Portraits
Noir Désir : une certaine idée de la France... Part I

Noir Désir : une certaine idée de la France... Part I

par Thibault le 10 novembre 2009

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

De plus, Noir Désir ne sait pas par quel bout prendre l’exercice studio. Le groupe est avant tout une formation de scène : c’est en concert qu’elle s’est rodée et qu’elle est à son maximum. Tout au long de leur parcours, les quatre potes s’accorderont toujours sur ce point ; ils ne jouent que pour le live, qui est le lieu où ils se sentent le plus à l’aise, où leur complicité peut s’exprimer, où ils prennent du plaisir. Lorsqu’ils se retrouvent en studio, ils ne savent plus trop comment gérer la manœuvre. Lors de l’enregistrement de Du Ciment Sous Les Plaines, le quatuor s’est pointé sans aucunes compositions achevées, avec juste quelques idées dans les poches, composant au fil des prises. Pour un groupe dont la musique a toujours trouvé sa meilleure expression en concert, c’était un choix très risqué. Logiquement, le résultat en pâtit.

De manière générale, les bordelais n’arrivent pas à transmettre sur bande l’énergie qu’ils déploient sur scène. Celle-ci est en permanence coupée pour diverses raisons propres au studio alors qu’elle est ininterrompue lorsque le groupe joue devant le public, où il mène les débats à sa guise. Bref, Noir Désir peine à trouver une dynamique générale une fois en cabine.

Du coup rien d’étonnant si le live Dies Irae, capté lors de la tournée de 1993, propose des prestations nettement plus intenses. On n’écoute plus Here It Comes Slowly ou Tostaky (Le Continent) dans leurs versions studios une fois qu’on a gouté au punch qu’elles ont en live. C’est tout le mérite de Dies Irae : présenter les morceaux tels qu’ils auraient dû toujours être. Pour le coup, on recommandera de jeter une oreille au disque. Rien de grandiose, mais un double album sympathique, rafraichissant, qui montre que Noir Désir sait trousser quelques bons riffs et les servir avec la sueur qui convient. La recette est très simple, mais l’énergie de l’exécution et l’ambiance survoltée remportent l’adhésion (on a vraiment l’impression d’être au milieu de la fosse). On ne boudera pas notre plaisir, pour une fois.

Dommage que Dies Irae soit le seul témoignage fidèle de ce qu’était Noir Désir lors de sa première période, car certains concerts de 89 ou 91 n’étaient pas dégueus. On trouve sur le coffret En Route Pour La Joie (1999) une version live de Drunken Sailors digne du gig le plus craspec des Dropkicks Murphys et surtout un Helter Skelter stupéfiant, neuf minutes démentielles où le groupe ne relâche pas un seul instant la pression et joue aux montagnes russes, réduisant les montées et descentes de l’original à de petites vaguelettes inoffensives. C’était l’époque où le violoniste François Boirie accompagnait le quatuor en tournée. Ses interventions apportaient au groupe une touche de folie qui les distinguait des autres formations, un zeste de fraicheur qui contrebalançait les tordantes poses pseudo chamaniques de Cantat.

Peu de temps après le bassiste Frédéric Vidalenc quitte le navire. Une page se tourne pour le groupe et le live Dies Irae fait office de bilan semi-officiel. Alors, que retenir du premier quinquennat de Noir Désir ? Peu de choses par rapport à la légende qui en ait faite ; un assez bon live ainsi qu’une poignée de chansons à droite à gauche ; Helter Skelter, Drunken Sailors, 7 Minutes, où le groupe se prend pour Fugazi le temps de quelques stridences jouissives.

Certains s’étonneront que ces lignes ne mentionnent pas le tout premier mini-album, Où Veux-Tu Qu’Je R’garde ? (1987), où l’on trouve six chansons. C’est tout simplement parce qu’il ne mérite pas vraiment que l’on s’attarde sur son cas, il s’agit d’un album de jeunesse, une version boutonneuse des premiers « vrais » opus.

JPEG - 7.3 ko
Fais attention Bertrand, Jeffrey n’a pas l’air content que l’on copie et qu’on lui pique la gloire et les groupies.

Opus qui souffrent d’un petit souci qui s’ajoute aux autres ; cette très désagréable impression de pompage éhonté de l’œuvre de The Gun Club, au point que le chanteur Jeffrey Lee Pierce a fait le déplacement jusqu’à Bordeaux pour botter le train de Cantat ! Finalement, aidés par des renforts d’alcools non négligeables, les deux garçons se sont entendus et ont convenu que l’affaire n’était pas bien méchante. Ceci dit, on échange bien l’intégralité des trois premiers albums de Noir Désir contre Bad America, Sex Beat ou Give Up The Sun.

A suivre…



Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom