Portraits
Mike Patton

Mike Patton

par Thibault le 5 octobre 2010

« It’s always funny until someone gets hurt. Then it’s just hilarious. » Bill Hicks.

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Après avoir assommé le lecteur avec un tel charabia, il convient de lui accorder un peu de repos et de le prendre par la main pour un petit tour d’horizon de la discographie pattonienne. Car l’œuvre du monsieur pèse lourd, vingt ans de carrière et au moins autant d’albums studios, sans compter tous les lives et collaborations en one shot. Voici donc quelques bouées de sauvetage livrées avec la notice pour mieux se jeter à l’eau.

En premier lieu, il convient de citer quelques chefs d’œuvres absolus.

En ce qui concerne Faith No More, il n’y a pas grand chose à rajouter au sujet d’ Angel Dust (1992) vu les tartines qu’a fait Lazley à son propos. L’autre pièce maitresse King For a Day... Fool For a Lifetime (1995) marque le recul des synthés dans la dynamique des morceaux, ils ne servent désormais qu’à rehausser les saveurs. L’instrument maitre est la guitare, chromée et hargneuse. Les textures sont très proches du premier RATM, étincelantes. C’est une tempête de grattes alors sans précédent qui s’abat, avec un définitif Ricochet où le gominé scande « IT’S ALWAYS FUNNY UNTIL SOMEONE GETS HURT AND THEN IT’S JUST HILARIOUS ! » Au milieu de ce torrent de riffs, deux joyaux encore plus incroyables ; Evidence s’empare avec nonchalance d’Isaac Hayes (quels violons mes aïeux ! et ce piano !) et, tout en cuivres et en squeez-whoing de guitare funk, here is Star A.D. ou l’entrée toni­truante d’un Jack Nichol­son croo­ner au milieu d’un cock­tail. Le ric­tus impec­cable, le noeud pap amidonnée et la démarche rep­ti­lienne, l’homme jarte d’un coup de pompe au train la simili Norah Jones qui minau­dait au micro l’instant d’avant, et pro­pulse le backing big band en pleine fournaise. Cuivres et voix rugissent jusqu’à ce moment magique où le Jack se penche vers la res­pec­table old lady toute pomponnée de la table du pre­mier rang pour lui offrir la rose qu’il avait à la veste en lui susur­rant à l’oreille : « and dying is dry, like a fact of his­tory… And when you die, you’ll become some­thing worse than dead — you’ll become, a legend. »

FNM crû 89 : les rejetons des eighties préparent leur vengeance.

Du côté de Mr Bungle, LE groupe zappé de tous les rétrospectives décennales sans aucune raison valable, le self-titled de 1991 donne la leçon aux Red Hot Chili Peppers sur leur propre terrain. Il s’agit juste de l’album funk-rock ultime, le plus intelligent, varié et cinglé. Seul véritable concurrent en terme de densité et de bouillonnement, One Hot Minute (1995) des RHCP featuring Dave Navarro. Depuis Kiedis et Flea détestent Patton de toutes leurs forces, convaincus que « m’sieur, il fait rien qu’à copier ». Le gominé le leur rend bien en singeant leurs manières sur scène. Que d’excellents morceaux, Stubb (a Dub) chronique une tranche de vie de l’american way of life avec une verve glauquissime : Patton s’adresse à un chien comme à un homme, juste pour lui rappeler sa condition de vile carpette animale quasi utilitaire. La poésie de The Girls of Porn fait passer Bon Scott et Jesse Hughes pour Louis Garrel et Romain Duris. Pour sa part California (1999) propose une virée dans The Air-Conditionned Nightmare du showbiz, des plages sans déchets et des clubs lounges de la cité des anges, comme une sorte d’Aja [1] fourre tout et prédateur. California est tellement touffu qu’il a fallu trois mois au groupe rien que pour apprendre à le jouer sur scène.

Grand rassemblement de DJ’s, artistes trip-hop et beatboxeurs, Peeping Tom (2006) est à ce jour le projet le plus fiévreux et sexuel réalisé par Patton. Il s’agit également d’un de ses albums les plus produits et étoffés, presque autant que California, avec cependant beaucoup moins d’humour. Étouffant, gorgé de batterie, de boite à rythme, d’effets électros et d’arrangements sinueux répartis sur des couches et des couches, tout en étant groovy, dégoulinant de chaleur et étonnamment sombre. Arrangé et laidback, donc, mais avec du jarret ! En live la troupe swingue à mort, reproduisant avec fidélité les textures chiadées réalisées en studio tout en déployant une énergie impressionnante. Il n’y qu’à regarder cette somptueuse reprise du Desperate Situation de Marvin Gaye pour s’en rendre compte.

On a déjà largement causé de The Director’s Cut , probablement l’album le plus complet et le plus abouti avec California. Disons simplement que la comparaison avec Max Cady n’était pas seulement un gros pétage de boulon de la part du scribe puisque la filiation est plus ou moins revendiquée. La reprise du thème de Cape Fear, hé oui, a été le premier morceau composé et a donné la direction du projet. Chaque reprise capte l’essence même du flim dont est tiré le thème : cette version ultra violente du The Godfather nous renvoie au carnage couvant derrière le calme des affaires de la Famiglia, avec un zeste d’humour noir, parce qu’il ne faut jamais oublier de prendre les cannellonis après avoir exécuter un mouchard en rase campagne.



[1album de Steely Dan sorti en 1977

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