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Le chanteur de metal expliqué à ma petite soeur

Le chanteur de metal expliqué à ma petite soeur

par Thibault le 11 juin 2012

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L’idée de cet article remonte à une vieille discussion autour d’une bière avec Emmanuel. Outre un physique avantageux et une rhétorique d’aériens entrechats, le patron et moi-même partageons un appétit pour le bon metal. Qu’est-ce que le bon metal ? Repoussant la facilité qui consiste à reprendre le fameux mot des Inconnus sur le bon et le mauvais, nous décidons de manière arbitraire mais néanmoins incontestable que le bon metal, c’est celui où le mec y fait pas qu’à braire de façon insupportable dans le micro.

Un critère comme un autre ? Pas vraiment. La question de la voix dans le metal est problématique. La musique purement instrumentale étant une niche, peu médiatisée de surcroit, l’essentiel des gens entrent dans un morceau par la voix : celle-ci est un point de repère, la mélodie principale qui met parfois dans l’ombre l’accompagnement. D’où la réaction de monsieur-tout-le-monde/miss n°24 aux jolis yeux du cours de bio/ma petite sœur à l’écoute d’un morceau de metal : « aargh, mais c’est pas mélodique du tout !... la voix beurk !... il chante pas, il crie ».

Une réaction qui se comprend : contrairement à la majorité des genres musicaux, le metal repose beaucoup moins sur la mélodie et l’harmonie que sur le rythme et le timbre. Les metalleux sont avant tout des instrumentistes qui cherchent à suer un bon coup, la question du chant est souvent secondaire, voire accessoire. De plus, d’ordinaire un chanteur établit des repères harmoniques sur lesquels il peut chanter par le biais des accords. Or, dans le metal, les accords sont très souvent réduits au strict minimum. On trouve principalement des powerchords, utilisés pour leur densité et leur stabilité, mais sinon il s’agit d’une écriture qui agence des notes de guitare selon le rythme afin d’obtenir une dynamique avec la batterie qui cogne fort à côté.

Bien sûr, on peut arranger des fioritures, embellir, peaufiner, dépasser, mais voici les bases du genre. Le chant apporte une plus-value à cette musique essentiellement instrumentale. La voix est une couleur supplémentaire qui illustre encore une fois la formule qui énonce que le tout est supplémentaire à la somme des parties. Problème : gazouiller sur un tel fracas rythmique ne va pas de soi. Devant le défi, nombre de musiciens se font chanteurs par défaut et se contentent d’aboyer là où ils peuvent, dans les interstices, en criant fort pour cacher qu’ils n’y croient pas plus que ça.

On ne va pas donner des noms, ce serait assez injuste d’envoyer au pilori Tartempion à la place de Dugenou pour délit de sale gueule. Citons plutôt des groupes qui ont réussi à dépasser ce problème. Ainsi, les musiciens de Kylesa et de Mastodon ont démarré leurs carrières en poussant des cris de porcs frais, et, à force de travail et d’abnégation, sont arrivés à des résultats honorables pour les premiers, impressionnants pour les seconds. Ce souci de la mélodie les a poussés à prendre du recul sur leurs créations pour comprendre ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas. Ils ont désormais de la hauteur de vue. A partir du moment où on cherche à intégrer de nouvelles sonorités à sa musique, on est obligé de relever le groin du guidon. Souvent, le soin du chant ouvre de nouvelles perspectives et ambitions, des saveurs inconnues, des nuances insoupçonnées, bref tous ces détails qui font la différence entre les nuggets et le chapon.

En somme on peut dire que la place occupée par le chant dans un morceau de metal est une sorte de baromètre, un bon indicateur des intentions des musiciens et de ce qu’ils sont capables de faire. D’où bon chant = bon metal. Bon chant ne signifiant pas forcément « montées et descentes de gammes à la Castafiore ». Quand la musique consiste à tricoter du riff l’écume aux lèvres, on a plutôt tendance à se mettre au diapason et à manifester sa présence en gueulant haut et fort pour montrer que nous aussi on en a une paire, non mais oh. Illustration du chant gueulé mais parfaitement écoutable (un indice pour déterminer si le chant est bon ou non, l’intelligibilité des paroles ! Si on comprend, c’est bon signe) :

Tous ces groupes de bon metal, ce sont ceux qui retiennent l’attention de certains rédacteurs d’Inside Rock, jusqu’à l’obsession : Metallica, Tool, Mastodon, Snot, Baroness, System of a Down et cie… nos fidèles lecteurs n’ont pas pu passer à côté de nos éloges.

