Portraits
Sa Majesté : Queen

Sa Majesté : Queen

par Psychedd, Our Kid, Milner le 23 mai 2006

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Brian : « Durant la troisième année, nous avons atteint presque tous nos buts. Ensuite, nous avons été comblés au-delà de tous nos rêves... »
Il ne croit pas si bien dire notre grand guitariste, car désormais reconnu le groupe va vivre l’une de ses plus belles périodes...
L’année 1975 s’ouvre sur un heureux évènement : John épouse sa Veronica le 18 janvier et Freddie lui vole presque la vedette comme se le rappelle le témoin du marié, Nigel Bullen : « Les portes se sont ouvertes au fond de l’église et tout ce que nous pouvions voir était cette silhouette de deux filles se tenant par les bras. J’ai pensé que l’une d’entre elle était Mary Austin. Au début j’ai pensé que l’autre était la jeune mariée, mais j’ai soudain réalisé que c’était Freddie ! Il portait un boa en plumes et tout le monde dans l’assistance s’est retourné pour le regarder. Ça, c’était une bonne entrée ! ».

Les jeunes mariés ne fêtent pas leur lune de miel bien longtemps, car au mois de mars, le groupe entame une tournée américaine, où cette fois, personne n’est tombé malade, le seul souci technique étant survenu le 29 mars lors d’un concert en Californie, sur un pantalon de John qui a eu la bonne idée de craquer en plein milieu du set, provoquant l’hilarité de Freddie... Mais cette fois ci, la maison de disque Elektra bétonne la communication et Queen reçoit un succès auquel il ne s’attendait pas : single et album se classent aux premières places des charts. Seule la presse musicale n’est pas trop enthousiaste, les qualifiant de plagier tout simplement Led Zeppelin. Heureusement que le groupe ne se démonte pas, car d’autres surprises sont à venir... Dans la foulée des États-Unis, ils s’envolent en direction du Japon où c’est la folie pure et dure : « Nous ne savions pas ce qui nous attendait à l’aéroport. Il y avait des centaines de fans. » (John). Là où le bassiste se trompe, c’est qu’il y a en fait plus de trois mille fans japonais qui les attendent, transis d’admiration.
Les musiciens n’en reviennent pas de cet accueil en véritables héros et témoigneront à partir de ce jour un amour et une reconnaissance pour le Pays Du Soleil Levant qui n’est plus à démontrer (surtout Freddie, qui collectionnera estampes, antiquités japonaises et carpes koi quand il aura un peu plus de fric).

Une fois de retour, et après tant d’émotions, l’heure est au bilan. La situation financière du groupe devient vraiment trop préoccupante, et sentant qu’il y a arnaque, ils décident de rompre leur contrat avec Trident. Leur premier manager, Jack Nelson (celui aux deux Rolls Royce) s’est fait la malle après les avoir plumé et Freddie lui en garde une rancune vive qu’il ne va pas hésiter à mettre en chanson un peu plus tard. Tout l’été 1975 fut consacré à négocier cette rupture de contrat, désagréables moments s’il en est. Au même moment, John est papa pour la première fois d’un petit Robert. Il serait peut-être temps qu’il arrive enfin à s’acheter un maison digne de ce nom pour y loger sa petite famille. Au final, un arrangement est trouvé : Queen doit donner 100.000 livres à Trident et leur accorder un pour cent des royalties sur les six prochains albums en échange de quoi, le label n’aura plus aucun droit sur eux. Une fois cette affaire réglée, le groupe signe chez EMI (pour l’Angleterre) et Elektra (pour les États-Unis) et se trouve un nouveau manager en la personne de John Reid qui s’occupait également d’Elton John. C’est l’esprit tranquille et avec un financement suffisant assuré pour la suite qu’ils vont pouvoir commencer à travailler sur leur quatrième album. Car leur projet à venir est presque titanesque pour l’époque : 30.000 livres doivent être avancées, en théorie, pour cet enregistrement.

