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Rock en Seine jour 2

Domaine national de Saint Cloud

Rock en Seine jour 2

Le 28 aout 2010

par Sylvain Golvet, Thibault le 31 août 2010

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La coutume avec Rock en Seine, c’est de se poser la question « qu’est-ce qui va merder, cette année ? ». Il y a toujours quelqu’un qui annule, qui se bat en coulisse, un truc qui couille. Cette année, personne n’a annulé au dernier moment. Il y a juste eu une annulation une semaine avant : le chanteur du groupe Où est le Swimming Pool (sans dec’, faut vraiment que les anglais s’achètent des noms potables) s’est tout simplement suicidé en plein Pukkelpop, dans un plongeon tête la première sur le parking du festival (il demandait où est la piscine, fallait lui répondre avant).

Vous me direz que c’est moche mais que personne ne vient à Rock en Seine pour lui. Et c’est entièrement vrai. Donc, qu’est-ce qui a vraiment merdé durant le festival cette année ? Presque tout en cette journée de samedi. C’est bien simple, personnellement je n’ai jamais entendu un son d’aussi mauvaise qualité. Même le festival Tous Sur le Pont de Blois (aaah, Dany Brillant et No One Is Innocent sur la même affiche, un régal !) ne fait pas aussi mal. Ici, c’était le festival des larsens de basse, des batteries qui sonnent comme des poubelles, des voix noyées...

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Un petit biafrogalistanais

J’ai vu K’naan, un bout de Quadricolor, Plan B, Two Door Cinema Club, Stereophonics, Paolo Nutini, Queens of the Stone Age, LCD Soundsystem et Jello Biafra, seuls le premier et les deux derniers ont eu un son acceptable. Obsessionnel de l’œuvre de Josh Homme, j’ai peiné à reconnaitre certains passages lors du set des QOTSA, alors que l’acoustique déjà très moyenne du Zénith lors du passage des Vultures ne m’avait pas dérangé outre mesure. C’est juste incompréhensible, et anormal.

Comment un festival majeur avec huit ans d’existence et une bonne réputation (voir notre dossier sur l’édition 2007), outre les quelques récents déboires de programmation, « le-rendez-vous-rock-de-l’été » comme on le matraque partout en France, a pu laisser se dérouler la journée centrale dans ces conditions ? Ça frôle l’irrespect envers les spectateurs, qui ont tous déboursés au moins quarante cinq euros pour être là, bien davantage pour l’immense majorité. D’autant plus que mes copains présents la veille m’assurent que la journée du vendredi s’était bien mieux déroulée, et que les groupes étaient beaucoup plus sympas, en plus.

Parce que niveau programmation, c’est loin d’être grandiose. Je suis venu tout d’abord pour les Queens, un peu pour Jello Biafra, c’est toujours amusant, et n’avait aucune envie de me farcir Massive Attack et la promo du soporifique dernier album. Pour le reste, je ne connaissais jusque là que de réputation LCD Soundsystem et consorts, ou n’avais écouté qu’un morceau ou deux en dilettante. Je ne demandais donc qu’à découvrir, à picorer ici et là comme on le fait en festival. J’en ai eu pour mon argent.

K’naan ? Le Roi Lion interprété par Yannick Noah. Un chanteur sorti d’une publicité pour café équitable avec des musiciens échappés d’une publicité pour baskets moins équitables. Mon batteur de pote me glisse à l’oreille que le groupe est connu pour son titre Wavin Flag, hymne officiel de la dernière coupe du monde. Ceci explique beaucoup de choses (remember les insupportables jingles de soupe world). Jean-Paul Huchon promettait un festival sans vuvuzelas, on n’est pas passé loin !

Quadricolor ? Des indie kids français qui jouent l’instrument haut et le dos courbé (comme tous les indie kids) et s’escriment laborieusement à sonner comme Sonic Youth/Deerhunter/untrucdanslegenre. On zappe.

Plan B ? Premier à priori positif, le groupe a des allures de vieille revue rhythm’n’blues. Trois choristes en robe noire, cinq musiciens et un chanteur à qui ils ne manquaient que les lunettes et le chapeau pour ressembler aux Blues Brothers, tout cela augure d’une sympathique demie heure en leur compagnie. C’est sans compter les enceintes et la balance en mousse qui enterrent le falsetto, les choristes, les nuances et une des guitares en prime. En revanche on entend bien le synthé, même si on se demande ce que font ici des nappes à la Duran Duran.