Et alors que le bon sens semble être de partir de cette dynamique rythmique pour l’enrichir, on observe, bien que la scène contemporaine soit d’une grande diversité, une tendance tenace à l’enfermement dans un cloaque de rythmes hachés et de piaillements sans conséquences. Beaucoup de groupes se retranchent dans une écriture autistique. Cellules de riffs juxtaposées, breaks incessants, variations/répétitions stériles à n’en plus finir, les mesures deviennent une logorrhée de sons sensés être stimulants. Ces morceaux souffrent souvent de mixages de plus en plus abrutissants, qui compressent, saturent, haussent le volume ou empilent les couches plus que de raison. Des écueils qui menacent y compris de très bons groupes : Mastodon a parfois flirté avec cette écriture de l’esquisse continue sur certains titres de Remission ou de Blood Mountain et le mixage des derniers albums de Gojira ou de Metallica est difficilement supportable sur la longueur (voir la polémique sur la loudness war et Death Magnetic).

Au final, on se retrouve souvent avec des morceaux qui confondent vitesse et précipitation, avec un type qui braille n’importe comment par-dessus le marché. De plus, et c’est assez incompréhensible, beaucoup de musiciens de metal ne nuancent pas la texture du son d’un morceau à l’autre au sein d’un même album. Les disques forment des pavés monochromes, parfois inécoutables de bout en bout. A cette hyperactivité qui touche surtout les groupes dits de thrash metal et de death metal, certains autres groupes, souvent classés dans le doom (aussi connu sous le nom de stoner chiant) et dans le black metal (aussi connu sous le nom de daube), répondent par un jeu plus lent mais tout aussi répétitif, qui se veut contemplatif mais qui repose beaucoup trop sur l’enveloppe des textures pour avoir une réelle pertinence.

Comment en est-on arrivé là ? Peut-on dépasser le simple constat et expliquer les causes du phénomène, mis à part le goût du chevelu moyen pour le bruit de plus en plus bruyant ? L’agitation hystérico-fatigante ne touche pas que le domaine du metal. On constate que depuis une quinzaine d’années, le cinéma et surtout le cinéma d’action souffre aussi de sur-découpage et de caméras qui bougent tout le temps pour faire genre c’est viscéral. Il y a peut être une tendance d’époque à analyser, la saturation par envoi de toujours plus de signaux sans trop savoir pourquoi. L’aspect très communautaire du metal joue probablement un rôle. John Sherman, batteur de Red Fang, nous confiait en interview que dans sa jeunesse, il essayait de jouer des morceaux d’apparence compliquée et technique pour impressionner ses amis et les autres musiciens. Il y a une forme de reconnaissance par la maitrise de certains canons. Jouer son riff en 23/17 fait son petit effet. Ainsi, Devin Townsend pense que beaucoup trop de metalleux jouent comme s’ils avaient quelque chose à prouver : ils en font des caisses pour montrer leur assurance, au point d’oublier tout sens de la parcimonie ou du groove.

Il semble y avoir un problème de recul. Beaucoup de musiciens de metal n’ont pas l’air de se poser la question « est-ce que ce que je fais est susceptible de plaire à d’autres personnes que moi et mon petit cercle de metalleux ? » On les renvoie donc au conseil d’Alexis Damien, multi-instrumentiste de l’excellent groupe français Pin-Up Went Down :

J’apprécie Gojira, Machine Head, Devin Townsend, Metallica. Il est primordial que le metal ne se renferme pas sur lui-même et ne devienne consanguin. Il faut se rappeler des groupes fondateurs du style et ne pas oublier que la mélodie et la construction des morceaux sont aussi importants que l’aspect plus percussif ou violent. Un bon morceau doit pouvoir se chanter avec une guitare sèche, comme Corbier au coin du feu. Même du metal. Prenez n’importe quel titre des groupes cités plus haut et chantez-le en soirée, votre petit frère sera scotché.

PS : Margaux, très chère sœur, si jamais tu lis cet article, j’espère que ça te passera l’envie de redire que Tool « c’est pas de la musique ».

PPS : le morceau de la fin, parce que ça correspond parfaitement à ce que je viens de raconter et parce que tout article d’Inside Rock doit tenir sa réputation et contenir sa citation de Josh Homme.



