de « ce qu’il faut faire pour planter l’enregistrement d’un disque ». En septembre 1977, après deux changements de studios, moult engueulades, errances et substances consommées, le disque est finalement massacré, un mixage final atroce qui leur vaudra des critiques très négatives de la part de la presse. L.A.M.F. (initiales de Like A Mother Fucker) a de bonnes compositions mais un son pourrave qui gâche le tout. Jusqu’en 1994 où il est réédité dans un autre mixage, bon celui-ci.

Au vu de sa réalisation chaotique on pouvait craindre un album bancal, qui contiendrait davantage des bouts de chansons torchés à la va vite plutôt que de vraies bombettes fignolées. Heureusement si les Heartbreakers sont des glandus ils n’en sont pas moins de très bons musiciens. Thunders et Nolan, qui avaient déjà fait leurs preuves chez les New York Dolls, tirent les deux autres membres vers le haut ; ils composent tous les titres de l’album (mais pas forcément ensemble) et poussent Lure à s’investir dans l’écriture et la composition du disque. Finalement celui-ci cosigne trois titres avec Nolan. Et si les paroles sont connes (le contraire aurait été étonnant), la musique dépote sévère. La recette de Thunders ? La concision. Selon ses propres mots « Je ne sais pas lire la musique. Je m’en sors en cherchant l’évidence. Je coupe, je contracte, je taille… pour atteindre l’évidence ». [2] Les douze titres originaux sont parfaitement cohérents, homogènes. Les riffs joués par Thunders et Lure sont simples, secs et rapides - du pur punk - mais riches et variés, là où beaucoup de disques du genre tournent en rond faute d’idées. Le jeu de double guitare nous renvoie aux Rolling Stones période Sticky Fingers ou Exil On Main St. La basse et la batterie font plus que le minimum syndical trop souvent en vigueur à l’époque. Si les mélodies de Thunders ne sont pas des sommets d’inventivité, elles sont très efficaces et entrent dans la tête sans prévenir. En réalité ce qui fait la grande force de cet album, c’est son équilibre entre sa rage d’en découdre, son urgence, et l’aboutissement de ses compositions. En effet les chansons du groupe ont eu le temps de mûrir entre chaque concert, les deux années de tournée avant l’enregistrement ont permit aux Heartbreakers de ruminer et peaufiner leurs morceaux avant la mise en boite.

Au final rien n’est à jeter dans L.A.M.F. Mais il est cependant déconseiller de l’écouter d’un seul bloc, il vaut mieux piocher dedans par tranches de deux ou trois chansons. Prendre son temps est essentiel pour apprécier cet album comme il le mérite. Toutefois six titres sortent du lot et méritent d’être écoutés avec une attention particulière ; Born To Loose, véritable hymne du groupe vu sa science du n’importe quoi, la ballade punk It’s Not Enough (avec un parfait solo de guitare), les géniaux Chinese Rocks (écrit par le bassiste des Ramones et Richard Hell), Pirate Love (avec un impeccable break à la basse après le premier solo) et One Track Mind (chanson à la vitesse tout simplement irrésistible) ainsi que le quasi boogie Let Go qui conclue l’album original sur une note qui ne souffre d’aucune contestation. Après cela les Heartbreakers exploseront et Thunders fera une carrière solo pas inintéressante mais néanmoins en dessous de ce premier disque remarquable et jouissif. A redécouvrir au plus vite donc !



[1qui a eu son heure de gloire dans les 60’s quand son repertoire comptait Jimi Hendrix et les Who.

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Tracklisting :
 
1. Born To Loose (3’05")
2. Baby Talk (2’22")
3. All By Myself (2’50")
4. I Wanna Be Loved (2’40")
5. It’s Not Enough (4’09")
6. Chinese Rocks (2’54")
7. Get Off The Phone (2’01")
8. Pirate Love (3’57")
9. One Track Mind (2’33")
10. I Love You (2’22")
11. Goin’ Steady (2’43")
12. Let Go (2’25")
 
Durée totale : 39:51
 
Bonus tracks sur les rééditions CD
 
13. Can’t Keep My Eyes On You (3’45")
14. Do You Love Me ? (2’20")