Portraits
Pin Up Went Down

Pin Up Went Down

« De la violence, du pistou et de la gouaille ! »

par Thibault le 29 octobre 2012

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(Article sponsorisé par l’amicale des superlatifs énamourés)

Pin Up Went Down est un groupe qui défie l’entendement. Ces gens viennent de Rouen et de Vesoul, jouent une musique magnifique et rentre dedans, « belle et terrible à la fois », comme dirait Hubert Bonisseur de la Bath. A ce jour, deux excellents disques sont disponibles et un troisième se profile timidement au gré des quelques informations que le trio lâche sur Facebook. Soutenons donc leurs efforts : chers musiciens de PUWD, sachez qu’il y a au moins un rédacteur de webzine qui atteint votre proche album avec la plus grande impatience, et qu’il espère entraîner tout le monde avec lui !

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Pin Up Went Down est né de la rencontre de deux musiciens bien rôdés, Alexis Damien et Asphodel. Tous deux ont joué dans différents groupes avant de se retrouver, rassemblés par une envie de créer en toute liberté. En effet, à la source de PUWD, il y a une certaine frustration vis-à-vis de la musique d’aujourd’hui. Erudits, le multi-instrumentiste (batteur, bassiste, guitariste, chanteur, ingénieur, producteur, pour un extra il vous fait la même la plomberie et l’électricité) et la chanteuse veulent jouer une musique décloisonnée, qui se veut avant tout puissante. Or, la puissance, c’est le jardin du metal et la paire est assez critique vis-à-vis de cette scène : « en réalité, raconte Alexis, je suis souvent frustré quand j’écoute du metal extrême, ça manque souvent de mélodie et ça mise toute l’énergie sur la dynamique, les effets rythmiques, la cohésion grosse-caisse-mute de guitares, et un chant hyper agressif. Mais le problème, c’est que beaucoup de groupes se ressemblent... c’est finalement très conformiste. »

De son côté Asphodel n’aime pas la place qu’accorde le genre aux femmes : « alors je fais, quoi, moi, perdue au milieu de cette idée de bas-étage qui dit que le metal à chant féminin, c’est une gonzesse avec un corset habillée en Grüß Gogoth qui miaule du lyrique et qui fait juste des ah et des oh sur des textes qui pleurent la mélancolie triste de l’amour perdu dans les montagnes russes et que je vais mourir quand toi tu as mouru, et que mon sang d’amour qui pénètre mes veines et qui se mire dans le reflet de la lune morte en plein jour – parce qu’il faut des contrastes. Merde. Quoi. Faut pas déconner. » Pour le duo (auquel s’est ajouté entre temps le frère d’Alexis, Damien) le bon metal est à chercher du côté de Metallica, bien entendu, mais aussi d’Opeth, des Deftones et surtout de Devin Townsend. Elément fondamental du son de PUWD, le metal n’est néanmoins qu’une seule partie de l’ensemble. Au fond, l’idée d’Alexis est de « mélanger mélodie et la brutalité à la manière de Devin Townsend et explorer d’autres horizons musicaux comme Faith No More »

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L’homme aurait voulu que je lui paie des pintes qu’il n’aurait pas prononcé d’autres paroles ! Bref, autant vous dire que la boutique de PUWD repose sur des fondations un peu plus solides qu’une envie de singer Gainsbarre ou Iggy Pop. Après une courte introduction, 2 Unlimited, leur premier album, s’ouvre sur deux titres monstrueux qui convoquent directement Maître Devin et le General Patton, sans jamais faire dans le scolaire ou la facilité. Esthete Piggie rappelle les courses mélancoliques d’Ocean Machine de DT : équilibre entre rock et metal, impulsion ultra sèche et mordante avec une batterie très avancée dans le mix, chœurs et arrangements troubles sous jacents, voix gueulée mais retenue au point de sonner presque détimbrée, tout y est et affiche pourtant une sensibilité personnelle.

Même constat dans le démentiel Nearly Dead Bat Make Up. Cette fois, c’est Faith No More qui est cité avec une reprise du gimmick BE AGGRESSIVE ! sur le refrain, alors que les rebondissements instrumentaux rappellent Mr Bungle. Pourtant, là aussi, c’est la sensibilité unique de PUWD qui saute aux oreilles, sa capacité incroyable à vous faire passer du rire à la stupéfaction béate en l’espace de quelques mesures. On pourrait citer toutes les particules du vortex d’idées que constitue un tel morceau : des riffs de guitare très nerveux mais posés, entre le hardcore nord américain et le metal, une basse funk qui pète les plombs, des breaks de partout, un refrain d’une violence invraisemblable… mais ce qu’il faut retenir avant tout, c’est la fluidité de la construction qui vise le plaisir d’écoute de l’auditeur davantage que la satisfaction du zikos à taper sur des casseroles.

