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Peter Hook revient sur Joy Division

Peter Hook revient sur Joy Division

Interview

par Oh ! Deborah le 12 octobre 2011

En 2010, Monsieur Hook décida de faire une tournée en hommage à Ian Curtis, jouant ainsi, chaque soir, l’intégralité d’Unknown Pleasures. Prolongation en 2011 pour une autre série de dates. Cette tournée nous permet de ne parler quasiment que de Joy Division impunément (profitons-en), c’est-à-dire d’un groupe, qui, malgré son passage éclair sur la surface terrestre, surprend toujours plus de gens, obsédés par l’étrange unité et la singularité vertigineuse de deux uniques albums. Fidèle à lui-même, c’est un bassiste (et maintenant chanteur) agité, drôle, ému, fier et bavard que nous rencontrons. Il évoque également ses récentes activités et explique le pourquoi de sa tournée nommée simplement « Peter Hook plays Joy Division ».

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IR : Que penses-tu des deux films qui retracent l’histoire de Joy Division, Control et 24 Hour Party People ? Lequel est le plus proche de la réalité ?

PH : Aucun des deux n’est proche de la réalité, pour être honnête. Tout le monde a une idée différente de la vérité et c’est difficile d’en choisir une. Tout le monde a une version de sa propre vie. 24 Hours Party People était une comédie, Michael Winterbottom avait une vision globale du label Factory. Son idée était de prendre des anecdotes, de faire quatre histoires, qui, rassemblées, formait une seule histoire géniale, donc c’est forcément exagéré. Control a été l’opposé. Anton Corbijn nous connaissait bien, il a passé beaucoup de temps avec nous et connaissait les personnages donc il a monté des faits réels. Quand je vois Control, ça me rappelle moi même, dans le bon coté comme dans le mauvais... Pour moi, Control est plus réaliste que 24h Party People. Mais ce dernier reste un bon film, et il est très drôle !

IR : Tu parlais toute à l’heure de ton nouveau club à Manchester...

PH : Oui, il est dans l’ancien bureau du label Factory !

IR : Tu veux en faire une nouvelle Haçienda ?

PH : Non, ce n’est pas comme l’Haçienda. C’est plus petit et c’est mieux puisque ça ne fait pas perdre d’argent cette fois ci ! En fait, j’ai un ami qui possède 20 clubs, il est amateur de musique indé, du label Factory et de New Order. Il a un jour appris que l’ancien batiment de la Factory allait être fermé, reconstruit et mis en vente sur le marché. Alors il m’a dit « sauvons le et ouvrons un club ». J’ai dis ok. Il y a eu bien sûr quelques critiques sur internet (tapotant nerveusement sur la table) mais je pense qu’on a sauvé un lieu historique, un point de repère à Manchester, de la même façon qu’il y a un nouveau lieu pour la Haçienda (le lieu d’origine étant devenu un parking). Ce n’est pas l’idéal mais c’est mieux que rien, les gens passent à Manchester et se disent, « tiens, il y a toujours une Haçienda et l’ancien bureau de la Factory ». Ils y vont pour boire et s’amuser, pour moi, c’est très important. Je pense que l’histoire musicale de Manchester, avec ses anciens groupes, The Stone Roses, Happy Mondays, Joy Division, New Order, The Smiths... ne peut être éclipsée par la nouvelle génération, même si elle essaie. Les nouveaux se disent que l’ancienne scène est à mettre aux oubliettes, mais ils sont moins bons. The Ting Tings, ils ont peut-être du succès mais ils ne sont pas aussi bons que les Smiths ou New Order, si ?!. Même Oasis, qui est un très bon groupe, n’a pas pu nous éclipser ! Certaines personnes pensent qu’il ne faut pas se tourner vers le passé, mais je préfère m’en servir pour envisager le futur.

IR : Et quels sont tes groupes préférés aujourd’hui ?