Vos commentaires

  • Le 27 août 2012 à 02:00 En réponse à : Le chanteur de metal expliqué à ma petite soeur

    Le plus mauvais article que j’ai jamais lu. Et je ne ment pas, c’est sincèrement ce que je ressent. Je prend donc la peine d’écrire un message de réponse que bien sûr personne ne lira : ma conscience m’y oblige.

    « contrairement à la majorité des genres musicaux, le metal repose beaucoup moins sur la mélodie et l’harmonie que sur le rythme et le timbre. »
    La majorité des genre musicaux, ça désigne quoi ? Parce que tout ce qu’on défini comme la musique populaire est basée entièrement sur la répétition de motifs mélodiques courts, une harmonie réduit à son minimum voir inexistante, et une rythmique lourdement mise en avant. La musique est même ces dernières années devenue essentiellement rythmique, avec l’electro, le rap ou en règle générale tout ce qu’on entend en allumant la radio, la mélodie étant justement généralement dénué d’harmonie en dehors d’accord de guitares chez les plus courageux. Première grossière erreur.
    Deuxièmement, le métal ça veux dire quoi ? Depuis quand « le métal » est un genre homogène, franchement. Aucune, absoluement AUCUNE généralité ne peux être faite à propos du métal. Excuse moi de te décevoir mais, débarassé de ses influence blues, le métal est à l’origine par exemple un milion de fois plus « mélodique » que le rock qui le précède. De même, le duo guitare rythmique/mélodique dans le death métal en fait un genre d’une grande complexité harmonique - du moins, quand les musicien veulent qu’il le soit. Enfin le black metal est un genre essentiellement mélodique ou la rythmique a un rôle d’une discretion immense (Darkthrone sur Transilvanian est un parfait exemple).
    Tout ça pour dire que le point de départ même de l’article démontre un parfaite méconnaissance du sujet traité.

    « Devant le défi, nombre de musiciens se font chanteurs par défaut et se contentent d’aboyer là où ils peuvent, dans les interstices, en criant fort pour cacher qu’ils n’y croient pas plus que ça. »
    N’importe quoi. La réalité est qu’énormément de chanteur de métal ne sont pas musiciens, et que tenire une ligne de chant pendant qu’on joue SANS qu’elle soit mélodique est très difficile. Je sais qu’une personne n’ayant jamais joué dans un groupe ne peux le comprendre, mais d’instinct, la voix suit rythmiquement et mélodiquement l’instrument qu’on joue. Et, étant chanteur dans un groupe de temps a autre, je peux vous dire qu’on est très facilement tenté en chant saturé de suivre la ligne mélodique. Mais on ne le fait pas. Pourquoi ?
    PARCE QU’ON Y CROIS, justement. Parce qu’on sais ce qu’on fait : parce qu’on recherche un son (typé, voir caricaturale, c’est vrai), une sensation particulière, une texture unique qui n’appartient qu’au genre que l’on joue ; et selon que l’on joue du Sluge ou du Death, excusez moi, mais on ne « gueulera » pas de la même manière.
    Mais allons droit au but ; l’article est ridicule parce que sa réponse à la question « quel est l’intérêt du chant dans le métal » est ridicule. La seule vraie chose que vous devriez comprendre, les mecs, c’est que non, désolé la musique n’a pas pour but d’être belle. Ni d’être agréable à écouter. Et encore moins d’être technique, difficile, ou le fruit d’un effort. La musique porte son but en elle même : celui de la sensation qu’elle procure. On n’a rien à foutre que le chant saturé soit « facile à faire », « pas beau » ou quoi que ce soit ! Il nous intéresse pour tout le panel de sensations qu’il fait ressentir ; parce qu’il est unique. Parce que suivant le genre, il serai terrifiant, aggressif, étrange, déchirant ou puera la drogue et la bière. Ca, excusez moi, mais aucun de vos chanteur technique et agréable à écouter n’arrivera jamais à le rendre de fasson aussi crue.

    Finnissons sur une note d’humour :
    « Metallica, Tool, Mastodon, Snot, Baroness, System of a Down et cie » sont les référence en matière de métal de ce magasine. Les groupe les plus surrestimés, flemmard, edulcorés, gentils et populaires de tout les temps réunis en une phrase. Un immense « ouai bof » s’empare de moi, ainsi que de la tristesse : mais où sont ces immenses, puissants groupes que j’écoute moi ? Sûrement en train d’éviter de figurer sur ce site internet...