Alexis explique : « la musique est faite de différentes couches (au sens strates, pas les stratocaster hein, juste au sens « épaisseur »). La couche supérieure, c’est la mélodie, le chant, et c’est ce à quoi l’auditeur se raccroche en premier. Tout au fond, tu trouves la première couche, celle du rythme, le coté primitif tribal du coup de grosse caisse qui te fais remuer le popotin. Tant que le rythme avance, que l’harmonie est construite, alors le voilier pirate vogue. Le perroquet du voilier, c’est Asphodel, et toi, dans ton siège, tu te laisses aller en mangeant tes pop-corns. Du cinéma... » Imaginaire et narration sont donc au cœur de la musique de PUWD ; « je suis dans une salle de cinéma immense dotée d’une puissance sonore incroyable, un film passe et je dois composer la B.O. Le but est de ne pas avoir honte de ce qui passe. Tu dois être fier. Les spectateurs frissonnent, tu es fier, tu pleures, tu tapes du pied, ça cartonne. Voilà ma méthode. »

Illustration avec Get Ready to Sweep. On ne va pas spoiler toutes les chansons au lecteur qui va s’empresser de se procurer ces merveilles pour les découvrir par lui-même, mais ce tour de force mérite un mausolée pour tous les cheveux blancs qu’Alexis et d’Asphodel ont dû laisser dans la bataille.

Quelques légères touches de claviers installent une ambiance intrigante, un peu ambiguë. L’auditeur tend l’oreille et la voix d’Alexis lui tombe dessus comme la vérole sur le bas clergé breton. Le chanteur hurle une mélodie saisissante, appuyée par des guitares très lourdes et charnues. Les claviers se mettent à dessiner d’étranges arabesques en notes très courtes, comme s’ils imitaient des percussions. Les couleurs sont troublantes, l’ambiance pesante mais vive, et arrive déjà un premier break. Le changement est radical mais a été bien préparé en amont par le travail « discret » (ça bourrine quand même hein) de la basse et de la batterie. Ces deux instruments occupent d’un coup l’avant plan et dévoilent leur rôle de liant, tout en se permettant des fioritures comme des cymbales explosées ou des phrasés de basse accrocheurs.

Asphodel prend la parole et laisse traîner sa voix un peu nasale, vite accompagnée par une guitare lancinante, en note à note douloureuses, avant l’arrivée d’une seconde guitare plus frontale. Après une gifle introductive, Pin Up Went Down appuie sur les plaies, enfonce la tête sous l’eau. La bouffée d’oxygène est là avec un deuxième break qui libère de l’espace. Un piano joue quelques coulées claires, le chant est plus léger bien que toujours intense avec des formules en « do you » qui accrochent forcément l’oreille, la basse maintient son assise avec des notes espacées mais très fortes, comme des explosions de mines sous marines… on prépare le terrain avec quelques tirés de guitares plaintifs avant un quatrième break.

Replongée : les riffs sont hachés, durs, Alexis assène un spoken word vicieux, ça va mal, alors pause recueillie avec quelques frémissement de cymbales sur lesquels des chœurs et des claviers suspendent le temps en regardant vers les cieux (au moins !)… BAM, la basse s’avachit et c’est un cinquième break, quasi funk, à trois guitares harmonisées ! Asphodel se promène sur le mid-tempo avant un… sixième break, oui, dans un style metal plus classique, où Alexis pousse de puissants cris plaintifs. Les différentes couches dont parlent le musicien finissent par fusionner dans un lent fade out en forme d’agonie, où surnagent les claviers de l’intro.

Passer par autant d’états tout en gardant un fil continu, aussi fluide que rigoureux, est un exploit. Car même si la section rythmique assure une continuité, il y a un gros travail pour glisser d’une couleur à une autre, pour marier des timbres très différents, pour sauter d’un registre à un autre sans perdre l’auditeur. On est dans une approche narrative qui envisage beaucoup d’aspects différents et qui ne s’appuie pas sur un instrument plutôt qu’un autre. C’est ici que s’exprime la culture « savante » du groupe, qui sait harmoniser et passer d’un instrument en instrument comme le faisaient Ravel, Debussy et tant d’autres, toutes proportions gardées.

