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Rated R (Deluxe Edition)

Rated R (Deluxe Edition)

Queens of the Stone Age

par Thibault le 10 août 2010

paru le 3 août 2010 (Interscope Records)

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L’auteur de ces lignes reconnait une vilaine propension au « réédition slapping ». Une énième de resucée d’Exile on Main St. ou de Jimi Hendrix, alors que tous les documents indispensables sont déjà disponibles dans d’excellentes versions depuis des lustres, ça ne sert à rien et c’est en plus prétexte, sauf trop rares exceptions, à une litanie de clichés, poncifs et autres pantalonnades ressorties comme à la parade par les commentateurs habituels... « Hendrix-plus-grand-guitariste-de-tous-les-temps-qui-jouait-de-son-instrument-comme-s’il-s’agissait-d’une-femme »... NEIN NEIN NEIN NEIN !!! Honnêtement, qu’est-ce qui peut motiver, sinon des considérations financières pour coller quelques rustines sur la bedaine trouée de l’industrie du disque menacée par le grand complot des pédonazis d’Internet, la réédition de disques dont la légende est faite depuis belle lurette et connue de tous ?

Pour autant, je ne vous dirai pas du mal de la réédition de Rated R des Queens of the Stone Age. Pas vraiment pour des raisons purement musicales, d’ailleurs... Il n’y a évidemment aucun travail de remastering sur le disque originel, les bonus ne sont pas renversants ; quelques faces B qui sont ce qu’elles sont, des faces B, et un live sans grand intérêt où les Queens en formation serrée à quatre, ce qui n’arrivera plus jamais par la suite, peinent à retransmettre la richesse de leur répertoire. Oliveri et Homme luttent au chant, l’enregistrement provient d’un festival, pas le meilleur endroit pour un son et des arrangements nets, bref, on est très loin de la troupe puissante et assurée des tournées de Songs for the Deaf (2002) et de Lullabies to Paralyze (2005). Soyons clairs : absolument rien ne justifie le remplacement de son ancien exemplaire.

Alors pourquoi accorder de l’attention à cette réédition ? Parce que c’est un geste qui mérite d’être salué. Si ressortir un classique archi usé ne fait pas avancer le débat, republier un album qui a une dizaine ou une quinzaine d’années pour lui donner une seconde vie est une bonne chose. Avec la fin de la décennie, on a beaucoup parlé rétrospectives, on a tenté de dégager l’essentiel des événements récents et de telles rééditions apportent des éléments de réponse. Elles proposent un certain regard sur notre passé proche et aident à distinguer les œuvres qui ont compté, que l’écoute toujours et qui demeurent comme de nouveaux repères.

C’est ici que la charogne monomaniaque qui sommeille en moi boit du petit lait : en l’an 2000, à une époque où le rock était MORT, car TOUT LE MONDE sait bien que le rock est mort avec Kurt Cobain et ressuscité avec les Strokes (non, arrêtez de dire que beaucoup de grands disques et de choses excitantes ont eu lieu entre ces deux périodes, c’est n’importe nawak, vous êtes sûrement un pseudo iconoclaste vaniteux et nombriliste), un géant roux surdoué et un bassiste à barbiche tout aussi imposant, encore peu assurés car à peine sortis des fins fonds du désert californien, offraient un album rafraîchissant, novateur, première pierre d’un des univers musicaux les plus réjouissants de notre époque, peuplé d’étranges freaks adeptes du regard en coin, où règnent puissance, humour et mélodies limpides. La naissance d’une des dernières mythologies de la musique populaire, en somme. Aujourd’hui encore nombreux sont les aficionados qui chantent les louanges de Rated R (parlez en à notre rédac chef, tiens !), qui reste l’album le plus spontané des Queens et synthétise ce que Homme entreprenait depuis déjà dix ans, tant au niveau des méthodes (grandes jams entre potes, bouillonnement d’idées puis final cut avec quelques décideurs triés sur le volet) que du résultat (musique psychédélique musclée dans un écrin pop de plus en plus ciselé).

Dix ans après le premier EP de Kyuss, Rated R marque le début de l’ascension de Josh Homme, il résume une décennie et pose les fondements pour la prochaine. A l’époque Homme n’a que 27 ans et, plutôt que de mourir comme un con, livre avec cet album son onzième disque et son troisième chef d’œuvre après la doublette Blues for the Red Sun (1992) / Welcome to Sky Valley (1994). C’est plutôt pas mal. Et je constate avec la même satisfaction jubilatoire que, dix ans plus tard, les 00’s se sont achevées sur la formation de Them Crooked Vultures, rencontre au sommet qui grave dans le marbre le parcours du rouquin au cœur de notre époque. Comme le chantait si bien Elvis, « Only the Strong Survive »...

Mr. Homme & Mr. Oliveri, brand new freaks at your service.


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Tracklisting :
 
Disque 1.
 
1. Feel Good Hit of the Summer (2’43")
2. The Lost Art of Keeping a Secret (3’36")
3. Leg of Lamb (2’48")
4. Auto Pilot (4’01")
5. Better Living through Chemistry (5’49")
6. Monsters in the Parasol (3’27")
7. Quick and to the Pointless (1’42")
8. In the Fade (4’25")
9. Tension Head (2’52")
10. Lightning Song (2’07")
11. I Think I Lost My Headache (8’40")
 
Durée totale : 43’25"
 
Disque 2.
 
1. Ode To Clarissa (2’40")
2. You’re So Vague (3’40")
3. Never Say Never (4’23")
4. Who’ll Be The Next In Line (2’30")
5. Born To Hula (5’50")
6. Monsters In The Parasol (live) (3’47")
7. Feel Good Hit Of The Summer (live) (2’59")
8. Regular John (live) (5’12")
9. Avon (live) (3’23")
10. Quick And To The Pointless (live) (2’34")
11. Better Living Through Chemistry (live) (5’20")
12. Ode To Clarissa (live) (2’52")
13. The Lost Art Of Keeping A Secret (live) (3’33")
14. You Can’t Quit Me, Baby (live) (10’47")
15. Millionaire (live) (4’38")
 
Durée totale : 64’00"

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