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Noir Désir : une certaine idée la France... Part II

Noir Désir : une certaine idée la France... Part II

par Thibault le 22 décembre 2009

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Pourtant, 666.667 Club… Oui… Il y a eu quelques évolutions, d’accord. Oui… Il y a moins de saturation, aussi. Oui… L’ensemble est plus aéré et moins pompé sur The Gun Club, soit. Mais le fond du problème reste le même : zéro chansons, zéro sons. Oh, allez… Ne soyons pas bégueules ! On gardera Fin de Siècle, et même Les Persiennes ! Un riff volé aux Doors (Peace Frog), Cantat qui arrive à crier distinctement, une première, une certaine mélodie, les agréables poussées au saxo, c’est du pas mauvais. Pour le reste… Bizarrement l’album est moins irritant que ses prédécesseurs, où la nuance était portée disparue. On n’ira pas jusqu’à dire que c’est subtil, mais ça mouline moins bruyamment dans le vide, en tout cas. Ceci dit, c’est toujours pantouflard de chez pantouflard, on attend qu’il se passe quelque chose, en vain.

La production, toujours signée Ted Niceley, est moins désastreuse que sur Tostaky mais elle reste un échec. Les 6-cordes crachotent avec peine, comme avant. Seuls les composants vitesse / saturation ont été revus à la baisse. Les deux guitaristes réussissent l’exploit de sonner pratiquement de la même manière en ayant changé de matériel ! Après des années sur Gibson la paire Teyssot-Gay / Cantat opte pour Fender. Le premier s’arme désormais une Strat’ et le second d’une… Telecaster… Soit l’outil avec lequel il est impraticable de faire des rythmiques musclées, à moins d’être une pointure au rack bizarroïde comme Tom Morello. Dommage pour un rhythm guitarist ! La batterie est sèche et plate comme une pile Duracell sans son Lapin et la basse n’a toujours ni épaisseur ni groove. On a la très désagréable impression que le tout a été mixé puis compressé outre mesure, comme si les chansons avaient subies un passage en streaming avant d’êtres pressées sur disque.

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« Hé les mecs, venez m’aidez, ma guitare elle fait des sons pourris ! »

Prayer For A Wanker, Comme Elle Vient et Lazy recyclent les mêmes sempiternels accords sans décoller. Un Jour en France récite sans honte la moitié des plans de Where Is My Mind, la réussite en moins, un solo scolaire en plus. A Ton Etoile, Ernestine, A La Longue et Septembre, En Attendant sont des ballades pas infâmes mais sans saveurs, la faute à un travail d’arrangements inexistant (trois notes de lead guitar qui se battent en duel sur A Ton Etoile, un demi violon bien tristounet sur Ernestine, nada pour les deux autres…). La voix de Cantat est très hésitante, fébrile même par moments. Il découvre que l’on peut aussi chanter, vocaliser, mais il a beaucoup de mal à mettre en pratique cette bonne volonté.

Les textes ? L’ensemble est dans la continuité de Tostaky, toujours aussi abscons et rachtèque, un rien plus écrit toutefois. Un peu moins de sentences, un peu plus de phrases. Néanmoins, globalement, c’est toujours la Bérézina. Avec un nouvel affluent qui vient s’ajouter : le commentaire social. Qu’avait-on fait pour mériter cela ? Le romantisme prêt-à-pleurer ne suffisait pas ? Il fallait qu’en gagnant en confiance et en assumant son succès le groupe se mette à causer politique…

Au bistrot comme toujours
Il y a les beaux discours
Au poteau les pourris, les corrompus aussi
Dents blanches et carnassiers
Mais à la première occasion
Chacun deviendrait le larron
De la foire au pognon oui qui se trame ici
Allez danse avec Johnny
 
Se rappellent de la France
Ont des réminiscences
De l’ordre, des jeux, d’l’essence
Quand on vivait mieux
Il y avait Paul et Mickey
On pouvait discuter mais c’est Mickey
Qui a gagné
D’accord, n’en parlons plus
 
Un autre jour en France
Des prières pour l’audience
Et quelques fascisants autour de 15 %
Charlie défends-moi !
C’est le temps des menaces
On n’a pas le choix pile en face
Et aujourd’hui je jure que rien n’se passe
Toujours un peu plus
 
F.N. Souffrance
Qu’on est bien en France
C’est l’heure de changer la monnaie
On devra encore imprimer le rêve de l’égalité
On n’devra jamais supprimer celui de la fraternité
Restent des pointillés... Yeah, yeah, yeah !

Il parait que le texte n’a « pas de prétention »… Ben tiens, il manquerait plus que ça ! Entendons nous bien, je n’ai rien contre le principe de la « chanson politique ». Je tartinerai volontiers des louanges, et des longues, sur A Hard Rain’s Gonna Fall ou sur Born in the USA si ce cher Duffman ne l’avait pas déjà fait avec brio ! Mais je suis rarement disposé à entendre les babillages d’un pilier de comptoir ou de n’importe quel individu qui se voit esprit éclairé mais qui ressasse des lieux communs plus vite que son ombre. Pas vous ? (Tiens, je viens de voir passer le fantôme de Jim Morrison qui psalmodiait « They got the guns… but we got the numbers »).