PH : J’aime toujours la dance music, mais j’aime quand même certains groupes de Manchester tels que Everything Everything, The Hurts, I am Kloot, qui sont supers. Il y a beaucoup de nouveaux groupes, Manchester tourne bien, je ne sais pas pourquoi mais on est très chanceux. Je suis très content et ça me raccroche vraiment à quelque chose. Le constance musicale de cette ville est remarquable et très intéressante car à Liverpool, qui est juste à coté, ils essaient aussi mais n’arrivent pas à maintenir une scène. Ils ont plein de studios mais on voit peu d’albums en sortir. Pourtant, ils cherchent toujours à monopoliser la musique anglaise voire mondiale, donc c’est bizarre.

IR : Pendant la tournée, un film était diffusé avant chaque concert, de quoi s’agit-il ?

PH : C’est un petit montage d’images rares ou populaires de Joy Division et de New Order, qui permet d’illustrer ma vie et ma carrière en Angleterre. C’est un moyen pour moi de livrer des pensées et d’inspirer de nouvelles questions. Certains aiment bien, d’autres détestent...Mais ça suscite des réactions. L’idée de ce petit film vient aussi de notre inquiétude à rejouer sur scène, cela permet d’introduire les concerts sans avoir à penser à la gestion des premières parties, au remplacement de l’équipement etc. Quoique, parfois, on a quatre premières parties, parfois on en a pas.

IR : Tu trouves le temps de mixer dans tout ça ?

PH : Oui, le travail de DJ est excellent. D’ailleurs je n’ai fait que ça pendant cinq ans avant cette dernière tournée. J’ai adoré faire ça, partout dans le monde. Les grands DJ méritent d’être reconnus, après tout. Les gens ignorent grâce à qui ils passent de supers soirées, ils changent d’attitude selon que tu sois dans un groupe ou que tu mixes. Un DJ doit faire beaucoup plus d’efforts pour qu’on le remarque, ça n’a pas vraiment de sens. Mais jouer et mixer sont des activités complètement différentes et ça ne doit pas attirer le même public de toutes façons. Je n’aurais jamais imaginé consacrer une tournée d’un an à Unknown Pleasures. C’était génial de voir tous ces gens à travers le monde, Etats Unis, Italie, Espagne, Australie, Nouvelle Zélande, Brésil, Japon... L’année prochaine, je jouerai Closer.



Vos commentaires

  • Le 12 octobre 2011 à 21:23, par Thibault En réponse à : Peter Hook revient sur Joy Division

    Très bonne interview, du joli travail Deb’ ! J’aime bien le passage où il raconte l’importance de Curtis, le recul et le coup d’oreille qu’il offrait au groupe, ça change de l’image du mec torturé et autiste, c’est agréable.

    A côté de ça, Hook a l’air d’avoir de la maturité et du recul sur ce qu’il a fait, et en même temps, il se prend pas pour de la merde. Il a une très haute opinion de sa génération, et sa petite phrase sur les Cure, c’est quand même assez fort de café.

  • Le 13 octobre 2011 à 14:44, par Oh ! Deborah En réponse à : Peter Hook revient sur Joy Division

    C’est cool que ça vous plaise, je suis très contente d’avoir eu cette opportunité ! Hook est le plus « lad » et le plus « rentre-dedans » parmi les membres de New Order, il en rajoute un peu parfois, mais l’échange a vraiment été sympa. Il a beaucoup d’estime pour sa génération mais je suis d’accord avec lui.

    Pour les Cure, héhé.. Dois-je vraiment rappeler ce petit plagiat :) :
    The Cure (1987) : http://www.youtube.com/watch?v=ZpWK...
    NO (1989) : http://www.youtube.com/watch?v=2Yve...

    A croire que New Order l’avait fait exprès, compte tenu des tensions à l’époque. Je pense que les deux groupes se sont marchés un peu dessus mais ils restent dissociables à tous les niveaux pour moi.

  • Le 13 octobre 2011 à 16:28, par Parano En réponse à : Peter Hook revient sur Joy Division

    Dissociables notamment en terme de notoriété. A l’époque, New Order c’était pipi de chat face aux Cure.
  • Le 14 octobre 2011 à 10:29, par Prof En réponse à : Peter Hook revient sur Joy Division

    En parlant The Cure et de plagiat :

    Felt (1984) : http://www.youtube.com/watch?v=jJUZ...
    voir même
    Wire (1977) : http://www.youtube.com/watch?v=6nE8...