Au final, le chiffre sera encore plus élevé, mais l’avenir va leur prouver que l’investissement en valait la peine, car ce disque sur lequel ils travaillent n’est rien d’autre que celui que l’on considère encore aujourd’hui comme étant leur chef-d’œuvre et encore plus, une véritable mine d’or : Queen va toucher le gros lot et ce sera grâce à A Night At The Opera. L’album a été enregistré pendant 4 mois, ce qui est assez important à l’époque, dans six studios différents, plusieurs d’entre eux étant parfois utilisés simultanément par les musiciens. Le 31 octobre, EMI lance le single Bohemian Rhapsody. Aujourd’hui, véritable objet de culte pour les fans, chanson maintes fois utilisée, reprise, primée, elle a pourtant failli ne jamais avoir ce succès... Sa durée, tout d’abord, pose un véritable problème pour les radios qui refusent de passer un single de 6 minutes, le jugeant bien trop long. Les gens de la maison de disque eux-mêmes se demandent s’ils ne faut pas la raccourcir et en faire une version diffusable, ce que Freddie Mercury, le créateur de ce « monstre » refuse catégoriquement. Il faut dire que sa structure est le second point litigieux : mélangeant ballade, et heavy, il y a surtout une étrange partie d’opéra en plein milieu, chose parfaitement inédite et que l’on n’aurait jamais osé faire avant... Freddie, on l’a vu un peu avant, était passionné d’opéra, il était donc presque normal qu’il finisse par venir tout naturellement à ce style, sauf que pour sa Rhapsodie Bohémienne, ce n’était absolument pas prévu. À l’origine, Mercury avait trois morceaux à sa disposition, dont un court extrait musical composé de « Galileos ». Il décide de les coller ensemble puis improvise longuement avec Roger et Brian sur la partie centrale, jusqu’à ce que la partie opéra prenne une importance considérable. Au moment de l’enregistrer, et pour faire croire qu’un chœur y a participé, leurs voix seront multipliées par 180. Comme le dira Roger plus tard : « La chanson s’est développée d’elle-même ». Roy Thomas Baker, toujours producteur, se rappelle lui-même avoir été assez surpris du développement de Bohemian Rhapsody, mais lui n’hésite pas à s’extasier sur une telle pièce. Pour aider un peu le groupe, il contacte un DJ très connu à l’époque, Kenny Everett, et lui en touche deux mots. L’homme lui annonce pourtant qu’il n’a pas le droit de la diffuser (clin d’œil à l’appui !)... Le lendemain, Everett lors de son émission fait un véritable tour de force : tournant l’interdiction de diffusion en véritable sketch, il ne diffuse que des petits bouts de la chanson, retire le bras de la platine, puis le remet, avant de le retirer à nouveau (« Je ne peux pas le mettre... Oh non, mon bras a glissé ! »). En deux jours, il a réussi à passer le morceau quatorze fois et grâce à lui, les gens intrigués ont voulu savoir quel était ce morceau pas comme les autres. C’est le début d’un succès sans précédent pour Queen. La montée du single vers les sommets des charts est lente, très lente : il lui faut presque un mois pour atteindre la première place, mais une fois qu’il y est, il ne bouge plus pendant neuf semaines, soit un peu plus de deux mois. Au début 1976, plus d’un million d’exemplaires sont écoulés. C’est un peu la folie dans le groupe. À l’instar des Beatles qui firent la même chose en 1965 avec Paperback Writer et Rain, ils décident d’enregistrer une vidéo de promotion. Mais contrairement aux Fab Four, cette vidéo est destinée aux chaînes de télévision qui n’auront qu’à la passer sans que le groupe interrompe sa tournée pour venir sur les plateaux. Et c’est en ça que Queen a inventé le clip vidéo. Leur quête de l’image vient de prendre un nouveau tournant et elle va prendre de plus en plus de place. Comme le dira Brian beaucoup plus tard à propos de ce clip : « Nous l’avons tourné en une journée pour à peine 4500 livres... On ne pourrait plus faire ça aujourd’hui ! ».

Quoiqu’il en soit, la technique a l’air de fonctionner, quand A Night At The Opera sort le 3 décembre 1975, il se place à vitesse éclair en tête des charts. Et quel album que voilà : Queen toujours plus théâtral, toujours plus éclectique, tendre et brutal à la fois, toujours garanti sans claviers électroniques, Queen au sommet de son art et qui va fournir des classiques pour les concerts, tel Love Of My Life, qui sera toujours un moment privilégié d’émotion et d’échange entre Freddie et son public. Il faut tout de même noter que si Queen joue Bohemian Rhapsody en live, ils font le choix de sortir de scène et de diffuser la partie opéra de la version studio. Pas de tromperie, pas de play-back comme l’explique Brian : « “Rhapsody” n’est pas un morceau à chanter en direct. Certains n’aiment pas qu’on quitte la scène, mais honnêtement, je préfère me tirer plutôt que de jouer en play-back, ce serait une situation fausse. Ce morceau ne peut pas se jouer en direct, je préfère le dire clairement : on l’a enregistré en studio sur multi-pistes, mais il faut le présenter, car le public veut l’écouter » (NdA : ce parti pris ne fait hélas pas l’unanimité chez certaines personnes ayant vu Queen en concert à l’époque, et qui aujourd’hui encore, prennent ça pour un non respect total des spectateurs). Et pour faire dans le toujours plus grandiloquent, l’album se conclut par une version de God Save The Queen qui sera toujours la conclusion des shows. Forcément, pour certains, ça sonne un peu pompeux, mais Queen (Freddie toujours en tête) est très doué pour ériger le mauvais goût en art et à ce niveau, il reste imbattable et va faire de pire en pire...