Un tel chef d’œuvre a un prix : « je me suis embarqué dans un calvaire infâme, raconte toujours Alexis. Il est clair que 2 Unlimited est produit dans les moindres détails, y’a pas une note à côté et c’est ce que je voulais faire. Ca me paraissait important de montrer qu’on était capable de micro chirurgie. C’est très important de nos jours, c’est l’une des raisons pour lesquelles on a été signés. L’inconvénient c’est la mutation génétique qui en découle. Tu te transformes en un mélange de Rick Rubin, de Leland Sklar et d’Howard Hughes, avec des cheveux gras, des cadavres d’ongles et de cheveux dans tout le studio, un regard de vampire et la maladie de Parkinson. J’ai redécouvert ce que souffrance signifiait. Femme de ménage aussi. Migraine aussi tiens. » D’ailleurs si vous voulez tenter la même chez vous, Alexis utilise une batterie Tama Starclassic, une Jaguar Baritone HH, un Marshall JMC800 et une basse Bossa. Echauffez vous un peu quand même, à froid vous risquez le claquage.

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Le résultat en valait la peine car le groupe a pondu une valise de chansons démentielles, dont le formidable Murphy in the Sky With Deamons sur l’album 342. Sur ce titre encore plus que sur les autres, PUWD stupéfie par son don pour glisser des émotions là où ne les attend pas. Asphodel adore ça, d’ailleurs : « nous avons une démarche kinder surprise : tu t’attends à avoir une petite voiture rouge en kit, et tu as un peigne barbie ». De quoi parle Murphy ? De la loi de Murphy justement, quand tout est contre vous au point que ça vire au running gag et à l’angoisse en même temps. Ainsi, ce titre n’est rien de moins qu’une promenade qui part d’un metal haché, grogné en pig squeals, pour arriver à une coda consolatrice en fragile clair obscur (haa, ce cheeeer uuup doucement étiré suivi d’un there will be only one qui s’évanouit…). Au passage, on visite des allées de rhodes et de slap (avec citation de Message in a Bottle de Police, pour le fun), des méandres de cris, d’hallucinations et réconforts dans une ambiance foisonnante, énergique et douce amère. A l’aise Blaise. On a envie de pleurer, de péter des trucs et de rire en même temps, si c’est pas du génie je ne sais pas ce que c’est.

Car mieux encore qu’une démonstration hilarante de virtuoses shootés à Zappa et aux freaks, la musique de Pin Up Went Down est réellement touchante, vise le cœur. Asphodel utilise les sons pour explorer des sensations ou des sentiments, les siens ou ceux de personnages : « la musique de PUWD renvoie à des personnages, des situations et ma voix traduit naturellement ces images ou sentiments et exprime par le son l’âme de ces personnages… Je m’appuie sur du jeu d’acteur, imagine toi avec des diapos qui défilent les unes après les autres dans ta tête, on te demande de ne surtout pas les décrire mais de restituer l’image uniquement par le son de ta voix. »

Ainsi, de nombreux titres transcendent des angoisses. Celles-ci ne sont pas exhibées comme des blessures de guerre qui montrent combien on est dark et profond, oh que non… Ce serait faire les choses à l’envers. Elles sont distillées ici et là, au moment où on ne les attend pas, au gré de la chanson quand celle-ci le permet. Du coup, on ne sait plus sur quel pied danser à l’écouter d’un Diapositive, jeu de massacre musical hilarant (un peu comme une reprise de The Godfather par Fantômas mais jouée dans une version funk-jazz par System of a Down et Björk, bref un truc qui relève du fantasme le plus total) qui se révèle déstabilisant quand on découvre les paroles qui parlent avec sérieux et ambigüité de phobies et de pulsions de meurtre refoulées. NDA : Asphodel est tombé sur cet article et a tenu à corriger ce point :

Personne ne comprend ce texte. Effectivement, il s’agit d’un trouble obsessionnel appelé « phobie d’impulsion », qui consiste en la peur panique de nuire à autrui, de commettre un acte immoral, répréhensible et autres. Il y a plusieurs facettes de ce trouble obsessionnel. Diapositives parle du moment où l’image illustrant le sujet d’angoisse de la phobie d’impulsion vient. Il ne s’agit pas d’une pulsion de meurtre refoulée, justement. Cette « phobie » -qui n’en est pas une...- n’est pas une pulsion refoulée, mais la matérialisation d’une peur, ce qui est différent. Diapositive ne parle pas de refoulement. Le protagoniste de Diapositives n’est pas un meurtrier refoulé, mais une personne souffrant de ce trouble très méconnu qu’est la phobie d’impulsion. Je voulais vraiment éclaircir ce point, car pas mal d’auditeurs se trompent sur la signification et pensent que Diapositives parle d’un pédophile ou d’un assassin.

