Portraits
Mike Patton

Mike Patton

par Thibault le 5 octobre 2010

« It’s always funny until someone gets hurt. Then it’s just hilarious. » Bill Hicks.

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Ensuite, toujours du très bon niveau mais du moins virtuose que ci-dessus.

Quelques fans se sont étonnés de la dernière lubie Mondo Cane (2010) : reprendre des vieux standards de pop italienne complètement ringarde ! Pourtant l’enregistrement synthétise la passion pour l’Italie que Patton exprimait déjà dans sa tendre jeunesse et qui s’était traduite jusque là sur des titres comme l’inoubliable Violenzia Domestica de Mr Bungle ou The Godfather (d’ailleurs Patton a été marié à une italienne et a vécu dans la péninsule). Grand orchestre, feu d’artifice de trompettes, violons chatoyants... comme l’écrit Pacôme Thiellement dans R&F, « la musique elle même est comme une liqueur, le limoncello : archi sucrée et bien alcoolisée, citronnée sans acidité, elle écrase joyeusement son client au bout de trois petits verres. » Pour le reste, c’est comme le Simply Beautiful d’Al Green, les sapes soyeuses des joueurs de mandolines de la baie de Naples cachent de belles ordures machistes, qui règlent leurs affaires au pistolet. Ah, cette version de Ti Offro Da Bere en mode Pedobear...

Beaucoup moins fendard, Tomahawk est davantage un projet de l’ancien The Jesus Lizard Duane Edison que de Patton, qui apporte surtout sa voix, sa présence de frontman et quelques arrangements de synthé. Le meilleur des trois albums sortis à ce jour est sans conteste Mit Gas (2003). Voici surement la musique la plus « simple » à laquelle contribue le gominé ; très hargneuse, épurée et tendue, construite avec les débris du hardcore 90’s (gratte aux accords saccadés, rythmique très sèche, raide), mais qui tend aussi vers une version miniature de Tool avec ces six cordes souvent malaxées à l’ebow, qui ondulent et fondent en coulées d’acier. Le tout ciselé par la production exemplaire de Joe Barresi (présent sur les deux monuments d’enregistrement que sont Lullabies to Paralyze (2005) des Queens of the Stone Age et 10,000 Days (2006) de l’Outil), qui donne une véritable profondeur au son sans empâter les compositions très rangs serrés. Coup de cœur pour You Can’t Win avec sa plongée de wah-wah introductive et son pont quasi surf. On conseille également le premier album bien sympathique, sur lequel on trouve cette petite tuerie :

Si Fantômas est l’expression de la part la plus conceptuelle de Patton, on retrouve toujours ce souci du plaisir d’écoute, de l’enjoyement. Selon ses propres mots, « This is music for impatient people ». Dans Suspended Animation , pratiquement que des titres entre trente secondes et deux minutes où les codes du metal servent à reproduire les bwoïngs !, zouuuim !, pong !, bang !, tchak ! des cartoons de votre jeunesse. Ces bruitages sont aussi réinsérés tels quels côte à côte des coups sourds de basse ou de double pédale du psychopathe Dave Lombardo (oui, le type de Slayer). Un jour, il faudra confectionner un épisode des Looney Tunes avec ces morceaux pour voir le résultat, il est fort possible que les comptines de Fantômas décuplent le plaisir sadique de voir le Coyote se faire exploser à la tronche son propre stock de dynamique Acme.

Cartoon, horror show et musiciens de haut niveau.

Et il y a encore pléthore de bricoles à découvrir ! Le truc est juste d’éviter à tout prix les horreurs que sont Maldoror (collaboration avec le neuneu Merzbow), l’album Adult Themes for Voices (1996) et Moonchild, grosse farce free-destroy-hurlements de diable de Tasmanie avec Zorn. Sinon, pratiquement que du bon, et souvent du génie.

Parmi toutes les qualités de Patton, il faut insister sur cette capacité de gestion, sur cette faculté à parcourir son travail d’une vue d’ensemble, tout en étant en permanence impliqué dans quelque chose. Il cumule les casquettes de producteur, compositeur et instrumentiste, et a toujours bossé sur plusieurs disques en même temps, tout en assurant les tournées où il est mis à forte contribution en tant que frontman. Quand on créé une musique aussi fouillée, qui cherche toujours à faire sens et à ne pas se répéter, tellement chargée d’influences et d’implications, cela nécessite de garder en permanence la tête froide, de rester lucide et de savoir prendre du recul tout en apportant suffisamment de soi pour donner vie à cette musique.

En cela le comportement de Patton est exemplaire, tout comme l’est la gestion de sa carrière et de son label Ipecac, qu’il maintient à flots en profitant des rentrées juteuses de Faith No More ou en prêtant sa voix à des jeux vidéos pour permettre aux artistes de son label et à lui même d’enregistrer la musique qu’ils souhaitent dans des conditions optimales.

« Making people sick since 1999 »

Bien sur, on cite surtout Patton car il est l’objet du dossier, mais il ne faut pas oublier tous les musiciens qui gravitent autour de lui (mention spéciale pour Trevor Dunn et Trey Spruance, les deux autres maîtres à penser de Bungle). L’une des marques des grands est de savoir s’entourer, de toujours repérer les bonnes personnes et d’avoir un état major de premier choix. Faith No More et Mr Bungle ne sont pas des backing band pour Patton, mais bien des formations où les talents sont nombreux et en émulation, où le gominé crève l’écran. Une autre de ses qualités est de réussir à diriger les débats tout en tirant le meilleur de la créativité de chacun. C’est ce qui confère entre autres cette densité et cette exubérance à son œuvre, qu’on ne saurait résumer en un article tant il y a d’émotions à saisir et de choses à échanger - je vous en prie, écrasez cette larme.

Bref, de la sueur, du sarcasme et de la classe.

« George Abitbol ? connais pas... »


[1album de Steely Dan sorti en 1977

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