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Noir Désir : une certaine idée de la France... Part I

Noir Désir : une certaine idée de la France... Part I

par Thibault le 10 novembre 2009

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Car Benjamin, pardon, Bertrand, n’a pas pour seule référence le bottin du romantisme francaoui et briton. Une autre de ses idoles, c’est Jim Morrison. Et ça… Ça, c’est vraiment pas bien. Comme je le dis régulièrement ; « les enfants, citer ou avoir Morrison comme influence ne sera jamais une bonne idée, jamais ». Car il faut vraiment être dans le même état que le bellâtre des Portes ou ne jamais avoir ouvert un bouquin pour voir de la poésie dans The End, Light My Fire, People Are Strange, Love Her Madly ou Hello I Love You. S’inspirer de telles chansons dans une optique se voulant littéraire, c’est courir un cent mètres avec une jambe de bois.

Surtout que ce qui plait le plus à Bertrand, chez Jim, c’est le côté chamanique, la transe, la dimension transcendantale de l’affaire. Soit la tranche la plus purulente, la plus indécrottable et la plus atrophiée du ciboulot des Doors. Sur scène cela se traduit par des poses tout en cuir et en collier d’indiens, ce qui n’est pas bien méchant comparé au résultat sur bande. Car c’est de la rencontre entre les ersatz de Rimbaud et les miettes du délire « Spirit, Nature & Politics » du Jimbo (qui lui même est déjà un sous produit) qu’il s’agit ! Ce qui donne des trucs aussi pénibles que Le Fleuve :

Quand la nuit s’étend, elle se laisse tomber au hasard
Elle enveloppe et elle sape les carcasses atroces
Et si tu peux te perdre du côté du fleuve
Il te calmera jusqu’à ce que tu ne puisses plus respirer
 
Comme elle est belle la ville et ses lumières seulement pour
les fous
Celui qui veut, il la découpe en tableaux
Là c’est l’heure ou le silence balance sur les eaux du fleuve
Le rythme des horloges qui pourrissent
 
Y a là-bas cette fille qui enfle son souffle et ses jupes
Ouvertes comme des corolles en suspens
Plus elle danse, plus elle flambe, plus il l’aime, lui, comme il sent
Que no se puede, la Vida no vale Nada.

Un beau gâchis en somme, car il faut tout de même reconnaître au monsieur quelques qualités qui ne sont pas données à tout le monde. Prenons Les Écorchés par exemple. Le texte est infecté de boursouflures romantico-torturées énormousses (inutile de s’appesantir, le titre en lui-même est assez parleur) mais Cantat réussit quelque chose qui force un minimum le respect ; un texte écrit, plus ou moins mûrit, mais avec une fluidité dans la manière de le chanter et dans le flow. Quelque chose de travaillé qui passe l’épreuve de la mélodie. Il faut reconnaître que les mots coulent, que les phrases se suivent et forment un flux de bonne tenue, tout en renvoyant à différentes images poétiques sans trop virer au patchwork, pour une fois… Dommage que le sieur Cantat ait gâché ce talent avec ses fixettes romantiques de tâcheron. Surtout que l’orientation qu’il prend passé Veuillez Rendre l’Âme n’est pas plus folichonne.

En effet, lucide, le chanteur a conscience que ses lignes sont emphatiques au possible, appuyées, lourdes. Il tente donc d’épurer un peu tout cela. Sur Du Ciment Sous Les Plaines il veut aérer la forme, et par la même occasion sortir de l’exercice de copiste auquel il se cantonnait auparavant. Pour un résultat que l’on qualifierait de moyen et sur lequel on passerait rapidement si le groupe ne prétendait pas qu’il y ait de la littérature dedans. Les vers du second album de Noir Désir oscillent entre une tendance à l’abscons franchement pas ragoutante (En Route Pour la Joie, Les Oriflammes, Tout l’Or ou Si Rien Ne Bouge) et une autre à la description de scénettes un peu beatnik, parfois anglicisantes, souvent alcoolisées… (No No No, La Chanson de la Main, Charlie) Rien de très marquant, ni même d’hilarant pour ce corniaud de suffisant de critique, qui avait de quoi rouler sous la table avec le premier album. Ici c’est plutôt le ventre mou, la seule chose que l’on puisse dire, c’est que prétendre qu’il y a ici de la littérature, c’est se foutre du monde ou ne rien comprendre à la chose.

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« Peter, mate un peu les nouveaux textes de l’autre bellâtre ! On dirait que ça s’arrange pas ! »

Ah si, il y a un élément à approfondir. En visant l’épure, l’écriture de Cantat devient plus impulsive, plus hachée. Les phrases virent à la formule lapidaire cryptée, en témoigne le titre de l’album, un peu énigmatique, un peu politique, totalement ronflant. On trouve de plus en plus de lignes désarticulées, sans liant. La forme tourne au simili slogan, mais le fond est totalement impénétrable. Vers choisi : « prise de notes, somnambules, interlopes, match nul » (Les Oriflammes)… Keskidi ?

Une orientation malheureuse qui va atteindre son paroxysme sur Tostaky. Encore une fois, le titre est un concentré de n’importe quoi, que dis-je ? un véritable logo de la version 3.0 du songwriting nwardéziresque. Tostaky est une contraction de l’espagnol « todo está aquí », ce qui signifie « tout est ici » (quel programme), ce qui serait selon certaines sources un des cris de ralliement autrefois scandés par les révolutionnaires mexicains. Boooon… Mais encore ? Tout l’album ne contient que cela ; du rien élevé en pseudos slogans instantanés, des bribes de punchlines verrouillées, complètement retorses, incompréhensibles, et dont l’intérêt esthétique est minuscule… Le fond est insaisissable, et la forme se résume à une suite de mots posés les uns à côté des autres, sans logique ni recherche stylistique, sinon celle d’une sécheresse dont on a vite fait le tour. Exemples :

Caravanes, vent du désert,
Mais nous n’irons plus à la guerre
A l’attaque
 
Adonis et bulldozer
S’accouplent à la volontaire
Ici paris

Ou encore :

Au bout, de la course, remonte jusqu’à la source
One trip, one noise
 
Circuit, nuit bleue, spécialiste, de l’enjeu
One trip, one noise
 
Longue attente avant de s’élancer, one trip
Longue vie et tout à recracher, one noise

Les tentatives dans l’argot de Byron valent également le détour :

I found one of my socks
Under the telephone
I’ve never asked these bells
To ring in my home
What have I done to my hat ?
I had no hat before
Something like a tearing’s running on my bones

Et last but not least, ce parangon de n’importe nawak qu’est le tube Tostaky (Le Continent).

Nous survolons des villes
Autoroutes en friche
Diagonales perdues
Et des droites au hasard
Des femmes sans visage
À l’atterrissage
Soyons désinvoltes
N’ayons l’air de rien
 
Para la queja mexica
Este sueno de america
Celebremos la aluna
De siempre, ahorita
 
Et les branleurs trainent
Dans la rue
Et ils envoient ca aux étoiles
Perdues
Encore combien à attendre
Combien à attendre

J’arrête ici le carnage, mais croyez bien qu’il suffit de remettre le nez dans le livret de l’album pour en découvrir d’autres, et des pas piquées des hannetons ! Inutile de préciser que Tostaky est de loin le disque le plus mal écrit de toute la carrière du groupe. Car si les textes de prime jeunesse de Cantat charriaient des défauts gros comme des baobabs, ils restaient plus ou moins réfléchis, très scolaires, chiants, mais somme toute appliqués. Ici l’écriture quasi automatique prend le dessus, pour un résultat vraiment laid.



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