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Rock en Seine 2007

Saint Cloud

Rock en Seine 2007

Les 24, 25 et 26 août 2007

par Giom, Sylvain Golvet le 4 septembre 2007

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 Dimanche 26 août

La rumeur court. Justice, le combo electro ultra à la mode pourrait être programmé à la dernière minute ce dimanche 26 comme aventureusement annoncé par plusieurs organes de presse influents. Et s’il se cachait derrière le pseudo de Housse De Racket ? Et bien non, ce sont les vrais Housse De Racket qui s’installent sur la scène de l’Industrie en début d’après-midi, avec leur vrai concept Lacoste, leur vrai musique pour dessin animé qu’on n’aime pas regarder. N’en déplaise au cependant bien nommé Boris Bockor, une finale de Wimbledon 80s avec le grand Munichois blond restera toujours un spectacle hautement plus savoureux que ce concert. Si c’est ça la nouvelle French Touch made in banlieue ouest parisienne, au secours ! Une personne du public pose même l’hypothèse d’un lien familial entre Jean-Paul Huchon et un membre du groupe pour expliquer cette hasardeuse programmation. Nous tairons son identité pour lui éviter des problèmes...

S’il y en a en revanche qui ne payent pas de mine en arrivant et qui ressortent avec les honneurs ce sont bien les Devotchka. Attention, il ne s’agit nullement, malgré leurs influences balkaniques indéniables, d’un nouveau Emir Kusturica du pauvre ! Devotchka est de Denver et fait magnifiquement dans le cosmopolite grâce à son chanteur Nick Urata, capable de reprendre Venus In Furs du Velvet sans que personne s’en rende compte tant sa version chamboule l’originale. Autre médaille au tableau, la musique du nouveau film cool humaniste Little Miss Sunshine, vite reconnue par tout Parisien cool et humaniste qui se respecte. A part ça, des cuivres virevoltants, un violoniste hors-pair qui sait faire de son instrument l’objet le plus bondissant qu’on puisse connaître et toujours ce chanteur capable de s’offrir complètement lors de certaines envolées vocales, sans tricher, pour de vrai, comme un bon. Il quittera la scène en frottant son manche de guitare sur la scène de la Cascade qui en frémit de plaisir et offre un vrai son rock’n’roll comme on en a finalement assez peu entendus ce dimanche. A suivre…

Mark Ronson n’en est pas à son coup d’essai. Il a plein d’amis pour qui il offre son aide de bidouilleur sonore : Robbie Williams, Lily Allen ou Amy Winehouse (cette dernière fut citée une fois mais vite remise au placard suite à la réaction de certains du public qui n’ont apparemment pas accepté ce rendez-vous manqué). Ici, le gentil New-yorkais se présente avec son collectif ma fois assez séduisant. Rappeur et rappeuse, cuivres gonflés à bloc, guitare syncopée, chanteur à voix, reprise de Just de Radiohead ou – bien sûr – des Smiths, tout est là pour faire un bon concert comme ce fut le cas. Une bonne surprise de la journée et un artiste prometteur qu’on espère revoir par chez nous si les avions volent encore dans les années à venir. Ronson quitte la Grande Scène sous les applaudissements. Succès mérité.

Malgré le possible forcing de Philippe Manœuvre, visible à tous les coins du site cette année, le public n’aura pas le droit à ses chouchous les Naasticines. Pourtant la jeune scène rock parisienne est quand même parvenue à gagner sa place via Nelson. Peu porté sur le garage primaire, les quatre franciliens se sont plutôt tourné vers les sonorités froides et tendues de Joy Division, les mêmes défendues depuis quelques années par Interpol ou Editors. Auteurs d’un album plutôt réussi, leur prestation se faisait attendre sur la petite scène de l’industrie et le public répondait présent. Un peu artificiellement habillé « post-punk » pour l’occasion (petit gilet noir, cravates), les musiciens sont en fait bien plus jeunes que pouvait le laisser penser l’écoute du disque, ce qui peut avoir valeur de compliment. Le groupe jouant sans bassiste ce sont des basses électroniques qui accueillent le groupe sur scène et qui soutiennent les premières chansons tendues et exécutées avec énergie. L’album Revolving Doors sera égrené avec une belle envie sur cette scène qui doit être une étape importante pour eux et leur carrière alors que les premiers rangs répondent bien présent sans tomber dans le cliché groupie de 16 ans en pamoison. Malgré tout, on ressent par moments la jeunesse du combo de par quelques approximations techniques un peu gênantes. Mais un peu excentré de ce buzz « rock-n’-folkien » Nelson devrait profiter sereinement dans les mois à venir de ce show réussi.