Merci à elle, si tous les musiciens pouvaient nous dire quand on écrit des conneries la vie serait vraiment plus belle. Retour à l’article C’est pas de la catharsis de demie portion, ça ! C’est même dépaysant ; à ce sujet Alexis confie « qu’en composant je matérialise des émotions nues, très nature et découverte, du genre quand tu trempes ton pénis dans de l’eau mentholée… ou que tu inspires profondément de la bruyère de haute montagne ».

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Autre chose ?... «  du sexe, des furets empaillés, des bébés formolisés et bien sûr de la censure chrétienne. C’est évident non ? Ah, j’oubliais du yaourt, ou plutôt des pom-pom girls enduites de yaourt ». En vérité je vous le dis, Pin Up Went Down parle avec légèreté de choses graves et vice et versa, et c’est tant mieux car c’est de cette manière qu’ils font sens. D’ailleurs, on constate avec plaisir que le groupe n’en fait pas trop et préfère la subtilité à l’emphase dans sa musique. Ainsi, Khadod of My Aba présente une introduction où une prière est chantée en hébreu sur un orgue qui joue des harmonies chrétiennes. Selon Asphodel, « associer la religion hébraïque à de la musique aux harmonies typiquement catholiques a un côté beaucoup plus provocateur – selon moi – que de montrer son cul à la TV ». Un passage qui rappelle un peu la manière avec laquelle Devin Townsend avait glissé un chœur baroque très finement écrit au cœur des guitares d’Ocean Machine. Khadod of My Aba signifie le « poids du père », un sujet qu’Asphodel aborde avec beaucoup de retenue et de pudeur malgré une musique dense et exubérante.

Pour beaucoup de groupes dont l’anglais n’est pas la langue maternelle, chanter en anglais est souvent un moyen de maintenir de la distance et de la pudeur par rapport à ce qu’on chante, comme une forme de protection. Ici, on peut en dire autant de l’exubérance musicale, qui est un moyen de faire ressentir des choses très simples et profondes en les rendant « bigger than life » [1]. C’est le propre de beaucoup de grands récits, qui font vivre par procuration des sentiments simples et ordinaires de manière sublime et extraordinaire. Pin Up Went Down a vraiment cette fibre humaine et sincère, qui parfois se dévoile au fil des écoutes, parfois saute à la face sans qu’on s’y attende.

Car le groupe aime brouiller les pistes. Asphodel « adore les effets linguistiques tels que les jeux de mots, les détournements, les citations, les références… Dans les dessins de l’album, il y a également une sorte de rébus. L’illustation de Paradoxical est également une accusation détournée. Il y a des touches d’allemand, d’hébreu et d’italien aussi. Il y a d’autres références au sein des textes, mais je ne les citerai pas, je préfère que les curieux les trouvent par eux-mêmes ». Autant vous dire que ces deux simples albums peuvent vous tenir plusieurs mois sans s’épuiser ! Tout ceci peut effrayer, mais qu’on se rassure, Pin Up Went Down n’a rien contre la simplicité. Plusieurs morceaux sont simples, directs, jouissifs. Exemple :

Citons aussi Porcelain Hours qui repose sur l’opposition la plus captain obvious du monde : couplets en accords clairs vs refrain en riffs saturés. Pourtant, la chanson est menée avec beaucoup de finesse et d’intelligence et cette structure bien usée n’apparaît pas aux oreilles. Essence of I se paie le luxe de taquiner des gammes phrygiennes au marimba en y rajoutant beaucoup de choses, notamment de la double pédale et du slap, sans jamais sonner m’as-tu-vu. On reste toujours dans une approche très pop, faite de couplets, de ponts, de mélodies, avec ce final envoutant où la batterie se déchaîne pendant que les voix planent et que les percussions font perler des motifs qui finissent par former un air de berceuse… Du grand art ! Là encore, Asphodel nous rassure : « il ne fallait pas que ce soit un concours de bruit. Faire de l’expérimental pour faire de l’expérimental, il y en a qui le font très bien et d’ailleurs je ne comprends même pas comment il y a des gens qui peuvent écouter ça, mais juste dire « oui alors…. Vous comprenez… je ne voulais pas suivre la société de consommation, limites de l’esprit humain, machin… » nous ne voulions pas le faire ! » Pour Alexis les choses sont encore plus simples : « je pense que nous jouons simplement du rock ».

PS : le groupe a demandé à James Cameron de réaliser un de ses clips, mais celui-ci n’a pas l’air de répondre. Si quelqu’un le croise, merci de lui faire signe.

Toutes les citations proviennent de http://pinupwentdown.your-talk.com/

Pin Up Went Down sur Facebook et sur son site officiel..



[1(vous avez dit Devin qui ? )

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