Portraits
Sa Majesté : Queen

Sa Majesté : Queen

par Psychedd, Our Kid, Milner le 23 mai 2006

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 Le Roi est mort...

L’état de santé de Freddie fait plus que jamais la une des journaux anglais (surtout des tabloïds, friands de scandales). Le 13 novembre 1990, The Sun titre : « C’est officiel ! Freddie est gravement malade », citant une déclaration de Brian : « Il va bien et il n’a pas le sida, mais je pense qu’il paye aujourd’hui son style de vie rock’n’roll de toutes ces années. Freddie ne veut tourner aucune vidéo pour le prochain album. Et il préférerait ne pas faire de concerts non plus. Je pense qu’il a simplement besoin d’un break ». Le même journal publiera quelques temps plus tard une photographie de Freddie prise à sa sortie de la clinique du Dr Atkinson (son fidèle médecin) insistant sur son visage « décharné et son air hagard ». Le groupe publie alors le communiqué suivant : « Freddie a travaillé sans relâche ces quatre derniers mois sur le nouvel album. Il est tout simplement épuisé ».

Pourtant, c’est Freddie lui-même qui poussera les autres à retourner en studio dès le début de 1991 pour enregistrer de nouveaux morceaux, à l’origine prévus pour figurer sur des faces B de singles. Le chanteur passe d’ailleurs une bonne partie de l’année à Montreux - sa ville d’adoption, en Suisse, dans son appartement qu’il avait acheté pour des raisons de domiciliation fiscale, à l’origine. Le titre Innuendo sort en single le 14 janvier 1991 et se classe immédiatement en tête des charts. C’est encore une surprise et un coup de maître pour Queen : longue de 6’30”, la chanson est le numéro un le plus long depuis...Bohemian Rhapsody (Nda : record battu par Oasis en janvier 1998 avec All Around The World) ! À tel point que les frileux décideurs américains de chez Disney n’osent pas la sortir sur le marché américain, convaincus qu’aucune radio ne passera le titre... Brian : « C’est un des premiers morceaux qu nous sont venus. Il est assez étrange, avec cette sorte de rythme de boléro (nda : joué par Steve Howe, guitariste de Tomorrow, Yes et Asia). C’était risqué de le sortir en single, mais c’était aussi pour affirmer une différence. Ça passe ou ça casse ». En l’occurrence, ça passe, et plutôt bien !

L’album suit en février, et se classe lu aussi directement à la première place des ventes. Queen règne à nouveau sur le rock, plus de vingt ans après ses débuts ! Quatre autres singles suivront, issus de Innuendo : tout d’abord, en mars, paraît I’m Going Slightly Mad qui se classe à la 22ème place des classements (mais plus gros carton de l’année à Hong-Kong !), puis, en mai, Headlong (n°14) et The Show Must Go On en octobre, atteignant la 16ème place. C’est évidemment ce dernier morceau qui sera diffusé sur toutes les ondes au moment de la disparition de Freddie Mercury.

Mary Austin, son amie de toujours, raconte : « Freddie souffrait beaucoup pendant l’enregistrement de l’album. Mais il continuait de travailler car c’est ce qu’il aimait. Et ça l’aidait aussi à avoir le courage d’affronter sa maladie ». Sur les quelques photos de promotion du groupe, Freddie est très maigre et paraît effectivement malade. Le clip de Innuendo est truqué de façon à ce qu’on ne voit pas son visage, enfin, pour celui de I’m Going Slightly Mad, il est recouvert d’une épaisse couche de maquillage et d’un costume de bananes à la Carmen Miranda... Mais officiellement, tout va bien, un porte-parole du groupe déclare une fois de plus à la presse : « Il va bien. Il a adoré tourner ce clip et il est ravi d’être de retour ».
Pourtant, la carrière du groupe est terminée, même si personne ne le sait encore à l’extérieur. En mai, les quatre hommes se sont retrouvés une dernière fois pour des sessions de travail à Montreux qui seront les derniers enregistrements de Freddie.

Brian, ensuite, part seul aux États-Unis assurer la promotion de l’album. L’été suivant, il commence enfin l’enregistrement de son premier album solo. Le premier titre qui verra le jour sera Driven By You, qui servira à illustrer une pub télé pour Ford™. En octobre, il participe au festival de guitare de Séville, jouant avec Joe Walsh ou des guitaristes de la nouvelle génération qui sont un peu ses enfants et qui lui portent une énorme admiration comme Nuno Bettencourt, Steve Vai ou Joe Satriani.