C’est donc sous de très bons auspices que l’année 1976 s’ouvre, avec pour défendre l’album une tournée mondiale qui les mènera en Europe, aux États-Unis, au Japon puis en Australie, où subitement, ça marche beaucoup mieux que la première fois... Pour éviter que Bohemian Rhapsody ne finisse par provoquer des nausées pour cause de diffusions récurrentes, un deuxième single tiré de l’album sort le 10 juin et, surprise, il s’agit d’une chanson de John Deacon qui commence à enfin se sentir à l’aise dans la composition. Il avait déjà écrit pour Sheer Heart Attack, mais cette fois-ci, son You’re My Best Friend révèle véritablement ses talents de songwriter, très orienté sur la pop. Il avoue que cette chanson est probablement dédiée à sa douce et tendre Veronica... Quant à Freddie et Brian, ils sont carrément enthousiastes : « John est sorti de nulle part avec cette chanson. C’était seulement la seconde chanson qu’il écrivait pour le groupe et c’était la chanson pop parfaite. » (Brian) « Je suis très heureux de ça en fait. John s’est vraiment révélé. Brian May et moi-même avons principalement écrit toutes les chansons avant cela et lui était à l’arrière, il a bossé très dur et sa chanson est très bonne. N’est-ce pas ? C’est génial. Ça ajoute même à la versatilité, si vous voyez ce que je veux dire... C’est très bien quand quatre personnes peuvent écrire et qu’elles sont toutes douées, parce que vous savez, si John ou quelqu’un d’autre écrit une chanson que nous trouvons faible, elle ne serait jamais sur l’album. Donc il a vraiment dû bosser très dur pour rester à un très bon niveau. » (Freddie)

La sortie de ce single marque également le retour en studio pour le groupe, qui prépare ainsi son cinquième album. Disque dont les chansons ont été écrites en même temps que celles de A Night At The Opera, si bien que, malgré leur rythme effréné, les sessions n’ont pas été trop dures et plutôt productives. Forcément, on peut voir en cet album une continuité du précédent et même Brian pense qu’ils auraient dû sortir ensemble. Pourtant, un changement notoire va s’opérer à ce moment : Roy Thomas Baker, le producteur des débuts, ne s’occupe pas cet album, la séparation s’étant faite d’un commun accord avec le groupe. À sa place, c’est Mike Stone qui va prendre les manettes, toujours en collaboration avec Queen. Et puisque A Night At The Opera avait pris quatre mois pour être enregistré, A Day At The Races, va être mis en boîte en cinq mois. Les seules interruptions dans ses séances de travail viendront de deux concert dont un à Edimbourg et l’autre, gratuit, à Hyde Park, qui reste l’un des plus beaux souvenirs du groupe : « La première fois que nous sommes revenus ici pour faire Hyde Park, je m’en souviens avec émotion. C’était un sentiment merveilleux de voir ce public qui répondait... » (Brian). Il paraît que le concert ne fut pas une réussite, même si le nombre estimé de spectateurs est de 200.000 personnes (pas mal pour un concert foiré !).

Le 12 novembre 1976, le single Somebody To Love sort et atteint la seconde place des charts. Toujours plus éclectique, il s’agit cette fois-ci d’un morceau gospel un peu déroutant, mais très cher aux fans. Il est suivi le 10 décembre par l’album qui se place premier dans les classements, sans toutefois avoir le même succès que son illustre prédécesseur. Peut-être tout simplement parce que leur contenu est assez similaire, mais aussi parce qu’après la vague Bohemian Rhapsody, il est dur de faire aussi bien. Et comme l’album ne contient pas de morceau de cette envergure, il semble forcément moins bon. Alors qu’il contient en fait de petites pépites comme la magnifique You Take My Breathe Away, qui louche sévèrement du côté de Love Of My Life, mais en plus lacrymal, The Millionaire Waltz absolument délicieuse, Tie Your Mother Down qui ouvre l’album dans la rage et la puissance, mais également Let Us Cling Together (Teo Torriate), chanson en hommage aux fans nippons de Queen qui pousse le perfectionnisme jusqu’à chanter le refrain en japonais. Queen n’est pas un groupe ingrat, il sait reconnaître l’importance du public et aura toujours un rapport très particulier avec lui, toujours prêt à faire un geste de reconnaissance, d’amour, de sympathie, tout simplement.

