Concerts
Magma

Paris (Triton)

Magma

Le 22 juin 2011

par Thibault, Ellinoa le 30 août 2011

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L’humeur est beaucoup moins recueillie qu’au dernier concert au Duc des Lombards ; l’ambiance est plus rock et enjouée, on regrette d’être assis et ne pas pouvoir onduler pleinement. Le groupe attaque son concert avec son titre Retrovision, où le motif de basse brut et direct capte immédiatement l’attention. Le morceau évoque un peu les débuts de Zappa, on songe à du Freak Out ! en beaucoup plus complexe et construit. D’entrée, James Mac Gaw place un solo marathon aux couleurs chaudes qui renforce le rapprochement avec Zappa. D’abord plus admiratif que conquis, on finit par adhérer pleinement à ce qui se présente. Peu à peu, notre rythme personnel épouse celui de la musique et on finit englouti par Magma.

Notre plaisir est total tant le groupe n’en finit pas de surprendre. Le jeu du guitariste est quasiment à l’opposé de celui qu’on avait découvert aux précédents concerts : il est beaucoup moins discret, la Stratocaster a un son très pinçant, toujours avec un peu de distorsion jouissive et beaucoup de pédales d’effets pour couvrir différents registres. La six-cordes est tranchante et n’hésite pas à s’imposer ; on sent une envie de jouer pour se faire plaisir. James Mac Gaw place beaucoup de solos (où chaque relance est marquée par des accords toniques du clavier), des imitations improbables de cuivres, il accompagne le chant de Stella et s’embobine quelques instants avec le vibraphone. L’espace de quelques secondes, il place de petites notes aiguës, comme des gouttelettes qui s’évaporent avec les tintements de vibraphone… ce qui nous mène au ralentissement du deuxième titre où l’on a l’impression de pénétrer sous une canopée. Les lumières deviennent vertes, les mélodies s’émiettent et les gestes caressent les instruments. Les notes scintillent mais semblent soudainement fragiles… Benoit Alziary frotte son vibraphone à l’archet avant une douce relance progressive du morceau : on revient à ce souci très Miles Davis du geste.

On est capté par l’attitude du chanteur Hervé Atkin, les regards profonds qu’il lance, le calme de ses mouvements et la force qu’il dégage. Vander a l’œil vif, toujours alerte. On sent qu’il est heureux d’être là et qu’il cherche ses musiciens, qu’il les appelle, ceux-ci lui répondant aussi bien d’un hochement de tête que d’une note plus marquée. Bien loin de l’image martiale qui a longtemps collé au groupe, le concert est euphorique. Il y a des explosions de cymbales et des gimmicks de vibraphone à la Ruth Underwood qui provoquent des sourires béats, des exclamations les yeux écarquillés, on rit presque avec le groupe de ce qui se passe ! Le vibraphoniste utilise de temps à autre un Thérémine, une astuce pour imiter des bruits de cuivre qui amène une dose d’humour absurde.

Magma maitrise à merveille tous les registres : certains morceaux nous bousculent, d’autres nous bercent presque dans un balancement agréable et enveloppant. Cette langueur atteint son sommet sur un Dondaï fabuleux où la rythmique en power trio fait monter la sauce sans relâche, préparant le terrain pour un chorus de Stella Vander à couper le souffle tellement il décanille des hérissons. C’est beau, c’est beau ! Avec le vibraphone et le Rhodes qui se promènent où bon leur semblent et colorent l’improvisation de la chanteuse, c’est juste mortel, inestimable, divin ! Et ce son ! On entend tout, absolument tout, on distingue même le tambourin et la maraca de la choriste alors que Vander fait un ramdam de tous les diables derrière sa batterie.

Vient le moment où celui-ci chante, très impressionnant et presque cérémonial. D’un coup, les musiciens forment comme une haie autour de lui, qui révèle encore une fois le brio du placement. Et rien que le fait qu’il se dresse entraine une élévation totale du centre de gravité du groupe. On laisse tomber la machine rythmique un instant et il y a quelque chose d’à la fois tellurique et aérien, souligné par son timbre fort et vibrant, comme s’il allait se détacher ou craquer. L’image est très forte, on voit presque le son monter avec lui dans cet élan de majesté. Aucun doute, c’est lui le patron, d’ailleurs lors des transitions entre les différentes parties du concert assurées par des solos de rhodes, tous les musiciens qui ne jouent pas sortent de scène, sauf lui, qui veille et soupèse chaque note.

Bras karaté pour cymbale crash © Monsieur Bobine

Pfiou, ce concert s’est déroulé à toute vitesse...



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