Portraits
Noir Désir : une certaine idée la France... Part II

Noir Désir : une certaine idée la France... Part II

par Thibault le 22 décembre 2009

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Musicalement cette évolution se traduit par l’emprunt de nouvelles voies, par des collaborations et des projets. Cantat participe aux enregistrements d’Akosh S, notamment à celui d’Élettér (1999), album concept bien tordu (au menu : terres anciennes, voyage intérieur, Europe Centrale, jazz, etc. la routine.) dont on recommande quelques extraits, comme le très bon Földeken (Lungoj Drom) I. Bon, le job du Bertrand se résume à quelques chevrotements sporadiques (que l’on peut confondre avec des grincements désaccordés de violon si l’on ne fait pas attention) et à deux tablas secouées, de loin, dans un recoin du fond de la salle, mais il participe, il est content le petit. En revanche ses deux apparitions avec Sixteen Horsepower sont d’un tout autre tonneau. Ami avec le chanteur David Eugene Edwards, il rejoint ce dernier sur scène le temps d’une très bonne reprise du Gun Club, Fire Spirit, et offre surtout une relecture de The Partisan de Leonard Cohen absolument merveilleuse. On ne saurait décrire ce chef d’œuvre, il est à écouter de toute urgence. Dernière « rareté » à signaler, une assez bonne collaboration avec Bashung pour une nouvelle version électrique de Volontaire, extrait de Play Blessures.

De son côté Serge Teyssot-Gay penche du côté de la « musique » bruitiste. Pour des raisons incompréhensibles l’homme se passionne pour les albums solos de Lee Ranaldo (oui, ceux là, les pires), pour Shellac, pour Jesus Lizard… Une fixation qui accouche de deux albums solos royalement plantés. Silence Radio, sorti peu avant 666.667 Club, montre le guitariste en train de mélanger « abstractions guitaristiques », machines et spoken words dans un foutoir très ennuyeux. Quant à On Croit Qu’On En Est Sorti (2000)… Quelle merde ! Ah ! Pardon famille tout ça, mais quelle merde ! Le concept ? Prendre des extraits du livre La Peau et les Os, récit très cru et très critique des camps de la seconde guerre mondiale par Georges Hyvernaud, et les adapter « musicalement ». Sergio pioche dans le bouquin des passages qui le branchent, et les déclame sur un tissu de collages, boucles, bidouillages à l’harmonium, à la guitare, au violoncelle, aux claviers… L’idée est de rendre sonore la déshumanisation… C’est raté de bout en bout, il y a quelques idées de ci de là qui montrent que le bonhomme n’est pas un incapable complet, mais c’était une énorme erreur de vouloir tout faire tout seul quand on est simple guitariste de rock.

Toujours au rayon « grandes découvertes », en 1998 le groupe reçoit dans sa boite aux lettres une cassette en provenance de Belgrade, sur laquelle est enregistré un remix (tout pourri, soit dit en passant) de Septembre en Attendant, concocté par un illustre inconnu nommé Andrej. Paf, encore une révélation ! Décidément, que d’émerveillement en cette seconde moitié de décennie. On peut donc avoir plusieurs visions du même morceau ? Oh la la, que d’émotions, mais c’est incroyable, ça. Du coup les bordelais mettent leur répertoire à la disposition de qui veut bien le remixer. Le groupe reçoit une brouette d’enregistrements et finalement publie ceux qui lui plaisent le plus sur une compilation appelée One Trip / One Noise (1998).

Le résultat est globalement très médiocre. Les riffs et parties de chant sont découpés et recollés à la presse hydraulique sur un tapis de drum’n’bass distordu et de synthés qui distillent des ambiances comme le feraient des sirènes de pompier passées en sourdine et filtrées. L’électro dans l’une de ses mauvaises veines, celle écoutée par les dreadeux qui veulent tripper et planer le samedi soir. Il y a aussi quelques relectures plus biaisées. Lolita Nie En Bloc devient un air de valse, vain mais amusant. Dans le même registre Yann Tiersen s’empare d’A Ton Etoile, la débarrasse de son enveloppe rock pour l’habiller de violons et violoncelles plan-plan. Le résultat est à fuir, mais on ne peut que remercier le breton pour son travail, qui est la preuve par a + b de la FMisation (rien à voir avec DSK) du son de Noir Désir. Deux bricoles pas inintéressantes : les nouvelles versions de Fin de Siècle et d’Oublié. La première est assez efficace, dynamique quoique parasitée par des effets flashs creux. Quant à Oublié, ce qui était à l’origine une sorte de blues noisy pataud est d’un coup relooké John Barry pétaradant ! Fun et bien tourné, le titre est de loin le plus singulier et le plus réussit de la compilation. Noir Désir trouve dans ce recueil une grande source d’inspiration. Par exemple le remix de la chanson One Trip One Noise contient une ligne de basse que le groupe déformera pour en faire le socle de la nouvelle version du titre lors de la tournée de 2002.