Mais tandis que l’on arrive à l’année 1977, un véritable fléau s’abat sur Queen : le punk. Le groupe représente tout ce que les jeunes refusent et abhorrent à l’époque et la presse en profite pour suivre le mouvement et les casse plus violemment que jamais. S’en prenant à leur jeu de scène toujours plus grandiloquent et aux costumes de Freddie, toujours plus de mauvais goût (il porte maintenant de vrais collants ultra moulants avec des motifs arlequins dessus. Exquis...). Mercury pose aussi un autre problème à la presse : il est considéré comme le leader, mais il refuse, dès qu’il le peut, les interviews. C’est d’ailleurs pour cela qu’il existe si peu de citations de lui. Les journalistes voyant dans cette attitude du snobisme pur et dur ne passent pas au-delà des apparences. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que Freddie est exactement comme au début : en représentation, il est comme un lion que rien n’arrête. Mais une fois redescendu en coulisses, il se retrouve vulnérable et timide et n’a plus rien à voir avec le type sûr de lui que l’on vient d’admirer sur scène. Et puis, il y a toujours ce complexe physique qui le bloque. Mais ça, un journaliste n’est pas censé le savoir et pour la peine, le groupe est boudé et raillé. Ce qui les embête quelque peu, mais ça ne les empêche pas d’avoir toujours plus de succès. Car en ce début d’année, Queen repart aux États-Unis et récolte toujours plus de succès.

De retour en Angleterre et nullement effrayés par les petits jeunes à crêtes, le groupe poursuit sa route et s’apprête à frapper un grand coup.

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Johnny Rotten imitant Freddie Mercury

En parlant de punks, il existe une anecdote selon laquelle Queen et les Sex Pistols se seraient croisés dans les studios. Roger Taylor raconte que Sid Vicious interpella Freddie en ces termes : « Alors Fred, tu amènes le ballet au foules, hein ?! », en faisant référence à Bohemian Rhapsody. Il aurait reçu pour toute réponse : « Ah ! Le monsieur Ferocious ! Eh bien, on fait ce qu’on peut mon chéri ! ».

Et puisque leur conception du spectacle ne plaît pas, ils en rajoutent une couche en faisant plus grand, plus fort et plus ruinant (puisqu’à ce moment, ils perdent plus de fric qu’ils n’en gagnent à cause des frais de scène) lors de deux shows exceptionnels à Earl’s Court (montant des frais : 75.000 livres) où sur le final God Save The Queen, on a pu voir une couronne géante descendre au dessus d’eux, tandis qu’ils boivent du champagne. Et si ça peut embêter les détracteurs, hé bien c’est tant mieux !



[1Sources :

LIVRES

  • Queen, Benjamin Cuq, guides musicbook, 2004
  • Queen la reine du spectacle, Arturo Blay, collection images du rock, La Mascara, 1996
  • Queen l’opéra rock, Stan Cuesta, Albin Michel/Rock & Folk, 1996
  • Queen, Mick St.Michael, Hors Collection, 1995
  • Le Mythe de Freddie Mercury, Simon Boyce, éd. Gremèse, 1997

VIDEOS

  • Freddie Mercury, The Untold Story
  • Music Planet vol 1 et 2, diffusés sur Arte en 1997
  • Champions Of The World, Rudi Dolezal et Hannes Rossacher, DoRo Production for Queen Films, 1995
  • Greatest Flix 1 et 2
  • Magic Years vol. 1, Rudi Dolezal et Hannes Rossacher, DoRo Production, 1987

Vos commentaires

  • Le 21 janvier 2012 à 17:26, par Margaret En réponse à : Sa Majesté : Queen

    J’aime Queen depuis de nombreuses années.J’ai peine pour ce pauvre Freddie, il était jeune pour partir... Bryan, Roger et John chacun dans leur discipline sont sublimes !!!!Ils formaient un groupe hors du commun. J’ai lu beaucoup de livres sur l’un et l’autre, ils restent de grands musiciens. Certes ils ont beaucoup travaillé mais le résultat est là. Je déplore le décès de notre Freddie.

    Queen ts les 4 sont des GRANDS !!!!!!!

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