Concerts
Radio Moscow

L’Astrolabe (Orléans)

Radio Moscow

Le 29 mai 2009

par Thibault le 9 juin 2009

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Je suis un farouche pourfendeur de l’intromission rectale sauvage et forcenée de diptères. Tentant de lutter contre toutes les formes de capillotraction ostentatoire, j’évite de me mettre la rate au cours bouillon pour des détails futiles, et fais de mon mieux pour me concentrer sur l’essentiel. Mais lorsque je suis arrivé dans la salle de concert de L’Astrolabe, Orléans City Center (prononcez Orl-i-nz, ça le fait grave), et que j’ai découvert le visuel post URSS destiné à accueillir la venue de Radio Moscow, je n’ai pas pu m’empêcher de penser : « ah, on sent qu’ils s’intéressent aux groupes qui viennent jouer, ici ».

Parce qu’avant de déballer le saint frusquin totalitaire, de placarder les affiches rouges et de carrément baptiser la soirée « Stalin’ Alive », on se renseigne un minimum, histoire de vérifier si on ne frise pas le contre sens absolu quant à la nature du groupe. Or, une simple recherche Google permettait d’apprendre que la raison pour laquelle le power trio a choisi un tel nom n’est pas par sympathie léniniste, mais plutôt parce que, comme ils le disent eux même ; « il y a une vieille chanson des 60’s qui s’appelle Go, Go, on Radio Moscow, et on trouvait que ça sonnait bien ». [1]

Tout cela fleure bon la conscience professionnelle et l’amour du travail bien fait. Je n’ajoute pas qu’il suffisait d’un autre clic sur le myspace du groupe pour se rendre compte que celui-ci affiche un goût prononcé pour le psychédélisme early 70’s, et qu’à partir de là, tant qu’à faire dans la déco folklorique, il aurait été plus judicieux d’imprimer des flyers à police verte fluo déformée plutôt que cyrillique. Cessons là les sarcasmes sur l’organisation du concert pour rendre compte des prestations de ce soir là, assurées par The Backroom Employes et Radio Moscow donc.

Les Backroom Employes sont eux aussi un power trio, mais ceux-ci jouent dans un registre plus garage, avec de forts relents punk en provenance de la cave. Le set du groupe local n’est pas foncièrement désagréable, mais souffre d’un son trop sale et trop saturé, et au volume trop élevé. Malgré tout la formation reste assez petits bras ; le bassiste a passé tout son temps à enchaîner les doubles croches sans variation entre chaque chanson, le batteur est correct, et les cordes vocales et mélodies du chanteur / guitariste sont maigrelettes. Celui-ci sauve toutefois le concert de l’ennui grâce à quelques trouvailles sympathiques, comme lorsqu’il tripote ses quelques pédales d’effets et qu’il n’hésite pas à se lancer dans deux trois solos qui sonnent un peu Mudhoney. Une demi heure hors d’œuvre en somme.

Les membres de Radio Moscow proposent quant à eux un set dense et musclé. Dans l’interview accordée à Inside, le groupe affirmait tout son souci de l’énergie, et du live « in your face », dixit Parker. Et de fait, de l’introduction à la dernière reprise I Just Want To Make Love To You, les seuls répits accordés sont les problèmes techniques qu’endure la formation. Par trois fois la grosse caisse se fait porter pâle et Cory passe en tout une bonne dizaine de minutes à réparer les dégâts causés par son jeu cogneur. Du côté de Parker ce sont les pédales qui déraillent, et celui-ci passe une chanson entière à tenter de résoudre ses soucis de guitare. Preuve d’une véritable maîtrise, durant chacun de ces imprévus, les deux membres épargnés continuent à jouer comme si de rien n’était, improvisant le long de la mélodie en court, avant de revenir avec aisance exactement à l’endroit où l’incident a survenu, pour relancer la chanson pied au plancher. La classe.

Côté répertoire Radio Moscow joue l’intégralité de Brain Cycles (à l’exception de Black Boot) et les deux tiers de son premier album, alternant très bien entre les deux. Chaque morceau passe sans problème l’épreuve du live, aucun ne déçoit, et la plupart se voient musclés, durcis, le groupe misant intelligemment sur un son plus métallique et moins psychédélique qu’en studio. Excellent son d’ailleurs, la balance est impeccable ; toute la section rythmique est audible, du micro bri de cymbale aux claquements des doigts de Zach sur sa basse, la guitare ne mange pas le chant, le tout groove et cogne sans attaquer ni la cage thoracique ni les tympans, rien à redire.

Néanmoins le concert laisse apparaître la grande faiblesse de Radio Moscow : son absence de véritable chanteur. Parker s’en tire sans bavures, mais autant ses riffs et solos viennent à chaque fois brûler l’assistance, autant aucun refrain ne fait vraiment décoller le public, qui se contente de hocher la tête au rythme des morceaux sans jamais se mettre à bouger dans tous les sens. C’était déjà le reproche que l’on pouvait faire au groupe sur disque ; cette tendance à pratiquement tout miser sur les instruments donne des résultats franchement recommandables à tout amateur de rock à guitares, mais limite Radio Moscow à un public restreint. Il manque ce petit plus, ces mélodies plus ambitieuses qui donnent de l’envergure et qui font la différence entre eux et les références Cream ou Jimi Hendrix. Sans renoncer à ses explosions de six cordes (ah, ces allers et retours de bottleneck sur City Lights, un bonheur !), il serait bon qu’à l’avenir Parker réussisse à pousser la chansonnette un cran plus loin, l’autre solution pouvant être que le groupe engage un quatrième comparse chargé à temps plein du micro, mais cette option est in envisagée pour le moment.



[1lire cette interview

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom