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Rock en Seine 2007

Saint Cloud

Rock en Seine 2007

Les 24, 25 et 26 août 2007

par Giom, Sylvain Golvet le 4 septembre 2007

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 Samedi 25 août

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Les allemands sont les maîtres des marionnettes

« Tiens, et si on se mattait un petit épisode du Muppet Show avant d’aller à Rock en Seine ? » Que nenni, les organisateurs ont pensé à tout et nous offrent sur la scène de la cascade le show mythique en version hip hop. Voici donc Puppetmaztaz, groupe de rap allemand (ouinnn !) avec marionnettes (ouaisssss !), mené par les pendants à survêtements de Kermit, Rowlf, Animal, tous dirigés par le MC Gonzo. Bien sûr les mimiques des marionnettes adaptées au côté vindicatif du rap font immédiatement sourire, d’autant que les morceaux sont entrecoupés de dialogues savoureux et par l’apparition progressive de nouveaux personnages (et oui même Yoda était là !). La petite troupe se paie même le luxe de faire bouger le public grâce à des chansons plutôt efficaces et des intrus inventives loin d’être mises en retrait par rapport au visuel. Alors bien sûr, les vrais rappeurs qui se cachent derrière ressentent probablement une frustration et c’est sûrement pour cela qu’ils se permettront une petite sortie en chair et en os, avec perruque, à l’occasion d’un morceau très Beastie Boys. Jolie mise en bouche pour cette deuxième journée.

The Fratellis ouvrent les hostilité sur la grande scène pour trois quarts d’heure de sous-Oasis décapants. Performance très efficace pour les amateurs du genre mais qui ne peut cependant que laisser un goût amer de déjà vu. Le combo familial a ainsi le choix, soit il évolue dans les années à venir, soit il disparaît. Pourvu qu’ils choisissent la première option. Les quelques nouveaux titres délivrés pour le public de Rock en Seine ne laissent malheureusement pas envisager cela.

Si les Fratellis ne font pas dans l’originalité, les Cold War Kids qui leur succèdent sont d’une autre trempe. Fort d’un premier album classé parmi les bonnes nouvelles de 2007, le groupe produit un son épatant, pour cela grandement aidé par la voix mi-féminine, mi- soul man du chanteur. Ajoutez à cela le soutien efficace d’un bon guitariste et la mayonnaise prend instantanément. Derrière ces mouvements de cou à la Thom Yorke lorsqu’il est au clavier tout en chantant, le leader du combo propulse les titres du groupe vers des sommets d’intensité grâce à un melting pot musical très perfectionné. En effet, les Cold War Kids ont la chance de compiler une musique très efficace et en même temps originale avec en plus de cela une présence scénique remarquable, sans grandiloquence. Le titre Hang Me Up To Dry, joué en dernière partie de set et ultime pépite du groupe laisse exploser son aspect tubesque pour combler une foule qui ne regrette plus du tout l’annulation de la diva de la maison du vin. Nouvelle preuve que la Guerre froide est terminée, ses enfants préfèrent faire chanter les foules plutôt que de stocker des missiles dans le grenier. Pour notre plus grand plaisir. Révélation de l’année.

Même si celui-ci tend de plus en plus vers les sphères rock, la présence d’Eric Truffaz confirme l’éclectisme de la programmation qui se penche ici vers le jazz fusion. Tant mieux pour nous d’ailleurs, la prestation étant loin d’être inintéressant. Même si votre serviteur a quelque peu raté le début du set, le beau temps et le bon son rendaient idéales les conditions de la prestation ou la virtuosité des musiciens était moins portée sur la branlette que sur l’envie de créer une ambiance envoûtante et un écrin soutenu pour les (assez rares) interventions du trompettiste. C’était donc souvent prenant sauf quand Ed Harcourt viendra les rejoindre. Là le côté « chanson pop mélangé à des arrangements jazz » passait beaucoup moins bien. Malgré tout on retiendra les très jolis soli de clavier de Patrick Muller et l’intense jeu de batterie de Marc Erbetta.

