Portraits
Sa Majesté : Queen

Sa Majesté : Queen

par Psychedd, Our Kid, Milner le 23 mai 2006

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 Under Pressure

Queen passe le début de 1982 à Munich pour finir son nouvel album : « Munich a eu une influence énorme sur nous. Nous y étions tellement souvent que c’était devenu un autre ‘chez nous’, nous étions proches des gens. Nous fréquentions les mêmes boîtes toutes les nuits ! Le Sugar Shack, en particulier, nous fascinait. Il y avait là une sono incroyable, et le fait que certains de nos disques n’y sonnaient pas très bien nous a fait revoir entièrement notre musique et notre façon de mixer. Another One Bites The Dust et Dragon Attack, sur The Game, étaient déjà plus ‘rythmiques’. Et Hot Space a été conçu entièrement dans ce style. Freddie, particulièrement, voulait explorer cette voie à fond ! Rétrospectivement, il est probable que notre efficacité à Munich n’ait pas été très grande. Notre style de vie faisait que nous commençions à travailler tard, nous nous sentions fatigués, et (particulièrement pour Freddie et moi), les distractions devenaient destructrices », se souvient Brian.

C’est en effet une grande période de débauche, particulièrement pour Freddie, qui ne cache plus vraiment son homosexualité, en rajoutant même souvent : « J’adore être une salope. J’adore être entouré de salopes. L’ennui est la plus grave maladie sur Terre[...] Je suis juste une vieille salope qui, chaque matin, se lève en se grattant la tête, se demandant qui baiser aujourd’hui [...] J’aime vivre ma vie à fond - c’est ma nature. Personne ne me dit ce que je dois faire ».
Le nouveau single annonciateur de l’album, Body Language, sort le 19 avril. Cette chanson de Freddie, sur un rythme quasi-disco, est une sorte de cliché de musique de boîte électronique aux paroles sexuelles. La vidéo et la pochette du 45 tours seront censurées en plusieurs pays... Cette chanson, qui ne ressemble pas à du Queen classique est paradoxalement assez bien reçue par la critique, mais pas tellement par les fans : seulement numéro 25 dans les charts britanniques. En face B, Life Is Real (Song For Lennon), est une ballade-hommage ‘à la manière’ du Beatle disparu, plus dans le style des compositions classiques de Freddie.

Le groupe, de passage en Angleterre, a resigné un nouveau contrat avec EMI pour six albums. Début avril, il s’engage dans une nouvelle tournée européenne, avec le groupe Bow Wow Wow (managé par Malcolm McLaren, ex-Sex Pistols) en première partie. C’est un signe de plus que Queen ne tourne pas le dos à la nouvelle génération, mais garde l’esprit ouvert. On ne peut malheureusement pas en dire autant de son public : sur de nombreuses dates (et particulièrement en France !), le groupe est hué et des bagarres ont lieu avec le public. Bow Wow Wow ne terminera pas la tournée. Pour ces concerts, Queen compte pour la première fois un cinquième membre, en la personne de Morgan Fisher, ex-Mott The Hoople, qui joue des synthétiseurs.

En ce début 1982, l’Angleterre et l’Argentine se retrouvent en guerre. Under Pressure est alors numéro un en Argentine. Pas pour longtemps : le gouvernement interdit tout passage d’un morceau de Queen à la radio, ainsi qu’au groupe de jamais remettre les pieds dans ce pays. La musique n’adoucit pas toujours les mœurs...
Pendant la tournée, le 21 mai, sort l’album Hot Space. C’est un réel choc : il s’agit essentiellement de disco et de soul électronique. Roger : « Ça venait vraiment de Freddie et John. Brian a essayé de s’y faire, mais ni lui ni moi n’avons réellement réussi. Je n’ai jamais été vraiment heureux là-dedans. Je n’ai jamais aimé danser, ça ne m’intéresse pas ». Brian : « Je pense que Hot Space fut une erreur, ne serait-ce qu’au niveau du timing. Nous étions à fond dans le funk, proche de ce qu’a fait Michael Jackson avec Thriller quelques temps plus tard, mais c’était trop tôt. ‘Disco’ était alors un gros mot ».

