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Live In Toronto Canada

Live In Toronto Canada

Ween

par Antoine Verley le 8 juin 2011

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Paru en 2001 (Chocodog) ; Enregistré le 23 octobre 1996 au Phoenix Theatre à Toronto, Ontario.

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<Métaphore_à_la_con> Ecouter Ween, c’est un peu comme manger un chocolat particulièrement fort : pendant les minutes qui suivent voire plus, tout ce que l’on goûtera conservera sans raison apparente un arrière-goût de cacao pur. </Métaphore_à_la_con> En effet, après avoir écouté des morceaux du groupe pendant un certain temps, on peut, en écoutant autre chose immédiatement après d’une oreille distraite, se prendre à confondre les deux. A moins qu’on écoute Meshuggah, auquel cas ça ne marche pas, mais ce serait de la triche. Bref. On résume à qui aurait loupé le début, ce groupe génial tente d’étendre, de manière ludique, son empire sur la totalité des sonorités de la musique populaire. La question qui se pose alors est donc la suivante : si l’ambiance et les diverses possibilités techniques offertes par le studio permettent de faire illusion, la prestation scénique en temps réel laisse-t-elle, une fois les morceaux décloisonnés, la possibilité à ce projet hégémonique d’aboutir ? En clair, comme dirait un torontois fameux : « do they rock or suck ? » ‘f course they rock.

La preuve en est que Ween a d’ailleurs, au cours de sa carrière, sorti pas moins de six albums en public plus ou moins réussis. Le Live In Toronto Canada a la setlist la plus judicieuse, est le plus original au niveau des arrangements, mais aussi un des plus drôles et généreux servis par le groupe. La pochette rappelle bien des affiches de vieux spectacles de stand-up, tout comme cette manière d’y afficher ces titres d’un humour à faire friser sa moustache à Zappa : Wavin My Dick In The Wind (qui figure haut dans le Top 5 coolest songtitles evah), Poopship Destroyer ou encore Help Me Scrape The Mucus Off My Brain. La prestation est à l’avenant : Gene se plante sur les paroles de Mister Richard Smoker, improvise sur le Piano Man de Billy Joel (« Sing us a song, you’re the piano man / Put some coke on my dick tonight »), prouvant que le groupe n’a pas son pareil pour allier, en live, une maîtrise instrumentale sans faille et une apparente légèreté des plus rock’n’roll (au sens psychiatrique du terme, mais un peu musical aussi).

Ween est ici accompagné des Shit Creek Boys, octette de session men country nashvilliens. J’en vois qui écarquillent les yeux, froncent les sourcils ou vomissent, mais non, vous ne rêvez pas, les morceaux de votre groupe préféré sont ici plus ou moins interprétés en version country… Pour ceux qui ne sont pas déjà des titres de country au départ. En effet, Ween a sorti en 1996 un album intelligemment appelé 12 Golden Country Greats (à l’honneur dans la setlist de ce soir-là), constitué de titres de country western on ne peut plus clichés aux violons sifflants et à la caisse claire caracolante qui, sages en studio, explosent littéralement en live, kickstartés par l’énergie scénique communicative des musiciens : Japanese Cowboy, Pretty Girl et autres envoient méchamment du bois, bourdonnent à l’envi dans une fanfare de violons loufoques et de piano déjanté… Dean (le sosie approximatif d’Alex DeLarge) dira du concert : “ The 8-piece band sounded like a 747 landing on your house.” True dat.

Les titres des autres albums, réarrangés, donnent parfois des résultats curieux mais salutaires (Push Th’Little Daisies et Poopship Destroyer, titres de la période lo-fi, enfin audibles), et parfois transcendent la version studio : ce live contient rien moins que la meilleure version de Buenas Tardes Amigo jamais entendue, riche en atmosphères et moments dignes de figurer sur la bande originale de Red Dead Redemption. Ailleurs, le psychédélisme de What Deaner Was Talking About se marie à merveille avec les arrangements Jackdanielsisants, la crypto-gay H.I.V Song revit dans un sémillant habillage acoustique, tout comme Wavin’ My Dick In The Wind jouit d’une touche de slide bienvenue. Bref, ce live demeure le meilleur du groupe, et l’une des meilleures portes d’entrée pour qui voudrait découvrir l’univers barré et singulier des frères Ween.

L’album n’est paru qu’en double LP, achevant de convaincre votre serviteur de la pertinence absolue du support vinyle à notre époque.



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