Cependant cette nouvelle marotte, la prise de position, ne déteint pas trop sur les textes de Cantat. Sur 666.667 Club on la perçoit nettement seulement sur trois titres, Un Jour en France, Fin de Siècle et L’Homme Pressé. C’est dans l’espace médiatique qu’elle prend toute sa dimension, le groupe multipliant les sorties, les soutiens, les déclarations… Bien sur, le problème n’est pas que le quatuor donne des concerts en faveur des sans-papiers, c’est tout à fait honorable. Mais l’affaire prend des proportions démesurées ; Cantat est invité à Sciences Po Bordeaux en 1999 pour participer à un débat ! L’auteur des belles lignes susmentionnées mis sur un pied d’égalité avec un conférencier ou un professeur spécialiste de la matière, avouez que ça fait désordre.

666.667 Club marque donc le triomphe de l’image sur le son. Les considérations extra-musicales, qui préoccupaient déjà davantage que la qualité des ritournelles, prennent une place encore plus importante, surtout avec l’arrivée du militantisme, nouvelle facette qui attire de nombreux nouveaux regards. Une image relayée par les clips qui montrent les bordelais tourner en dérision les modes contemporaines (les boys band, les pogs, les bonnes vieilles années 90, quoi !). Tout se focalise autour de l’importance qu’accorde le public à ces questions d’« intégrité », de « maturité », d’ « ouverture dans la continuité », d’« engagement »… Peu importe si les singles Un Jour en France et L’Homme Pressé sont creux et racoleurs, si le disque est mal produit et si les compositions sont sans intérêt. Le parcours et l’identité de Noir Désir servent de caution et sont mis en avant au point de faire disparaître presque toute considération sur la musique.



[1bon album de Bashung

Vos commentaires

  • Le 21 octobre 2011 à 16:54, par Raillous En réponse à : Noir Désir : une certaine idée la France... Part II

    En tant qu’inconditionnel du groupe, si je ne suis pas d’accord avec la plupart des idées de ce papier, je me suis bien bidonné en le lisant ! Un peu comme une parodie de ce qu’un indécrotable adule, ça désaltère, ça fait réfléchir et prendre conscience de traits invisibles à l’oeil dévoué. Mais sensations et vibrations restent indépendantes de l’esprit critique, et noir desir, c’est fort de marc de café ! Si je suis fan de ton article, t’es discrédité ?!
  • Le 22 octobre 2011 à 01:40, par Thibault En réponse à : Noir Désir : une certaine idée la France... Part II

    Ha, une réaction comme celle ci me fait drôlement plaisir ! Ça change agréablement des « t’es rien qu’un méchant aigri, jaloux, sexuellement frustré, fasciste de merde, etc » que je me suis trimbalé un peu partout. Si cet article a pu faire passer un bon moment à un fan tout en lui montrant un autre point de vue, je suis ravi, c’est bien la meilleure chose qui pouvait arriver.

    Donc merci à toi pour ce commentaire qui me fait vraiment plaisir !

  • Le 22 octobre 2011 à 17:21, par Raillous En réponse à : Noir Désir : une certaine idée la France... Part II

    Plaisir partagé ! En m’étant balladé sur le site, il me semble tous autant que vous êtes que c’est la simplicité que vous fuyez comme la peste, un peu comme un sommelier qui ne pourrait plus boire de « père la grolle » à force de découvrir de nouveaux breuvages, plus riches, plus complexes. Et bien moi, le « père la grolle » il ne me demande pas de grosses connaissances pour l’apprécier à sa juste valeur, il est facile d’accès, il m’ennivre à peu de frais, il est amical et pêchu. La spécialisation rend forcement sévère, tout comme la connaissance vague plus facilement indulgent et enthousiaste ; ainsi tous à nos différents niveaux d’oenologie, on sait trouver nos pépites. Alors buvons !
  • Le 10 mars 2012 à 02:41, par x En réponse à : Noir Désir : une certaine idée la France... Part II

    Je suis fan de nd et je me suis bien marré aussi.

    Pourquoi ne pas te servir de ton énergie pour mettre en pratique tes idées esthétiques et morales plutôt que commenter ? (je dis ça sans animosité, c’est dommage peut-être de se borner à cela).

    Salutations.

  • Le 30 avril 2017 à 14:06, par Chris En réponse à : Noir Désir : une certaine idée la France... Part II

    Bonjour Je decouvre cet article sur le tard car nous ne sommes visiblement pas tres nombreux a avoir reconnu ici peace frog (?). Cependant je ne comprends pas bien le principe de subir un album entier plusieurs fois juste pour en ecrire une critique parce que malgré ces 20 dernières années j apprecie toujours autant mon cher 666....aussi pauvre soit il au niceau des tablatures. Il reflète une époque, une énergie, une jeunesse quoi.... Tout de bon si vous lisez encore blog

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