One Trip / One Noise, un album de remix… Sorti à la fin de 1998, soit en pleine déferlante French Touch. Question : quoi de plus in que de publier une telle compilation à cette époque ? La tendance, toujours, la tendance ! Je sais, je radote, mais j’imagine qu’une partie de mon lectorat regarde d’un drôle d’œil mes gesticulations et « théories » louches, en maugréant « c’est quoi ces analyses capillotractées à deux ronds et cette prise de chou permanente ? ». Croyez bien que tout cela n’est pas gratuit, et One Trip / One Noise est la preuve la plus irréfutable de cette réalité chez Noir Désir ; le groupe, en apparence détaché de tout et replié sur lui-même, autarcique, a toujours collé aux vagues de son temps…

« Hé les mecs, venez m'aidez, ma guitare elle fait des sons pourris ! (...)


[1bon album de Bashung

Vos commentaires

  • Le 21 octobre 2011 à 16:54, par Raillous En réponse à : Noir Désir : une certaine idée la France... Part II

    En tant qu’inconditionnel du groupe, si je ne suis pas d’accord avec la plupart des idées de ce papier, je me suis bien bidonné en le lisant ! Un peu comme une parodie de ce qu’un indécrotable adule, ça désaltère, ça fait réfléchir et prendre conscience de traits invisibles à l’oeil dévoué. Mais sensations et vibrations restent indépendantes de l’esprit critique, et noir desir, c’est fort de marc de café ! Si je suis fan de ton article, t’es discrédité ?!
  • Le 22 octobre 2011 à 01:40, par Thibault En réponse à : Noir Désir : une certaine idée la France... Part II

    Ha, une réaction comme celle ci me fait drôlement plaisir ! Ça change agréablement des « t’es rien qu’un méchant aigri, jaloux, sexuellement frustré, fasciste de merde, etc » que je me suis trimbalé un peu partout. Si cet article a pu faire passer un bon moment à un fan tout en lui montrant un autre point de vue, je suis ravi, c’est bien la meilleure chose qui pouvait arriver.

    Donc merci à toi pour ce commentaire qui me fait vraiment plaisir !

  • Le 22 octobre 2011 à 17:21, par Raillous En réponse à : Noir Désir : une certaine idée la France... Part II

    Plaisir partagé ! En m’étant balladé sur le site, il me semble tous autant que vous êtes que c’est la simplicité que vous fuyez comme la peste, un peu comme un sommelier qui ne pourrait plus boire de « père la grolle » à force de découvrir de nouveaux breuvages, plus riches, plus complexes. Et bien moi, le « père la grolle » il ne me demande pas de grosses connaissances pour l’apprécier à sa juste valeur, il est facile d’accès, il m’ennivre à peu de frais, il est amical et pêchu. La spécialisation rend forcement sévère, tout comme la connaissance vague plus facilement indulgent et enthousiaste ; ainsi tous à nos différents niveaux d’oenologie, on sait trouver nos pépites. Alors buvons !
  • Le 10 mars 2012 à 02:41, par x En réponse à : Noir Désir : une certaine idée la France... Part II

    Je suis fan de nd et je me suis bien marré aussi.

    Pourquoi ne pas te servir de ton énergie pour mettre en pratique tes idées esthétiques et morales plutôt que commenter ? (je dis ça sans animosité, c’est dommage peut-être de se borner à cela).

    Salutations.

  • Le 30 avril 2017 à 14:06, par Chris En réponse à : Noir Désir : une certaine idée la France... Part II

    Bonjour Je decouvre cet article sur le tard car nous ne sommes visiblement pas tres nombreux a avoir reconnu ici peace frog (?). Cependant je ne comprends pas bien le principe de subir un album entier plusieurs fois juste pour en ecrire une critique parce que malgré ces 20 dernières années j apprecie toujours autant mon cher 666....aussi pauvre soit il au niceau des tablatures. Il reflète une époque, une énergie, une jeunesse quoi.... Tout de bon si vous lisez encore blog

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