Interviews
Robert Hancock

Robert Hancock

par Le Daim le 17 avril 2007

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 June Frost en Écosse

IR : On est en 1990. Tu débarques donc en Écosse...

RH : D’abord j’ai un peu voyagé aux États-Unis et séjourné à Londres, pendant un an.

IR : Comment faisais-tu pour gagner ta vie ?

RH : J’étais avec un copain musicien. On avait un break et une tente, ça limitait les dépenses. Aux États-Unis on a rencontré un gars qui nous a embauché pour refaire son toit... J’avais un passeport anglais, et j’ai eu alors envie de voir les îles britanniques. À Londres j’ai trouvé un boulot de jardinier-assistant. Mais j’ai senti que je n’étais pas fait pour les grandes agglomérations, et je suis parti en Écosse. J’ai du sang écossais du côté de ma mère. Ma grand-mère est née là-bas. Je suis tombé amoureux d’Edimbourg tout de suite et j’ai voulu y habiter... So, je suis arrivé dans une auberge de jeunesse assez branchée. Le patron était un musicien frustré, il avait une cave pleine d’instruments, batterie, amplis pourris... Il m’aimait bien alors il m’a embauché à l’entretien. Plein de musiciens séjournaient à l’auberge, c’était facile de faire des rencontres intéressantes.

IR : C’est comme ça que la première mouture de June Frost a vu le jour ?

RH : Oui. Le bassiste (John Peutherer) était écossais. Le batteur était celui de The Magic Roundabout (Karl Buckley) qui avait aussi décidé d’habiter à Edimbourg. Sauf que son visa ne durait que deux ans ; à terme il a préféré rentrer plutôt que de rester dans l’illégalité. Entre temps on avait fait de nouvelles rencontres parmi les nombreux musiciens qui gravitaient autour de nous. On s’est retrouvés avec un batteur (Patrick Parisot) qui venait de Mirecourt en Lorraine, un australien joueur de didjeridoo (Len Constantini), une violoniste allemande et un bassiste anglais (Kerry Swatridge).

IR : Tous ces gens-là venaient faire carrière à Edimbourg ?

RH : Non, pas vraiment. Sinon ils seraient probablement allés à Londres. Ils venaient pour vivre une expérience musicale ou culturelle. C’est moi je crois qui leur ai proposé d’aller plus loin à un moment. « Pourquoi pas monter quelque chose de solide ici et maintenant ? ».

IR : C’est la décennie de l’indie-rock. Les Pixies, Pavement... Cette scène vous influençait-elle ?

RH : J’ai vu les Pixies en concert en 90, mais avant je ne les connaissais pas vraiment. J’écoutais pas mal les Stone Roses... Well, est-ce que ça nous a influencé ? C’est difficile à dire. Tu sais, on a commencé à répéter avec une batterie, une guitare et un didjeridoo. La musique qui résulte de ce genre de combinaison ne peut-être qu’originale. Ce qui est amusant avec le dijeridoo c’est qu’il ne permet pas vraiment de changer de tonalité, sauf en le sciant ou en bricolant un instrument avec des bouts de tuyaux en PVC... (rires) C’était forcément en do dièse. Et moi je ne suis pas musicien de jazz ! Pour la transposition c’est quand même compliqué. Le plus simple c’est de mettre un capodastre sur la guitare à la dixième case. Ca donne un son très joli, très clair avec de la pêche. So, il fallait que je compose comme ça, mais c’était un peu gênant ! Parce que le son du didjeridoo prend beaucoup de place... 3-4 chansons, ça peut aller mais au-delà ça devient vraiment saoûlant. En plus tout le public hippie commence à rappliquer ! (rires) Je me souviens que quelques années plus tard Jamiroquaï est arrivé avec du dijeridoo dans sa musique... On était dégoûtés : « hey mais attends ! On était là avant ! » (rires).

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June Frost 94, Shetland
© DR

IR : En 1995 June Frost sort son premier disque.

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June Frost, 1995

RH : On avait fait plein de concerts, on commençait à être assez connus. Et puis le copain de notre violoniste était ingénieur du son, il avait bossé avec les Cocteau Twins, This Mortal Coil, Dead Can Dance et des tas d’autres groupes écossais... Il nous a permis de trouver un super studio à Edimbourg et d’y enregistrer un disque pour peu d’argent. On a dû faire l’album en six jours, en finançant tout nous-mêmes. On s’occupait aussi de la distribution, on vendait le disque à la sortie des concerts et via un réseau d’amis en Lorraine et en Allemagne... On a dû écouler quelque chose comme 3000 exemplaires de cet album, ce qui est assez respectable.

IR : Et ensuite ?

RH : On a fait une petite tournée de 35 dates à travers la France, l’Allemagne et l’Espagne, toujours grâce à notre réseau d’amis. On a eu partout un super accueil, bien mieux qu’en Écosse où on était payé 300 francs pour un concert, boisson non-comprise, ce qui ne permettait même pas de payer les frais d’essence... A Mâcon par exemple on avait une superbe loge, et comme j’avais juste dit que j’aimais le bon whisky pouf ! Ils m’en ont tout de suite apporté une super bouteille. Et puis on mangeait dans de bons restaurants, on dormait dans de beaux hôtels. Pas des quatre étoiles, mais même un Formule 1 c’était du luxe pour nous ! Quand on jouait dans un café, le patron nous invitait à sa table, on mangeait avec la famille, il nous offrait une bouteille quand on partait... Ca se passait souvent comme ça. En plus on gagnait vraiment de l’argent. A la fin de la tournée on s’est retrouvé avec une grosse pile de billets. Du coup on a commencé à se dire : (ton naïf) « C’est pas mal ici ! On devrait rester en France, on peut y vivre de notre miouzik ! » (rires).

IR : Qu’est-ce qui a vous a fait sauter le pas ?

RH : Un jour un copain nous a dit : « il va y avoir un concert avec un truc pas mal à la clé, une sorte de compétition, vous devriez y jouer ! ». Nous : « okay ». On ne savait pas que c’était pour le Printemps de Bourges. Et on a été sélectionnés pour représenter la Lorraine, alors que c’était tout juste si un membre du groupe était originaire de la région ! So, après ça on a eu de nouvelles opportunités et c’est à ce moment qu’on a vraiment décidé de s’installer dans l’Est... Well, je ne sais pas si c’était une si bonne idée (rires) !



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