Concerts
Magma

Paris (Duc des Lombards)

Magma

Le 29 novembre 2010

par Thibault le 14 décembre 2010

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On rigole, on rigole, mais c’était le bon temps. Hmm ? Non mais je ne vais pas vous refaire le discours habituel sur le marasme gaulois, « ah saleté-de-pays-pas-foutu-de-comprendre-que-les-oppositions-art/divertissement-sont-débiles, mépris de la culture populaire, putain de Phoenix, Christophe Honoré, BB Brunes et BHL, misère de la presse, et non c’est faux le français n’est pas râleur. » Merde, je l’ai quand même dit. Réflexe.

Ceci lâché, trêve de pleurnicheries !!! Concentrons nous sur des choses plus réjouissantes qui montrent que l’on arrive à ne pas être des busards quand on se remue un peu. En ce moment passe en salle la décharge A Bout Portant de Fred Cavayé, pas exempte de quelques micro-défauts mais quel plaisir d’assister à une séance de vrai ciné populaire, c’est autre chose que Mademoiselle Chambon, Cyprien ou Le Transporteur 3765 ! Allez le voir, c’est un ordre.

Samedi dernier, Inside Rock était en branle bas de combat pour une nouvelle rencontre avec The Inspector Cluzo, duo landais aux airs de Blues Brothers qui touche enfin un large public en France et mérite d’exploser parmi les têtes d’affiche. Voici une des trop rares remontées de l’underground, d’autant plus salutaire que des parasites comme Vadel et Izia trustent l’espace médiatique.

A côté de ces espoirs demeure toujours quelques niches inaltérables. Depuis que le groupe existe, Magma a toujours été une sorte d’oasis. Émerveillement garanti sur facture à en croire les personnes qui ont assisté aux concerts de la formation. Les 28 et 29 novembre derniers, Magma investissait Le Duc des Lombards pour quatre sets, l’occasion idéale pour les voir puisque le cadre permet de coller au plus près. Un milliard de mercis énamourés à Caroline pour m’avoir offert l’immense privilège d’assister au deuxième concert de la série sans devoir me lancer dans le proxénétisme afin de payer le billet d’entrée, j’ai pris une gifle retentissante et ai frissonné de plaisir pendant trois heures durant en sortant, la vie est belle quand même.

Ne connaissant que relativement peu Magma avant le concert (pour tout dire je n’avais fréquenté que les albums Attahk et Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh et seulement parcouru Kobaïa), j’étais dans une situation intéressante puisque je disposais de quelques repères pour m’y retrouver et avais tout le loisir d’être continuellement surpris. Le set fut l’occasion pour le groupe de jouer une composition nommée Ëmëhntëhtt-Rê, commencée dans les années 70 mais publiée uniquement l’an passé.

Pas moins de huit musiciens se tenaient tant bien que mal sur la scène exigüe du Duc des Lombards. Parmi eux, un vibraphoniste et un claviériste très complémentaires, qui se rejoignent dans de clairs aigus avec des graves plus distordues pour le Fender Rhodes, une touche plus jazz-fusion qui s’exprimera lors du seul chorus donné ce soir aux alentours du premier tiers du set.

Le bassiste fait mentir les Inspector Cluzo. D’ailleurs, je ne veux même pas en parler tellement il est écœurant. Surement le meilleur qu’il m’ait été donné d’entendre, et pis c’est tout ! Pour le chanteur et les deux chanteuses, je déclare également forfait par peur d’écrire des conneries encore plus grosses que celles que je ne censure pas. Tout ce que je peux dire c’est « crévindiou, ça avait de la gueule ».

Il fallait tendre l’oreille pour gouter aux interventions plus parcimonieuses les unes que les autres de la guitare. Tout de discrétion, le préposé à cette tâche avait un son et un touché à l’image de sa Les Paul ; une solid body noir profond aux dorures étincelantes, pour un tranchant fin aux accents Larks’ Tongues in Aspic, quoique nettement moins grimaçant. Idéal pour tenir quelques notes qui percent aux dessus des autres instruments sans trouer l’harmonie comme un fouchtra.

Toujours dans les sons familiers, on pense parfois aux morceaux On The Corner et Nefertiti de Miles à l’écoute de Monsieur Vander. Monsieur Vander qui se paie le luxe de frémir de tout son être derrière sa batterie, de paraître en transe sans passer une seule seconde pour un imbécile. Propre. Tout ceci en étant un chef d’orchestre qui dirige ses musiciens en quelques regards et coups de cymbales. On apprécie également la gestuelle de ceux ci, très impliqués et à l’affût tout en affichant une aisance sereine. Tous ont un son splendide, l’ensemble est fort et majestueux, on se croirait à la messe.

La musique jouée ce soir s’appuie sur des enchainements somme toute assez simples. Une construction orientée autour de quelques degrés forts (c’est à dire des structures relativement connues et marquées), ce qui donne du corps et assure un véritable impact émotionnel, embelli par des accords très subtils et enrichis et également grâce à une maitrise à bon escient des polyrythmies.

Ainsi les montées en puissance ne s’appuient pas sur une saturation ou une élévation du volume sonore mais sur une écriture assez séquentielle. Une narration constituée de cellules simples mais très denses et fournies grâce aux cinq instruments et aux voix, qui s’organisent le plus souvent autour d’une idée rythmique caractéristique qui consiste à jouer plusieurs rythmes différents pour donner un rythme d’ensemble riche et entrainant.

Faire bloc de cette manière permet de nombreux ressorts et nuances ; montée des voix, recul de la guitare, détachement de la basse, chuchotement de charley, etc. En harmonisant discrètement les différentes mélodies, très percussives, jouées par tel instrument sur telle cellule, Magma procure une formidable sensation de mouvement sans jamais s’éparpiller. Gros frissons lorsque la basse et la guitare reprennent à l’octave pour quelques rushs très physiques.

Cet impact physique est la plus grande force Magma. Comme nous l’a confié un fan et ami du groupe à la fin du concert, chaque note doit peser, doit se faire sentir tout en étant un envol. L’impression est celle d’une averse dont on sent au ralenti chaque gouttelette s’écraser sur sa tête. Sans exagérer, le combo giclées de cymbales sur le temps / pichenette de plomb du vibraphone pile sur le demi temps derrière, c’est l’art de la ponctuation à son top !

Dur et martial, Magma ? Bof... Honnêtement, il est difficile de comprendre pourquoi la formation se traine une réputation de fanfare militaire tant sa musique est éloignée de ces eaux troubles. De plus, du fait de l’étroitesse du Duc des Lombards, les musiciens passent à 21,54 centimètres de soi et discutent tranquillement après le concert : « ouais, c’était un peu mieux que le premier set, non ? On était un plus chaud, et moi j’étais plus près de l’ampli, je gérais pas mal le machin. » Pardon ? La routine des grands musiciens, assurément. Musiciens accessibles de surcroit, le petit reporter est allé bafouiller un « aaah, j’me suis pris une leçon de zik, m’dame ! » devant Stella Vander, qui a échangé quelques mots avec beaucoup de gentillesse. C’est aussi ça un concert de Magma, des gens aimables avec lesquels on peut discuter. Ça change de Rock en Seine.

Et pour tout dire, le premier rapprochement qui s’est imposé à moi en écoutant MDK n’est ni avec Coltrane ou Stravinsky (les influences du groupe les plus régulièrement citées) mais avec The Grand Wazoo de Zappa ! Et si les compositions jouées ce soir rappellent beaucoup moins celles du moustachu, on retrouve toujours des sons clairs et puissants, vibraphone et voix principalement.

Quoiqu’il en soit la musique de Magma dégage un sentiment de mystère, une aura assez solennelle. On sent une recherche du beau (vous ai je dit que le son est vraiment digne de la Chapelle Sixtine ?), on est touché par cette puissance corporelle (cette basse, putain, cette basse !) et émotionnelle. Il y a quelque chose qui s’échappe et qu’on essaie de retenir à soi, quelque chose d’exaltant et lumineux mais aussi introspectif. Quelque chose de rare. Ça déchire, quoi.

Bref, c’est l’occasion ou jamais de replacer le bon mot de Snot : « WELL VIVE LA FUCKIN’ FRANCE, MAN ! »



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