La classe à l’anglaise fait son apparition aux alentours de 19 heures avec le toujours merveilleux Jarvis Cocker. Il a beau maintenant être presque vieux et ne toujours pas savoir parler français après quatre ans de vie parisienne, il reste quoi qu’il en soit formidable avec sa veste, ses grosses lunettes et sa musique si stylisée. Et les petites merveilles pop de son album solo homonyme le sont également, passant parfaitement l’épreuve du live à grande échelle. Jarvis a toujours une présence scénique impressionnante aussi bien quand il questionne un représentant du public couvert de boue – « The muddy man » pour les intimes - que quand il s’effondre après une partie de chant de bravoure. La voix est toujours reconnaissable parmi cents, qui porte en elle toute l’ironie british caractérisée par le songwriting de Cocker. Un des meilleurs live de la journée qui aurait mérité d’être programmé plus tard, au crépuscule, comme le regrette d’ailleurs le chanteur pour que le ciel puisse s’harmoniser avec ces beaux accords feutrés. Mais cela n’aurait sûrement pas branché les nombreux fans de Tool même si l’ancien leader de Pulp, au lieu d’offrir à son public une reprise de son combo d’origine (dommage !) a choisi de reprendre un petit Black Sabbath de derrière les fagots qu’il est même capable de parfaitement s’approprier. La classe !

La Cascade présente en début de soirée l’une des grandes sensation de l’année : CSS. Le combo quasi-féminin (n’oublions pas le mec batteur un brin titubant à la recherche d’une bière qu’il ne trouvera jamais et c’est tant mieux !) a fait le déplacement du Brésil pour faire se trémousser les Parisiens. Mission accomplie entre hommage à Paris Hilton (décidément, pas moyen d’y échapper à celle-là) et appel à faire l’amour. Toutes guitares dehors, les filles de CSS savent mettre une ambiance de feu qui ravit les lycéens mais laisse un peu de marbre les plus vieux… qui attendent les Rita Mitsouko. Sympa en effet mais sans plus, une sorte d’anti-Shins, ou la musique qui ne passe pas ailleurs qu’en festival. Malgré la tenue fluorescente kitchissime de la chanteuse et ses efforts pour soulever l’enthousiasme.

Mon collègue Giom étant parti bien vite dans l’enfer du pogo [1], c’est à moi de vous parler de Jesus & Mary Chain, en tant qu’observateur plus « objectif ». Accueillir à Paris la reformation du groupe mythique des frères Reid était paraît-il un événement, plutôt une occasion de se faire une idée de l’aura qui entoure ce nom depuis plus de vingt ans maintenant pour ma part. Parce que je n’ai jamais pu aller au delà de trois morceaux de Psychocandy faute à l’inaudibilité de la production. C’est donc plutôt de la curiosité qui me pousse vers la grande scène, émoustillé depuis avoir appris qu’ils ont été rejoint par Scarlett Johanson pour Just Like Honey à Coachella, dans une sorte d’hommage à Lost In Translation, même si je ne me fais pas trop d’illusion. La formation est à cinq, sans Bobby Gillepsie à la batterie bien sûr (le grand garçon a son groupe Primal Scream depuis longtemps maintenant), mais les deux frères ennemis sont bien là. Dès la deuxième chanson, ma curiosité cède la place au plaisir de retrouver Head On, repris par les Pixies sur Trompe Le Monde. Et bien exécuté qui plus est, on est bien loin du brouhaha confus, le son est certes agressif, secoué de larsens, pour l’un des concerts les plus forts du festival, le tout sonne à la fois dur, enlevé et urgent. Il n’est pas la peine de chercher où les BRMC ont été piquer leur son, les écossais sont là pour remettre les pendules à l’heure et sans pour autant paraître en retard d’une guerre (mais peut-être qu’on avait pas pris beaucoup d’avance). En tout cas le concert semble unanimement salué par le public alors que l’ambiance reformation + jeu de scène inexistant pouvait augurer du pétard mouillé. Jim Reid s’en étonne presque lui-même lui qui promène habituellement sa mine acariâtre, se permettra même d’en sourire (« Oh, you enjoyed it ! »). C’est ce qu’on appelle un retour gagnant.

