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Metallica Strikes Back

Metallica Strikes Back

par Thibault le 6 avril 2010

...And Justice For All est sorti en 1988 (Elektra). L’Empire contre attaque est sorti en 1980 (Lucasfilm).

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C’était dans un bête édito de Rock & Folk, au mois de septembre dernier. Manœuvre y écrivait que « l’expérience de l’été », c’était de coller …And Justice For All de Metallica sur L’Empire Contre Attaque en coupant le son du film. Pas follement enthousiaste au début, au vu de la collection de casseroles que traîne R&F [1] et du fourre tout où se côtoient l’insupportable et le bon que devient le journal, on subodorait un truc gentillet, sans plus. Mais un bête de jour d’octobre, on récupère la vieille VHS qui hibernait dans un placard oublié, on prend sa copie de l’album des Four Horsemen, on suit les instructions « lancer le disque à la toute fin du générique, attention à bien synchroniser » et là... On flip méchamment.

L’intro de Blackened sonne décuplée à l’infini, le riff s’abat quand la sonde percute la surface gelée d’Hoth, à peine le temps de réfléchir à ce qui se passe et les images défilent, martiales, impitoyables, magnifiées par le metal vengeur et glacial de Lars et ses copains. C’est peu dire que j’étais déboussolé. En effet, pour moi Star Wars fait partie du panthéon paternel, ces épisodes je les ai tous vus une dizaine de fois, à table on parle Yoda et RD2 entre les plats… Autant dire que je suis plus que familier avec la trilogie de George Lucas. Et pourtant… Pourtant, ma perception du film est complètement chamboulée. Premier constat, immédiat ; finie l’ambiance familiale, le côté multi générationnel sympatoche est expédié aux oubliettes illico presto. Deuxième choc : le passage de Blackened à …And Justice For All, le morceau. Merde, le séquençage de l’album COLLE PARFAITEMENT avec celui du film. Pire, la musique colle au déroulement même du scénario. Hasard ? Pure coïncidence ? On peine à y croire, mais pourtant il est très vraisemblable que cela ne soit qu’un hasard comme il en existe rarement. Après tout, cela fait vingt ans que l’album est sorti, si les membres de Metallica s’étaient inspirés de La Guerre des Etoiles, il y a fort à parier que ces businessmen auraient été les premiers à le clamer haut et fort pour assurer la promo.

Le film avance et on enchaîne claque sur claque, les mirettes et les esgourdes écarquillées de stupéfaction, scotché sur le canapé tel Jabba le Hutt dans son bouge de Tatooine. Seule la fin (l’album est beaucoup plus court que le film) tombe comme un cheveu sur la soupe. Pour le reste, plus d’une heure de folie. Premier réflexe du pro, prendre du recul et appliquer le meilleur des tests, le seul qui fonctionne à tous les coups, celui du temps. Deux mois s’écoulent donc. On prend les mêmes et on recommence, « long time ago in galaxy far, far away », John Williams à fond les ballons, le fameux générique en lettres d’or, et hop Blackened lancé au micro poil prêt, lorsque le texte disparaît et que la musique de Williams s’évanouit. Évidemment l’effet de surprise a disparu, mais tout fonctionne toujours parfaitement. Mieux, on découvre encore d’autres choses, des détails qui tuent, des idées, etc. On ne va pas tout dévoiler pour ne rien gâcher à nos lecteurs qui vont, j’en suis sur, se jeter comme si leur vie en dépendait sur leurs exemplaires pour faire l’expérience dès qu’ils auront terminé de lire ces lignes, mais quelques constantes restent tout le long des 65 minutes et 21 secondes que dure l’album.