Cette année Rock en Seine c’est un peu le grand n’importe quoi vestimentaire, entre CSS et sa chanteuse à combinaison fluos, Bat For Lashes et ses frippes néo-babas, en attendant la cheftaine du l’excentricité qui se porte sur soi. Pour le moment c’est au tour de Kelis de nous présenter sa collection particulière, à base de robe bleue à paillette et collants jaunes, du plus bel effet. Mais ne croyez pas que son show se limite à sa garde-robe, ce serait être médisant, d’autant que la new-yorkaise, protégée des Neptunes, bénéficie du talent de son groupe. Les trois premiers morceaux seront étonnement rock, voire presque rap-métal, en tout cas très funky et lourd. Ils parviennent même à faire sonner le tout comme du jazz fusion lors de deux ou trois breaks basse-clavier. Malheureusement dès l’arrivée du premier slow, la machine se grippe dans une ambiance trop R&B, alors que la miss hurle de plus en plus fort dans le micro, bousculant tout les règles de la saturation. Elle aura eu raison de notre patience, au profit de la grande scène.

Kings Of Leon est un peu l’événement rock de la journée sur la grande scène dans une journée plutôt électro-hip-hop et le public est bien présent pour accueillir les quatres hommes du Tennessee. Une origine sudiste qu’ils auraient bien du mal à cacher voire plutôt tendance à revendiquer tant tous chez eux cadre avec les clichés qu’on a sur cette culture : esprit familial (trois frères et un cousin), croix au cou et cheveux longs et crasseux, jouant une musique mélangeant la country, le blues et le classique rock, de Lynyrd Skynyrd à Led Zeppelin. Mais même si le groupe entre en scène avec une sorte d’oratorio il ne fait pas vraiment preuve de grandiloquence et serait plutôt du genre Strokes que Guns & Roses, chose appréciable. Entre ruades rock n’ roll et ballades, la guitare heavy sound de Matthew Followill est toujours tempérée par le chant profond et cassé de son frêre Caleb. Le show un peu plus long que la moyenne de ces trois jours est un des succès public du week-end tant celui-ci ravive chez les gens l’esprit d’un festival rock à l’ancienne, une sorte de Woodstock par procuration. Il ne sera pas rare de croiser des quadras prenant leur pied en bougeant la tête (attention figure de plus en plus difficile). Finalement, les origines religieuses de la petite famille (un père prêcheur pentecôtiste) nous gratifieront d’un petit « God Bless You All » en guise de départ. Admettons.

Just Jack est la nouvelle sensation funky anglaise du moment. Une chose est sûre, sa réputation n’est pas usurpée. L’homme réussit le pari de faire danser la foule entière venue le regarder sur la Cascade. Même les plus réticents bougent les hanches au son de Writer’s Block, tube en block justement. Just Jack est en plus accompagné d’un très bon groupe qui sait mettre en valeur le sens du rythme qui va bien de ce Jack Allsopp. A nos côtés, le staff de l’artiste semble heureux, leur poulain a définitivement de l’avenir comme le prouve des nouvelles versions de certains titres testés pour la soirée et qui reçoivent également un accueil enthousiaste. « La réponse douce à The Streets » ? Et si c’était même mieux ?

Faussement qualifié de groupe trip-hop, Faithless transforme l’espace d’un instant la Grande Scène en véritable dancefloor pour amateur de rave soft. L’occasion pour tout le monde de faire la fête comme rarement dans ce genre de festival. La sœur de Dido se défonce sur ces beats electro tandis que son acolyte masculin fait lever les bras de tout le monde et réussi à mettre l’ambiance en cela aidé par une musique binaire ultra efficace mais un peu douteuse sur la durée. Bien sûr, il y eu Insomnia pour rappeler à chacun les heures de gloire de l’electro 90s mais on a de la peine à être plus enthousiaste devant une formation qui certes sait faire se trémousser mais qui a du mal à prétendre à autre chose. Peut-être n’est-ce justement pas leur ambition. Le batteur reste cependant impressionnant, perdant des litres d’eau à la minute mais tenant un rythme de tous les diables. Certains ne connaissent pas le service minimum.

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Bromheads Jacket. Ah ces rock stars !