Freddie, lui, ne quitte plus sa propriété de Kensington. Il y vit ses derniers jours, entouré de son amant Jim Hutton, d’infirmières et du Dr Atkinson, qui ont quasiment transformé la maison en clinique privée : une tente à oxygène a été installée dans sa chambre pour l’aider à respirer, car il souffre d’une pneumonie qui va bientôt l’emporter. Sentant sa santé décliner irrémédiablement, Freddie Mercury publie enfin, le 23 novembre 1991, un communiqué officiel destiné à la presse : « À la suite des nombreuses conjectures publiées dans la presse au cours des deux dernières semaines, je désire confirmer que j’ai subi un test HIV positif et que j’ai le sida. J’ai pensé qu’il était plus correct que cette information ne soit pas divulguée, pour protéger l’intimité de ceux qui me sont proches. Cependant, il est maintenant temps pour tous mes amis et mes fans de connaître la vérité, et j’espère que tout le monde se joindra à moi, à mes médecins et à tous les gens qui luttent contre cette terrible maladie. Le respect de ma vie privée a toujours été quelque chose d’important pour moi et je suis célèbre pour mon refus des interviews. Comprenez, s’il vous plaît, que ce choix continue ».
Le choc suivant cette déclaration n’est que de courte durée, balayé par la nouvelle qui atteint le monde entier moins de 24 heures plus tard, le dimanche 24 novembre à minuit : « Freddie Mercury s’est éteint en paix aujourd’hui dans la soirée, dans sa maison de Kensington, à Londres. Sa mort résulte d’une pneumonie causée par le virus du sida ».

L’émotion est énorme dans les médias et dans le public. La presse, pour la première fois (un peu tard), se répand en louanges sur la carrière, le talent et la personnalité de Freddie. Un des plus beaux hommages est sans doute celui publié officiellement par les membres de Queen : « Nous avons perdu le meilleur et le plus aimé des membres de notre famille. La douleur et la tristesse que nous causent sa disparition, alors qu’il était au sommet de sa créativité, sont accablantes, mais nous sommes par-dessus tout fiers de la façon courageuse dont il a vécu et dont il est mort. Ce fut un privilège pour nous de partager tous ces moments de magie. Dès que nous en serons capables, nous célébrerons en son honneur une grande fête dans l’esprit de celles qu’il aimait tant ».
Le lendemain, la maison de Mercury est ouverte aux fans qui viennent se recueillir. Une multitude de fleurs arrive de toutes parts. Un Elton John très ému présente à la BBC une émission en hommage à son ami disparu. Il déclarera quelques temps plus tard : « Freddie Mercury était un chanteur incroyablement innovateur, un grand showman et un de mes meilleurs amis. C’est un privilège de l’avoir côtoyé, il était à la fois très drôle, complètement extravagant et très gentil. C’était un grand musicien, et un des plus grands leaders de groupe, l’égal d’un Roger Daltrey ou d’un Mick Jagger... »

Freddie sera incinéré quatre jours après sa mort, dans l’intimité et suivant les rites religieux de sa famille.
Le chanteur avait demandé que des dons soient faits en faveur de Terrence Higgins Trust, un organisme de lutte contre le sida : les trois membres décident donc de ressortir Bohemian Rhapsody en single (avec These Are The Days Of Our Lives en face B) et de faire don des royalties à l’organisme. Pour la deuxième fois de son histoire, la chanson se retrouve en tête des charts (plus de quinze ans après sa création) et devient le deuxième plus gros hit de 1991. il s’en vendra 1,3 million (la première édition ayant été vendue à 1,1 million d’exemplaires !). Le succès (à nouveau) du single est dû également à sa présence dans le film Waynes’s World

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© Brrr

de Penelope Spheeris, contribuant à la scène mémorable de l’écoute du morceau en voiture... Une nouvelle génération découvre ce morceau et l’adopte sur le champ.

Mais ce sont aussi tous les disques de Queen qui, évidemment, se mettent à se vendre comme des petits pains. En octobre était sortie la compilation Greatest Hits II (funèbre hasard ou spéculation commerciale ?), rapidement numéro un des ventes d’albums et record de l’année. Entre-temps, le premier Greatest Hits du groupe est devenu l’album le plus vendu en Angleterre de tous les temps ! En décembre, dix albums de Queen sont classés dans le Top 100 ! Enfin, le premier single solo de Brian est sorti, comme prévu le 25 novembre, et devient num éro six des charts. Brian voulait en retarder la publication, mais au dernier moment, reçut un message de Freddie, mourant : « Laisse sortir ton disque. Quelle meilleure publicité pourrais-tu obtenir ? »...
Le 12 février 1992, Brian et Roger se voient remettre un British Award pour le meilleur single de 1991 (These Are The Days Of Our Lives), ainsi qu’un autre, posthume, pour Freddie. L’émotion est à son comble et les deux hommes annoncent, comme ils l’avaient promis, qu’un grand concert en hommage à leur ami aura lieu au stade de Wembley le 20 avril 1992.