    « doom (aussi connu sous le nom de stoner chiant) et dans le black metal (aussi connu sous le nom de daube) »
    Bien, tu vient de griller toute crédibilité en une phrase. Je te conseille de t’acheter une paire de couille et d’affronter la masse immense de non-inventivité dans le monde de la musique : tu y trouvera un milliards de perles, y compris dans les genres que tu exècre, et ça te changera de ta pop métallisée.

    « John Sherman, batteur de Red Fang, nous confiait en interview que dans sa jeunesse, il essayait de jouer des morceaux d’apparence compliquée et technique pour impressionner ses amis et les autres musiciens. »
    Tout d’abord tu dit le métal basiquement rythmique, puis tout nous explique qu’il cherche trop la complexité. La cohérence, c’est vraiment une vertue surrestimée, je compatis.
    En parlant de cohérence, rappel moi quels sont les groupes qui ses dernières années on le plus joués au « progressif-post-metal » ? Ah oui, tu l’a dit précédemment : Metallica, Tool, Mastodon, Snot, Baroness, System of a Down et cie.

    « PS : Margaux, très chère sœur, si jamais tu lis cet article, j’espère que ça te passera l’envie de redire que Tool « c’est pas de la musique ». »
    Elle aurai raison, c’est de la soupe pour hipster. De la soupe à base de riff en 23/17, mais de la soupe quand même. Enfin, je suis rassuré de voir que tout le but de cet article était de faire l’apologie de tool. J’ai presque cru que tu allais y parler de métal !

    • Videopunk, qui avait quelques minutes à perdre.
  • Le 27 août 2012 à 03:01, par Thibault En réponse à : Le chanteur de metal expliqué à ma petite soeur

    Oh putain. Here we go...

    « La majorité des genre musicaux, ça désigne quoi ? »

    Ça veut dire la majorité des genres musicaux. La musique classique, baroque, romantique, russe, le bebop, le cool jazz, la musique brésilienne, japonaise, cajun, créole etc, etc. Si on replace le metal dans cet ensemble, il repose sur des principes assez différents du reste. Ce n’est pas un scandale de dire ça.

    A ce titre, l’harmonie et la mélodie ne sont pas les critères ultimes de la musique, tu le dis toi même plus loin, tu te fous de ça, tu écoutes pour autre chose. Bien. Dans ce cas, on peut être de bonne foi, non ? Parce qu’on peut déblatérer des arguments péremptoires comme quoi le metal serait plus mélodique que le rock, mais, jusqu’à preuve du contraire, Nocturno Culto gueule sur un registre beaucoup plus restreint qu’Elvis Presley ou David Bowie (et Morbid Angel n’a pas le même degré de subtilité harmonique que Debussy). Il n’y a pas à s’en offusquer.

    Quand j’écoute ça, la première chose qui me vient à l’idée n’est pas exactement « immense discrétion rythmique » (pour les sourds qui nous liraient, il y a un léger martèlement rythmique ininterrompu du début à la fin).

    Après, oui, je sais très bien que gueuler dans un micro demande du boulot. Mais comme tu le dis toi même, la technique n’est pas un critère en soi. Donc qu’untel en chie pour parvenir à nous vriller les tympans, ça nous fait une belle jambe, non ? Après, on peut projeter toutes les intentions du monde et tous les fantasmes que l’on veut sur ce que l’on écoute, ça change peut être ta perception mais pas les notes enregistrées.

    Libre à toi de ne pas aimer les groupes de metal que moi et quelques autres sur ce site aimons. Après, dire que Tool est un groupe pour hipster qui fait des riffs en 23/17 puis me faire des procès d’ignorance et d’incompétence, c’est un peu paradoxal. De même, je n’ai pas dit que le metal est basique rythmiquement parlant, j’ai dit qu’il se base essentiellement sur le rythme et que certains groupes veulent paraître compliqués, et encore ça c’est John Sherman et Devin Townsend qui le disent, mais je suppose qu’eux aussi sont de sombres crétins qui ne connaissent rien à la musique.

    Enfin, j’aimerais bien que tu m’expliques ce qu’est le « progressif-post-metal », exercice qui rassemblerait Snot et Mastodon !

    (PS : joli troll, comme le dit un pote qui a grandi dans le metal « ça rappelle les heures les plus sombres de certaines sections du forum Vs »)

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