Portraits
Our Desert Home... Sons of Kyuss

Our Desert Home... Sons of Kyuss

par Thibault le 14 décembre 2010

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Tout de même, quelle ironie… A l’heure où ne sont mis en avant presque que des rockeux adulescents, 100% urbains, cintrés-méchés-plastifiés à s’en faire péter les coutures, que l’on tente péniblement de réunir les groupes qu’ils (dé)forment en des mouvements qui avortent presque aussitôt, faute de complicité et de continuité, sinon capillaire, dans le temps, c’est au plus profond de l’Amérique profonde, aux confins du désert californien, dans une faille spatio-temporelle où il n’y a que « biture, baston et ennui », qu’est arrivée à maturité une véritable scène, avec tout ce que cela induit entre les formations qu’elle rassemble ; amitiés de longue date, nombreuses collaborations, travail à long terme, saine émulation, concerts et tournées en commun… Tout cela depuis Palm Desert, CA. Un peu comme si, chez nous, l’un des meilleurs échappatoires au Gibus avait poussé au milieu des champs de betterave du Berry. Vous imaginez le truc… Voilà qui ressemble méchamment à une intervention directe de ce farceur de Dieu, qui voulait surement rétablir l’équilibre. Na !

Car le pedigree de la faune du terroir local n’est pas exactement le même que des clo(w)nes TheKooplesques. Il s’agit des survivants des generator parties 90’s, ces concerts nocturnes improvisés à l’aide de groupe électrogènes, perdus en plein nulle part au milieu du sable et des rochers, où quelques freaks accordés en do assommaient de leur musique des rejetons de rednecks, tous plus beurrés les uns que les autres, du genre à flirter avec le quintal à dix huit printemps et à passer le plus clair de leur temps à se rentrer dans la couenne. Seuls les plus forts et les plus intelligents sortent indemnes de cet environnement darwinien ; rien d’étonnant si c’est la progéniture du leader maximo Kyuss qui se taille la part du lion. La trinité Josh Homme (guitariste) – Chris Goss (producteur) – John Garcia (chanteur) et les groupes dont ils sont désormais les leaders respectifs dominent de la tête et des épaules un vivier grouillant de groupes et de sons qui ne cessent de se mêler et s’entreinfluencer, surtout.

Preuve en sont les Desert Sessions, grands rassemblements de gros bonnets et d’hommes de main sous la direction du Godfather bicéphale Goss – Homme, aka Fififf Teeners. Ces studieuses sauteries au Rancho De La Luna (Joshua Tree, CA) sont placées sous le signe de l’amusement et de l’excellence ; elles sont le reflet même de la conception des choses d’Homme : « Beaucoup de travail et une énorme dose de délire ». Une formule qui résume à merveille Palm Desert. Durant ces Desert Sessions, les idées fusent, aussitôt mises sur bande et souvent reprises par la suite. Quelques grands morceaux des Queens of the Stone Age (In My Head, Millionaire, Hangin’ Tree) sont des relectures a posteriori de titres conçus lors de ces fêtes, qui sont avant tout l’occasion de retrouvailles détendues entre amis.

Car si Hermano évolue un peu en marge, autour de la paire Goss - Homme gravitent de nombreux fantômes, alternant entre premier plan et arrière plan, jamais là pour de bon mais jamais absent pour autant, qui tiennent la guitare ou la basse sur un titre, jouent des percussions sur un autre, aident à mixer telle chanson ou participent aux tournées en tant que musiciens supplémentaires. La liste est longue et permet difficilement l’exhaustivité, retenons donc les plus importants. En premier lieu, Ze Man, le seul, l’unique, Alain, être inestimable pour lequel nous avons déjà déclaré notre amour en ces lieux. Mais il ne faudrait pas que l’éblouissant charisme de notre Alain adoré fasse de l’ombre aux moins chanceux - il leur fait de l’ombre, bien sur, mais tâchons de rétablir l’équilibre en offrant leurs quarts d’heure de gloire à ces anonymes.

JPEG - 74.4 ko
Barresi et Van Leeuwen écoutent Alain.

Il y a donc le vieux loup grognard Mark Lanegan, l’adorable Jesse Hughes avec sa moustache, ses lunettes et ses Eagles of Death Metal, le mutique Troy « t’es-certain-que-ma-cravate-est-bien-repassée ? » Van Leeuwen, Joey Castillo, Dave Catching, Hutch, Joe Barresi, ainsi que la regrettée Natasha Shneider, femme d’Alain de son vivant, la veinarde.

Citons pour la forme les pas-désagréables-mais-pas-plus seconds couteaux Brant Bjork, Spinnerette, Nebula, Fu Manchu, Yawning Man, sans oublier le déchu Nick Oliveri, qui peine à produire plus de deux bonnes chansons depuis son bannissement par Homme courant 2003 pour violences conjugales. Autant de personnages qui font d’incessants allers et retours entre différents groupes, et ceci dans le plus grand naturel. Vous ne trouvez pas Joey Castillo derrière la batterie des QOTSA ? C’est qu’il doit être en tournée avec les Eagles of Death Metal. Tiens, Johannes n’échange plus ses instruments sur scène avec Van Leeuwen ? Vous le trouverez en train de jouer de la guitare aux côtés de Dave Grohl chez les Vultures. Quant à Mark Lanegan, c’est simple, vous ouvrez un placard chez n’importe qui et le trouvez en train de ronger un os. Finalement, tous ces musiciens entretiennent entre eux des rapports identiques à ceux des jazzmen qui allaient et venaient d’enregistrement en concert comme bon leur semblait - avec Homme dans le rôle de Miles, évidemment. [1]

The Desert Sessions : toute la famille est là !

Une ramification ultra tortueuse qui n’en finit jamais et s’étend même vers un cercle plus large puisque PJ Harvey et les Arctic Monkeys se sont laissés séduire par un séjour le temps de l’enregistrement des Volume 9 & 10 (2003) des Desert Sessions et d’Humbung (2009). Le génial Mike Patton était également pressenti mais n’est finalement pas venu ; il ne supporte pas le désert… à côté de quelle déflagration sommes nous passés, je vous le demande ? Josh Homme s’est également acoquiné avec Mastodon, Julian Casablancas et surtout avec Dave Grohl, qui a repris sa batterie le temps du colossal Songs For The Deaf (2002) et qui vient de pousser le rouquin dans les bras de John Paul Jones pour former le trio Them Crooked Vultures. Trio dans lequel aurait pu figurer... Paul Mc Cartney. Oui, Sir Paul a bel et bien tenté de participer à l’aventure, avant de renoncer en apprenant que John Paul Jones était déjà en lice. Ce qui est au final un choix probablement plus judicieux (vous imaginez Macca jouer de cet engin ???) mais tout de même, quelle consécration pour Homme et sa musique !

Au fait, quelle musique joue-t-on en ces lieux ? Si les groupes du crû ont des orientations différentes, ils partagent, outre les va et viens de leurs membres, un goût prononcé pour les séances de jam, les sons lourds et musclés, le blues « déclaptonisé », dixit Homme, les arrangements chiadés, le psychédélisme déréférencé et le produit fini pop impeccable-sans-un-poil-qui-dépasse. D’où l’élément qui différencie le haut du bas du panier : une aspiration mélodique rare. Si Chris Goss a emprunté son nom de groupe à un album de Black Sabbath, il ne peut s’empêcher de citer les Beatles à chaque fin de phrase. Josh Homme est un crooner à la voix haute que l’on l’imagine très bien faire des disques de cocktail salaces en compagnie de Patton ou chanter du Elvis, dont il est presque le sosie. Dans les notes de pochette de Rated R (2000), le rouquin remercie même Björk pour lui avoir inspiré les chœurs de Better Living Through Chemistry, la classe. Quant à John Garcia, il n’a de cesse de répéter qu’un « Un son si lourd peut être joli également. […] C’est la musique que je me suis efforcé de jouer tout au long de ma vie ».

Ces musiciens partagent aussi le sentiment d’être sur la même voie, ils revendiquent un état d’esprit, une certaine vision du rock, libératrice mais surtout EXIGEANTE. C’est ce qui fait que ces gens là sont davantage que de talentueux fils de redneck, ils ont une ambition, celle de faire des œuvres qui boxent dans les catégories les plus prestigieuses, qui durent et concilient déconne et consistance. Josh Homme : « J’ai la volonté de produire des disques qui, comme certains longs métrages, font date. Comme le bon cinéma, le rock ne tolère pas de faux semblants ». Ainsi cette sorte de geyser à l’écart bouillonne continuellement pour exploser de temps à autre ; le Léviathan remonte à la surface, donne un grand coup de queue dans la gueule de tout le monde puis redescend dans les profondeurs. Quelques albums sortent du lot : Deep in a Hole (2001) et Pine/Cross Dover (2009) des Masters of Reality, Field Songs (2001) et Bubblegum (2004) de Mark Lanegan, tout ce qu’ont fait les Queens of the Stone Age, les Volumes 9 & 10 (2003) des Desert Sessions, …Into The Exam Room (2007) d’Hermano et le premier Them Crooked Vultures, qui promettent de remettre ça au plus vite.

En 1997 a été enregistré un incroyable son d’une fréquence ultra basse aux alentours du point Némo, le pôle maritime d’inaccessibilité (l’endroit le plus éloigné de toute terre), en plein Océan Pacifique Sud. L’origine de la chose, que l’on appelle le « Bloop », reste encore inconnue et inexplicable. Les scientifiques estiment que si le son provient d’une créature vivante, celle-ci serait d’une taille gigantesque, encore plus massive que celle d’une baleine bleue. Dans la mythologie de Lovecraft, le point Némo est juste à côté de R’lyeh, demeure de Chtulu, le plus redoutable monstre que la Terre ait connu, heureusement hors d’état de nuire. Du coup certains geeks s’amusent à penser que le Bloop ne serait qu’une sommation de la Bête avant son retour. Mais tout ça, c’est du flan, bien évidemment. La véritable explication, la seule, c’est que Josh Homme était en train d’accorder son Ovation GP un ton plus bas que de coutume.



[1Non, j’en fais pas trop. Pas du tout.

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom


Queens Of The Stone Age

Portrait Disques Chroniqués
Songs For The Deaf Songs For The Deaf

par Lazley


5

Era Vulgaris Era Vulgaris

par Lazley


4

Rated R Rated R

par Aurélien Noyer


4,5

20 incontournables des années 2000 20 incontournables des années 2000

par Oh ! Deborah, Aurélien Noyer, Brice Tollemer, Emmanuel Chirache, Yuri-G


5


...Like Clockwork ...Like Clockwork

par Aurélien Noyer, Thibault


5

Voir la fiche de Queens Of The Stone Age

Them Crooked Vultures

Portrait
Dave Grohl Dave Grohl

par Brice Tollemer

Disques Chroniqués
Them Crooked Vultures Them Crooked Vultures

par Emmanuel Chirache


4,5

20 incontournables des années 2000 20 incontournables des années 2000

par Aurélien Noyer, Emmanuel Chirache, Thibault


5

Voir la fiche de Them Crooked Vultures