Soyons clairs, Les Rita Mitsouko ne sont pas ceux que nous attendions le plus. A la vue de la foule qui s’amasse devant la scène de la Cascade, on peut cependant se demander s’il ne s’agit pas de la grande tête d’affiche de la journée (n’en déplaisent aux fans de Tool depuis longtemps installés devant la Grande Scène à attendre la révélation du troisième oeil). Les Rita donc ont un patrimoine musical bien établi mais n’en abusent pas, laissant la part belle à de nombreuses nouvelles compositions. Dommage car elles ont très peu de saveur. Le groupe n’est jamais aussi efficace que quand il revisite ses tubes parlant d’histoires d’amour qui finissent mal ou de personnages amoureux de la vie et finalement assassinés par la mort. Le reste n’est que futilité et manque de corps. Le public, beau joueur, applaudit chaque titre mais ne se réveille véritablement que quand il reconnaît les premières notes de morceaux hautement radiodiffusés ces vingt dernières années. On n’échappe difficilement à son passé, surtout quand il a été décrété patrimoine mondial de la chanson française par RTL 2. La déception de la soirée.

Quand les premières infos sur la programmation sont sortis un nom sautait déjà aux yeux : Tool sera à Rock en Seine en ce mois d’août 2007. Cependant l’info n’aura interpellé que les connaisseurs puisque si le groupe jouit d’une réputation élogieuse chez les amateurs de rock extrême, il semblait peu probable que l’évocation de leur venue ait excité le lecteur parisien des Inrockuptibles. Car Tool est bien le contraire du groupe hype, il s’est fait sa réputation à force d’albums atypiques et immersifs. Louons donc le courage des programmateurs de les proposer en tête d’affiche d’un samedi soir, d’autant que leur musique se prête assez peu à la fête et à la communion. De fait, même si le côté spectaculaire aura attiré les curieux, il faut avouer que les rangs étaient bien moins serrés que lorsque la célèbre islandaise investira la grande scène le lendemain. Ce qui peut se comprendre vu le caractère hors du commun de l’ « art total » que propose Tool. En clair, on adhère ou on rejète. (voir l’excellent dossier de Ramblin’ Man)
Etant moi-même déjà bien convaincu par leurs énormes qualités discographiques, j’avais hâte de découvrir le spectacle à réputation élogieuse du groupe sur scène. Et force est de constater est que le show était plutôt conforme aux folles espérances que j’avais placées dedans. En gros, je voulais être bouleversé, agressé et transporté et je l’ai été. Aidés par un son ultra puissant et par un dispositif scénique tout en projections vidéos, lumières et lasers, les quatres larrons ont déployé tout leur énorme savoir-faire technique au service de monstrueux morceaux tels que Jambi, Schism ou le plus ancien Flood. De petites épopées sonores lardés par une basse tourbillonnante, une batterie labourante et une guitare extra-terrestre. Et par-dessus ce lourd écrin se pose la voix de Maynard James Keenan. Non mais sans déconner, comment fait cet homme pour avoir tant de charisme sans que l’on ait pu apercevoir de lui qu’une ombre ornée d’une (fausse ?) crête et chaussée de santiags ? Dommage que son organe vocal soit noyé par ses collègues toute la première partie. Ensuite ce ne fut que délire dans mon cerveau, entre terrible solo de batterie sur Forty Six & Two ou pendant les 11 minutes du torrentiel Rosetta Stoned. Pari réussi et vainqueurs par KO de ce festival.



[1Et quel pogo ! (note de l’intéressé).

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