Films, DVD
Mean Streets

Mean Streets

Martin Scorsese

par Thibault le 28 juin 2010

2

sorti en salle le 2 octobre 1973 ; DVD édité chez Aventi.

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Pas la peine de mal réécrire ce qui a déjà été bien écrit. Vous trouverez de nombreux excellents articles qui vont expliqueront le pourquoi du comment Mean Streets contient énormément de figures, thèmes, symboles et formes que Scorsese approfondira par la suite. Évidemment Mean Streets est un jalon dans son oeuvre et nombreux sont ceux qui l’ont décortiqué pour recomposer le parcours de Marty, son histoire, son évolution... Sur le plan historique le film a eu son importance, a plus ou moins capté une époque, un vécu, etc. Enfin bref, tout ce qu’il faut savoir sur le film a déjà été écrit, dans la presse, dans des ouvrages, des anthologies ou sur internet, tout est là à portée de main et de clic.

Mais qu’en est il du plaisir et des émotions que procurent aujourd’hui, en 2010, le visionnage de Mean Streets ? - les raisons premières pour lesquelles on regarde un film, en fait. Scorsesien convaincu et pratiquant, je gardais un souvenir très mitigé du film lors de sa découverte il y a désormais deux ans. Pensant être passé à côté de quelque chose, je suis récemment retourné vers Mean Streets, pour la même déception. Je n’ai pas retrouvé ce qui m’avait marqué dans Goodfellas, Taxi Driver, The Departed ou Aviator. Au contraire, Mean Streets m’est apparu vieillot, daté dans le mauvais sens du terme (il existe quantité d’œuvres datées qui restent excellentes), à savoir archaïque avec sa mise en scène entre le documentaire et la Nouvelle Vague pas toujours heureuse, assez poussif dans sa construction et sa progression...

Les embryons n’accrochent pas vraiment et pour cause ; ils seront développés avec davantage d’ampleur et de précision pour la suite. Ici, toutes les figures et techniques sont en germes ; que se soit le miroir que l’on retrouvera dans Taxi Driver, les scènes de vie reliées entre elle par la vision et la voix d’un personnage central dans Goodfellas, les dialogues de situation décochés à deux mille à l’heure, les personnages secondaires savoureux, la BO soul / rock comme complément ou contrepied des images, les héros complexés, partagés entre séduction et répulsion, qui incarnent tantôt des aspects de la personnalité de Scorsese (Casino)...

On ne saurait pourtant apprécier un film pour ce qu’il engendrera et pas pour lui même... Que reste-t-il alors ? L’intrigue est réduite à très peu de choses (les personnages sont jeunes, sans le sou et jouent aux durs), les instantanés captés et mis bouts à bouts n’ont pas le mordant, la concision et la force qu’auront ceux de Goodfellas... Souvent les saynètes flottent malgré le montage très sec, la faute à une écriture qui balbutie encore. La narration peine à trouver un rythme sur toute la durée, à décoller. Tout compte fait, la progression est assez laborieuse. Sans compter que certaines scènes sont assez pénibles, comme celles entre Charlie et sa copine.

Et le cœur du film, le personnage de Charlie, partagé entre l’excitation d’accéder à un milieu synonyme de privilèges (la mafia) et sa foi catholique, ne suffit pas à captiver. Le dilemme de Charlie est très simple, on en a vite fait le tour et Scorsese ne réussit pas encore à créer des formes pour le traduire à l’image autrement qu’au travers de méthodes peu dégrossies (Charlie approche son doigt de la moindre flamme pour la retirer dès qu’il sent la brulure... pas follement original). A ce titre, les premières phrases du film sont une note d’intention qui versent presque dans l’aveu d’impuissance.

Finalement, on retient surtout des costumes hilarants, une petite poignée d’instants sympathiques (la bagarre dans le billard par exemple), quelques effets de caméra saisissants et surtout une scène excellente, ce dialogue en roue libre entre Keitel et De Niro - ce dernier mange d’ailleurs l’écran et sauve bien des passages de l’ennui total. Charlie et « Johnny Boy » s’expliquent au sujet des dettes de la tête brulée dans l’arrière boutique d’un bar, et ça envoie sec et net.



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