  • Le 14 octobre 2011 à 12:59, par Oh ! Deborah En réponse à : Peter Hook revient sur Joy Division

    En terme de notoriété, globalement, les Cure ont eu plus de succès à travers le monde, mais en terme de singles sur le sol anglais, New Order (groupes à singles) est susceptible d’avoir rafler la mise. Même certains singles mêlant le fabuleux et le grotesque oui, c’est un peu le principe chez eux !

    Prof, merci pour m’avoir rappelée cette sublime chanson de Felt, j’avais repéré la similitude du début avec Just Like Heaven mais je m’en souvenais plus. Par contre, j’avais jamais fait le lien avec celle de Wire mais ça me prouve encore que Wire est la source de toutes choses :) D’ailleurs ces premiers accords là avec ce son là ne sont pas imaginables avant Wire. Par contre après et aujourd’hui, ça parait logique et actuel.

  • Le 22 octobre 2011 à 20:52, par Deborah En réponse à : Peter Hook revient sur Joy Division

    Hé nan, complet rapidement et puis sans Hooky, bof... Il n’est pas content parait-il. J’avoue que c’est pas très sympa de continuer sous le nom de New Order sans lui, notamment quand on pense au pacte qu’ils ont fait depuis leurs débuts (ils avaient dit qu’ils changeraient de nom si un membre de Joy Division quittait le groupe et ont donc appliqué le truc).
  • Le 1er novembre 2011 à 21:00, par Oh ! Deborah En réponse à : Peter Hook revient sur Joy Division

    Les motivations de Peter Hook pour la tournée JD me semblent correctes, même si l’aspect pécunier rentre forcément en ligne de compte chez tous les groupes, surtout chez les vieux. Ca me parait logique. Généralement, je suis pas spécialement attirée par les reformations ou les concerts de groupes en fin de carrière. Mieux vaut ne pas s’attendre à revivre ou à toucher quoi que ce soit de ce qu’une période, un contexte ou un mouvement éphémère a pu offrir. Souvent, ils sont rodés ou fatigués (« l’ennui athlétique » ? même si je comprends pas cette expression), à part quelques exceptions comme Iggy (mais sans son éternelle énergie et sympathie, quel interêt de voir les mecs des Stooges aujourd’hui ? C’est limite devenu des étrangers), Iggy, j’aimerais bien le voir en solo. Les Cure, j’en parle pas, je ne les ai jamais vus. Quel interêt de dépenser au moins 50euros pour écouter des anciens titres à Bercy que j’apprécie mieux dans ma chambre, altérés aujourd’hui par l’expérience d’un groupe, ses compléments sonores, sa perfection, etc ? Ca ne représente rien.
    Cela dit, si on m’offre une place pour aller les voir rejouer Three Imaginary Boys, Seventeen Seconds et Faith, comme c’est le cas à NY le 25 novembre prochain, je vais pas chipoter non plus :)

    J’avoue aussi qu’il y a des groupes en fin de vie que j’adore encore voir sur scène, je suis forcée de constater que ce sont ceux qui n’ont jamais changé, et qui ont juste fait leur truc, comme The Fall ou TV Personalities.

    Dans le cas de New Order, quand bien même j’adore certaines chansons, ça m’enthousiasme pas particulièrement de les voir aujourd’hui, même si c’est toujours sympa et festif, donc je comprends tes impressions mitigées face au concert que t’as vu. Et si je devais y aller, ce serait pour tout, sauf pour voir l’obligatoire Love Will Tear Us Apart. Au final JD et NO sont différents sur bien des plans, on va pas les écouter pour les mêmes raisons.
    Dans le cas de Hooky, c’est encore différent, y’a plus de chanteur, je connaissais pas les membres du groupe. Il avait dit qu’il restait fidèle aux versions de l’époque (sans me faire trop d’illusions) et puis j’étais pressée de l’interviewer. La première moitié du concert était moyenne, on était loin de la magie et de la dynamique de Joy Division (ce fameux truc apathique comme tu dis, à la fois mort et extrêmement vivant, percutant) mais progressivement, une énergie sincère et proche de JD s’est développée dans une salle tout à fait adéquate (y compris l’extérieur de l’Aeronef de Lille, un brin indus) et le public, super.
    Mais bon, je considère que le passé reste là où il est.

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