Pour un groupe comme Bromhead Jacket, jouer à Rock En Seine, quand bien même sur la plus petite scène, c’est un peu la chance de leur vie. Tim, le chanteur/guitariste de ce trio originaire d’une petite banlieue de Londres, avouera que c’est la plus grande scène sur laquelle ils aient pu jouer. Leur chance est d’avoir pu jouer en même temps que Faithless et donc rameuter les réfractaires à l’esprit « Dance Machine 12 » de la grande scène. (non mais sans déconner Faithless ! Et pourquoi pas 2 Unlimited ?) Chez les britishs ce serait plutôt pogo-slam. C’est peut-être d’ailleurs ce qu’il manquait encore à ce stade du festival (n’ayant pu tout voir), un bon petit punk des familles, à échelle humaine et qui se prend pas la tête. D’ailleurs le leader le promet vite « Je serais beaucoup mieux dans la foule avec vous. Mon câble de guitare est trop court mais vous inquiétez pas, j’y arriverais ! » Musicalement rien de transcendant donc, l’accent cockney est bien là, la rythmique sans temps mort aussi, bref tout fait penser à une sorte d’Arctic Monkeys en plus brutal et moins sophistiqué. Notre ami chanteur fera comme prévu son slam grâce à quelques fans, dont certains sont les premières personnes éméchées que j’ai pu croiser depuis le début des festivités. Le set terminé, on peut alors se préparer à jouer des coudes devant la grande scène pour la diva en chef.

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Björk de loin

On y est, c’est le grand final de l’édition 2007 ! C’est bien sûr Björk qui a amené une bonne partie du public cette année, tant sa présence est rare et souvent limitée en places. Malgré une aura quelque peu en déclin, son show reste un évènement incontournable, on sera donc serré et limité en vision comme il se doit. Ce qui est dommage tant le spectacle est autant visuel que sonore. L’attente se fera donc en contemplant la scène décorée de tentures, de drapeaux et d’oriflammes, ornés d’un bestiaire islandais, le tout formant une sorte de revendication d’identité assez poussée. Les chœurs/cuivres féminins, qui portent même leur petit drapeau individuel, nous ferons patienter avec un petit air de cuivre sans micro. Puis la petite fée en robe à froufrous dorés arrive pieds nus et en forme. Accompagnée d’un batteur, d’un clavier, d’un homme aux machines, elle s’est aussi entourée d’un ami de longue date, Mark Bell (LFO), en charge d’une part importante des enregistrements d’Homogenic. Un clin d’œil au passé pas si anodin et classiquement chez une tête d’affiche de festival, Björk proposera une setlist revisitant ses maintenant 13 ans de carrière solo. Mais comment résumer une telle œuvre en 1h20. Ce dilemme fera logiquement regretter à chacun de ne pas retrouver son morceau préféré, celui qui l’a fait basculer un jour dans l’univers immersif de la sorcière du son. Oui, Bachelorette manque cruellement. Mais le reste provoque son lot de plaisir, de nostalgie, de frisson ou d’exaspération parfois (plus rare quand même). Contrairement à ses derniers disques, Björk sait doser les émotions passant d’une pop song electro Innocence au magnifique Jogà. La première partie est plutôt calme, l’occasion d’écouter cette toujours magnifique voix sur Immature, Hidden Place. La petite touche de cuivre fait son effet et la relecture des arrangements est souvent pertinente. Puis Earth Intruders et son rythme electo-tribal va lancer une deuxième partie de concert bien plus dansante (I Miss You, Five Years), tempérée à mi-parcours par une petite comptine pour piano et voix appelée Mother Heroic (pour ses enfants ?) et par un Oceania en version tango du plus bel effet pour le début de rappel. Au final, le public se sentira en pleine piste de danse avec l’hymne émancipateur Declare Independance, d’une rare férocité chez elle, accompagnée pour l’occasion par le duo Justice officiant à l’incompréhensible machine à runes (comme quoi la rumeur était fondée) Elle aura beau nous avoir agacé avec Medùlla, endormi avec le milieu de Volta, Björk en live reste de l’or en barre pour une artiste pop d’une constance et d’une cohérence sans pareil. Allez à la prochaine.

Et la foule de repartir en rang vers leur petit nid douillet. Il paraît que le festival a fait moins d’entrées qu’espérées et il est vrai que l’on était moins serré que d’habitude. D’autant que la mairie de Saint-Cloud a su gloser des prix un peu élevés des places. Pourtant vu le soutien de la région et publicitaire, on peut penser qu’il sera encore reconduit quelques années, avec une programmation toujours alléchante, bien que de plus en plus dispersée. Un festival de parisiens nantis ? Oui, mais un festival de parisiens nantis avec de la bonne musique !

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À l’année prochaine


[1Et quel pogo ! (note de l’intéressé).

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