Après un mois de répétitions avec une pléiade de stars, cet événement extraordinaire a lieu devant 72.000 fans extatiques, les chansons de Queen défilant comme dans un rêve, interprétées par quelques-uns des plus grands chanteurs du monde : David Bowie, Robert Plant, Roger Daltrey, Elton John, George Michael, Annie Lennox, Seal, Axl Rose (« Si je n’avais pas eu les chansons de Freddie Mercury auxquelles me raccrocher quand j’étais gamin, je ne sais pas où je serais aujourd’hui. J’ai appris la musique avec elles... Elles m’ont ouvert l’esprit. Je n’ai pas eu de meilleur professeur de toute ma vie. ») ou encore Liza Minelli. Le plus bel hommage que l’on pouvait rendre à celui qui fut, et qui reste, une des plus grandes stars que le rock nous ait donné. L’émotion visible sur scène était partagée par le public, pas un œil dans le stade ne resta sec lorsque tous les participants reprirent ensemble We Are The Champions en final. Grâce à ce concert, 500.000 livres furent collectées pour le Terrence Higgins Trust. Des milliers de séropositif ont pu profiter du fait que Mercury ait légué une importante partie de son patrimoine, estimé à plus de 25 millions £, à la recherche contre le sida.

L’épilogue de cette histoire verra Queen toujours aussi populaire, même si le groupe, contrairement à certaines rumeurs, n’a jamais eu l’intention de continuer sa carrière sans Freddie... Le 25 mai 1992 sort un double album live tiré du concert de Wembley de 1986, lors de la dernière tournée du groupe, qui se classera deuxième des charts. Le succès de ce double-album permit de ramener l’œuvre de Freddie à l’avant-scène et de renouer avec le succès aux États-Unis. Le 45 tours Barcelona fut aussi réédité et se classa à la deuxième place des charts deux mois plus tard.

Freddie lui-même continuait à avoir du succès en tant qu’artiste solo après sa mort ! EMI réunit en 1992 des enregistrements divers (The Great Pretender, Time, Barcelona et des remix du premier album solo) sous le tire The Freddie Mercury Album, et en route pour le sommet des charts (n°4). En juillet 1993, un remix vaguement dance de Living On My Own de 1985 (!) se classe en tête des charts ! Brian, quant à lui, sort enfin son véritable premier album solo fin 1992, Back To The Light, suivi d’une tournée dont seront extraits le disque et la vidéo Live At Brixton Academy en février 1994. Il assure aussi en solo de nombreuses premières parties de la tournée américaine de Guns N’ Roses en 1992.
Roger, qui a enfin dissous The Cross, sort en 1994 un bel album solo intitulé Happiness et renoua avec les charts sous son propre nom grâce au single engagé Nazis. Taxé de fasciste depuis l’épisode Radio Ga Ga, Taylor joue la carte de la provocation dix ans plus tard. La chanson est censurée sur de nombreuses radios et indisponible dans une chaîne de disquaires, pour cause de risques d’incitation à l’émeute... De passage à Paris en décembre 1994, il donne un superbe show-case dans les studios d’Europe 1, reprenant avec son excellent groupe des morceaux de Queen, les siens, bien sûr, mais aussi des compositions de Freddie et Brian... qu’il chante à la perfection, pour le plus grand plaisir des fans présents.



[1Sources :

LIVRES

  • Queen, Benjamin Cuq, guides musicbook, 2004
  • Queen la reine du spectacle, Arturo Blay, collection images du rock, La Mascara, 1996
  • Queen l’opéra rock, Stan Cuesta, Albin Michel/Rock & Folk, 1996
  • Queen, Mick St.Michael, Hors Collection, 1995
  • Le Mythe de Freddie Mercury, Simon Boyce, éd. Gremèse, 1997

VIDEOS

  • Freddie Mercury, The Untold Story
  • Music Planet vol 1 et 2, diffusés sur Arte en 1997
  • Champions Of The World, Rudi Dolezal et Hannes Rossacher, DoRo Production for Queen Films, 1995
  • Greatest Flix 1 et 2
  • Magic Years vol. 1, Rudi Dolezal et Hannes Rossacher, DoRo Production, 1987

Vos commentaires

  • Le 21 janvier 2012 à 17:26, par Margaret En réponse à : Sa Majesté : Queen

    J’aime Queen depuis de nombreuses années.J’ai peine pour ce pauvre Freddie, il était jeune pour partir... Bryan, Roger et John chacun dans leur discipline sont sublimes !!!!Ils formaient un groupe hors du commun. J’ai lu beaucoup de livres sur l’un et l’autre, ils restent de grands musiciens. Certes ils ont beaucoup travaillé mais le résultat est là. Je déplore le décès de notre Freddie.

    Queen ts les 4 sont des GRANDS !!!!!!!

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