Stereophonics ? Des gallois qui ne sortent pas du mi-la-ré et courent après Oasis. Le chanteur n’a retenu de Liam Gallagher que d’être une tête à claques, c’est bête.

Two Door Cinema Club ? Je vous l’avais faite short et expéditif jusqu’ici, mais là c’est trop. A la quatrième chanson mon batteur de pote me fait remarquer que l’autre batteur a enfin cessé le poum-tchaa disco à la Boney M. Bien vu, car ça n’a pas duré longtemps. Mais il faut écrire quelques mots sur le chanteur. Ce garçon est magique. Un vilain petit quinquin rondouillard, style Dennis la Malice en roux, telecaster émasculée sous les tétons, le dos tordu, tout boudiné dans un slim bleu-violet à poutre apparente et avec un feu de plancher. Rouge pivoine, le porcelet avec une petite boucle à l’oreille gauche se dandine et semble chanter en s’excusant d’être là - un peu comme un Vincent Delerm indie. D’un geste de la main il replace sa mèche effilée en regardant ses pompes en daim pointues et demande au public d’une voix tremblante si « ça va ? » En deux : GROS GAY.

Paolo Nutini ? Pire que Two Door Cinema Club, no kidding. De la country folk mélancolique de crooner désabusé à la Coldplay selon le dossier de presse (« crooner, coldplay »... SAY WHAT ?). Il s’agit en réalité d’une tronche de cocker en marinière avec la voix la plus moche du monde, accompagné d’un backing band à la Marcel et son Orchestre. Même que les types reprennent Time to Pretend de MGTM sauce ska festif, avec le gimmick au synthé pouet-pouet joué à la trompette pouet-pouet, oeuf corse.

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Le Père Noël est vachement plus cool depuis qu’il est ingé son chez les QOTSA

Queens of the Stone Age ? Le service minimum et puis s’en vont, tu m’étonnes dans ces conditions. Durant I Think I Lost My Headache, Dean Fertita envoie promener son clavier d’un air dégouté. « A quoi bon jouer si on entend rien » lit-on sur son visage. Il faut un énorme regard en coin d’Homme pour l’empêcher de quitter la scène. ’nuff said.

LCD Soundsystem ? Je m’attendais au pire après la désillusion des Queens, mais plutôt une bonne surprise. Son correct, show pas désagréable, les chansons passent assez bien même si c’est TRÈS répétitif. Vers la sixième chanson mon batteur de pote me fait remarquer que l’autre batteur n’a toujours pas cessé le poum-tcha disco à la Boney M. « Fouilli artistique » me glisse-t-il également à l’oreille. Je crois que c’est ça.

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Où est Charlie ?

Jello Biafra ? La grosse marade. Un vieux ponque de cinquante ans qui braille, grimace et gesticule comme une chèvre passée à la gégène. C’est « Louis de Funès lâché dans un Max Pecas punk » (©Duffman). Biafra est irrésistible, il mime ses chansons mot par mot, roule par terre ou des yeux pendant que son groupe, The Guantanamo School of Medecine, la grande classe, mouline les trois mêmes accords. Entre deux titres c’est « la fête à Godwin » (©ggaarrggll) : Sarkozy, les traders, les compagnies d’assurance, les propriétaires, les banquiers, les fascistes, les autres aussi, tout le monde y passe ! En voilà un dont le business a dû prendre du plomb dans l’aile avec l’élection d’Obama, d’où cette OPA sauvage sur le marché français de la subversion. Les quelques titres des Dead Kennedys sont toujours sympathiques, l’ambiance bon enfant... Malgré tout Biafra succombe comme les autres aux sirènes du capitalisme ; le coup de la veste Stars ’n’ Stripes avec un bonnet noir en gigotant n’importe comment, ça sent la pub pour Kodak.

Dire que ce fut le meilleur moment de la journée avec la distribution gratuite de Ben & Jerry’s à l’entrée du festival. Dur.



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