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No. 6 Dance

No. 6 Dance

Five Horse Johnson

par Thibault le 12 mai 2008

4

Paru en 2000 sur Small Stone Records.

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Vous aimez le rock jouissif à grosses guitares ? Retenez bien ces trois mots, Five Horse Johnson. Cette bande de purs ploucs du fond de l’Ohio est ce qu’il vous faut. Ils sont moches, gros et puent la bière et la sueur à des kilomètres. Pas le genre de personnes qui font la une des Inrockuptibles à côté de Cat Power ou de la dernière pleureuse world-folk-jazz-nouilleries de Télérama. D’ailleurs ils se foutent bien de tout cela, les Five Horse Johnson, déjà treize ans qu’ils jouent avec conviction leur stoner rock bluesy, la formule ne change presque pas mais fait toujours recette, au point de s’être fait une sacrée réputation dans le milieu. Le groupe est signé sur Small Stone, label reconnu et apprécié par les amateurs de rock lourd, puissant mais pas balourd, et est régulièrement vanté par Cyril Deluermoz, « monsieur stoner » à Rock & Folk, qui considère leur quatrième album comme l’un des cinq meilleurs de tout le genre. Rien que ça.

Parlons en de ce quatrième album justement ! Sorti en 2000, ce n’est rien de moins qu’une baffe puissance mammouth shooté aux amphétamines, un pavé pouilleux comme on n’en fait pas assez ! Il y a des signes qui ne trompent pas, comme cette pochette en provenance directe de l’Amérique profonde des bars crasseux de prolos. Dès les premiers accords de Mississippi King le charme opère ; impossible de rester impassible devant une telle débauche de riffs grassouillets et francs du collier. Mettons les choses au point tout de suite, les Five Horse Johnson c’est un son, un vrai, un mélange terreux et fervent de rock sudiste et de blues marécageux joué avec une force de frappe de bûcheron. Quelque part entre Blue Cheer, Creedence Clearwater Revival et Black Sabbath. Les guitaristes Brad Coffin et Phil Durr se partagent riffs salaces hypnotiques et solos crépitants, le tout emmené par une section rythmique groovy et rugueuse à faire trembler les murs. Ah, cette batterie sur Silver ou sur Hollerin’, une véritable leçon de drumming volcanique mes enfants !

L’album est compact, un monolithe qui suit toujours la même formule mais qui est parfaitement digeste ; pas un moment de faiblesse, on écoute chaque instant en remuant frénétiquement notre masse capillaire au rythme des coups de boutoirs envoyés par le groupe (ou en haussant le sourcil d’approbation pour les plus chics d’entre nous). Il faut dire qu’en plus d’avoir une paire de guitaristes sévèrement burnée et une section rythmique irréprochable, la formation se paie le luxe d’un chanteur épatant (Eric Oblander), dont la voix colle parfaitement à la musique. Celui-ci nous apostrophe avec son organe rocailleux, bourru et puissant lors de refrains/cris de ralliement imparables. Et pour ne rien gâcher le bonhomme joue aussi de l’harmonica ! Il souffle dedans comme un beau diable, s’époumone entre deux grognements, jouant des coudes avec les solos secs et nerveux de guitares. Rien à jeter parmi ces treize titres, mais on ne résiste pas à l’envie de citer le brillant Shine Around avec son clavier rutilant et son riff entêtant, le formidable Swallow The World qui fait l’effet d’une charge de bisons sur un ranch isolé et le génial Odella, pièce maîtresse de plus de quatorze minutes fondée sur un rythme lourd, lancinant et hypnotique. Un morceau de bravoure, plutôt psychédélique par rapport au reste (la voix d’Eric Oblander est déformée et les guitaristes sortent les pédales wah-wah pour des solos grésillants), probablement le meilleur du disque. Colossal.

Et pendant qu’on y est, on conseillera également leur opus suivant Last Men On Earth sorti en 2003, disque qui mérite aussi une place sur les étagères de tout amateur de rock qui se respecte, bien calé à côté des Masters of Reality et de Kyuss. Un des meilleurs albums de notre décennie, indispensable donc.



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