Déjà, nous l’avons déjà dit, oubliez Star Wars tel que vous le connaissiez. Petite parenthèse nécessaire ; s’il n’est pas indispensable d’être fan de Metallica pour apprécier le nouveau produit, il est fortement recommandé de connaître un peu l’univers de Luke Skywalker et ses petits camarades. Le contraste n’en sera que plus saisissant, et l’expérience pleinement réussie. Car les personnages tels que nous en avions souvenirs sont méconnaissables. Han Solo n’est plus ce branleur, ce pilote casse cou, séducteur à deux ronds accompagné d’un croisement entre un gorille et un rhinocéros laineux. C’est un mec complètement perdu, paranoïaque et quasi impuissant, coincé entre une princesse Leïa frigide et d’humeur mussolinienne et des forces impériales plus haineuses et aggressives que jamais. Luke Skywalker n’est plus ce minet blond gentillet qui fait mumuse dans son X-Wing. C’est un type qui enchaîne souffrance sur épreuves, son parcours initiatique prend alors une ampleur toute autre que d’empiler trois cailloux en lévitation. Il est en permanence renvoyé face à lui-même, devant un abîme de doute. Les officiers impériaux ont l’air de SS en vadrouille et les soldats rebelles de combattants qui se savent condamnés, mais qui luttent avec l’énergie du désespoir. En somme, c’est toute la noirceur sous-jacente de Star Wars qui rejaillit en tâches indélébiles à la surface de l’écran sous les coups de marteau pilon des ‘Tallica Boys. Flippant, et surtout, interrogateur.

Car l’impact de cette nouvelle bande son ne s’arrête pas. Les riffs mécaniques, ces grosses boucles de powerchords frénétiques, ce bourdonnement martial et incessant de notes jouées sur les cordes de mi et de la (cette marque de fabrique qui fait qu’on reconnaît un morceau de Metallica à cent lieues à la ronde), bref les parties de guitares froides, pleines d’une colère qui noue les intestins, soulignent encore plus le caractère glacé, violent, abrupt, mais également coulant et limpide des plans de George Lucas. En somme, la musique des Four Horsemen, ces riffs violents et pourtant mélodiques (une des grandes qualité de Metallica est que l’on pourrait presque siffloter sous la douche leurs riffs martiaux), correspond impeccablement avec le montage et les images de L’Empire Contre Attaque. Le son de l’album, et même sa pochette, est en parfaite adéquation avec les teintes blanches, grises et bleues de la pellicule. Mieux, ses images apparaissent sublimées, toute leur puissance visuelle saute aux yeux de façon nouvelle, comme si on n’avait jamais vraiment saisi sa qualité auparavant. Un exemple au débotté : débarrassées des dialogues « rock leader, je peux pas tenir, formation serrée les enfants », les scènes de combats aériens ressortent superbes, filmées d’une main de maître. La beauté des paysages glacés d’Hoth, la fluidité du montage, la succession des plans magistraux, tout surgit dans un phénomène unique et à double facette. D’un côté la violence est exacerbée, chaque miette de méchanceté devient de la colère-haineuse-machoires-serrées hautement calorique. Et de l’autre des moments de nuances magiques, comme ces chasseurs qui dessinent des arabesques autour des quadripodes sur le solo de One. (On se retient de citer les autres pour ne pas gâcher le plaisir).

En effet, on ne le répéterait jamais assez, la musique de Metallica dépasse de loin le métal bas du front commun. Complexes, denses et regorgeant d’idées et de riffs, les morceaux d’…And Justice For All sont pleins de breaks, variations et solos qui sont autant de subtilités apportées aux images. Tantôt on a la sensation que tout s’accélère brusquement, tantôt c’est le contraire et les gestes semblent ralentis, chaque mouvement se décompose selon le rythme des Four Horsemen. Les solos de Kirk Hammett donnent une autre ampleur à telle scène, accentuant le côté tragique, ou nuançant le propos, comme quand ils retentissent lors des conversations muettes entre Leïa et Han Solo. Tant de richesse et de pistes ouvertes bousculent méchamment, la musique et les images s’enrichissant mutuellement. Une telle interactivité fait que la musique de Metallica sonne plus puissante, et surtout plus vivante que jamais. Une interactivité qui se retrouve jusque dans les paroles chantées par Jaymz ; à voir ces nouveaux Luke et Han, complètement parano, souffrir toutes les peines du monde dans le froid sibérien de Hoth au son du fracas d’…And Justice For All, on se dit que vraiment « Justice Is Lost, Justice Is Raped, Justice Is Gone ».



[1dernière en date, et pas la moindre, la « une » consacrée aux varices de Winehouse ET de Doherty, sous titrée « 2008 l’année du destroy »

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