Encore une fois, les critiques vont être élogieuses, alors que le public ne suit pas : beaucoup de fans aiment le côté hard-rock de Queen et la guitare saturée de Brian May, or, ils ne retrouvent rien de tout cela sur l’album. À la place, on découvre du funk cuivré, des embryons de funk-rock et quelques ballades dont une chantée partiellement en espagnol. Roger propose des morceaux new wave et reggae synthétique et Freddie se surpasse sur du funk-soul en chantant dans le style de Curtis Mayfield, tant de variété qui désarçonne les fans mais charment pour une fois une partie de la presse, même si la critique la plus courante parle de « n’importe quoi musical ». La pochette, dessinée par Mercury, est un hommage à Andy Warhol et ses portraits bicolores de Marilyn Monroe.
Outre Body Language et Life Is Real (Song For Lennon), déjà sortis en 45 tours, Under Pressure est rajoutée en conclusion de l’album, peut-être pour le rendre plus avenant commercialement...
Hot Space est un album à part dans la carrière de Queen, peut-être la seule fois où les musiciens se sont laissé aller à expérimenter une voie « dangereuse », sans tenir compte de leur auditoire.
La popularité du groupe est telle en Angleterre que l’album atteint tout de même la quatrième place des classements. Mais aux États-Unis, où Queen est essentiellement considéré comme un groupe de « gros rock », c’est la catastrophe : numéro 22 des charts et très peu de passages radios...

Les deux singles suivants extraits de l’album auront peu de succès : Las Palabras De Amor (The Words Of Love), sorti le 1er juin sera n°17, puis Back Chat, le 9 août, seulement n°40. Outre-Atlantique, Elektra sort des titres différents, Calling All Girls, puis Staying Power, avec encore moins de succès. Ce dernier sera leur ultime single de Queen puisque, fin 1982, le groupe ne renouvellera pas son contrat.
En fait, pendant tout le restant de 1982, Queen va s’évertuer à démontrer à ses fans (avec succès) que, sur scène, ils n’ont pas changé. Tout d’abord en Angleterre, où la tournée se termine par des méga-concerts, comme à Leeds, le 29 mai dans un stade de foot (« Notre meilleur concert de tous les temps », dira Brian ) et à Milton Keynes, pour un célèbre concert filmé (Brian : « À l’époque, nous ne pensions pas avoir très bien joué, mais en le revoyant, nous pensons maintenant que c’est l’une des meilleures vidéos d’un de nos concerts »). C’est d’ailleurs ce concert que l’on retrouve sur le DVD Queen On Fire, paru en 2004. Anecdote amusante : en visite sur le sol anglais, le pape Jean-Paul II devait célébrer une messe en public à Canterbury, devant plusieurs centaines de milliers de chrétiens. Pour des besoins de logistique, toutes les toilettes chimiques du royaume avaient été réquisitionnées : Queen en était donc privé et dût se résoudre à annuler deux concerts à la fin mai, dans les temples du football que sont Old Trafford à Manchester et Highbury à Londres.

Le groupe profita également de la tournée pour organiser une nouvelle fête à l’Embassy Club de Londres, qui leur coûta un peu plus de 10.000 £ (soit 15.000 €), et dont l’entrée était réservée aux invités portant soit des shorts, soit des porte-jarretelles. Par ailleurs, Freddie s’offrit un magnifique hôtel particulier dans Kensington, le quartier chic de Londres. Il lui fallut quatre ans pour pouvoir s’y installer, et, en tant qu’ « exilé fiscal » (déclaré comme résident à l’étranger pour éviter de payer trop d’impôts) il ne pouvait passer plus de soixante jours par an en Angleterre. À partir de mi-juillet, c’est la traditionnelle tournée nord-américaine jusqu’au 15 septembre, et, après un mois de vacances, le Japon. La routine de la gloire, en quelque sorte.

Fin 1982, après douze ans de tournées et d’enregistrements non-stop, les musiciens ont besoin de souffler. Ils commencent à avoir du mal à se supporter les uns les autres. Ils annoncent à la presse qu’ils ne touneront pas en 1983. Bien entendu, la rumeur d’une séparation s’amplifie. Ce à quoi Freddie répondra : « Nous sommes trop vieux pour nous séparer. Vous imaginez, former un nouveau groupe à 40 ans ? Ce serait un peu stupide ». Brian ajouta : « Nous avions besoin d’un peu d’air. Alors, nous avons décidé d’un accord commun de prendre le temps de mener à bien nos projets personnels, pour pouvoir ensuite retourner vers Queen en étant vraiment motivé ». En 1983, chaque musicien se consacre à ses projets personnels.
Freddie travaille à Munich avec Giorgio Moroder, le célèbre producteur de disco, sur la musique du film Metropolis, dont celui-ci a racheté les droits afin d’en ressortir une nouvelle version, musicale et colorisée. Il passera aussi quelques temps à Los Angeles avec son ami Michael Jackson. Ils enregistrent deux chansons en duo, qui ne verront pas le jour, bien que l’une d’elles, State Of Shock, sorte finalement, mais interprétée par Jackson et... Mick Jagger.

John se repose en famille même s’il effectue des collaborations mineures et anecdotiques avec deux tennismen, John McEnroe et Vitas Gerulatis !
Roger travaille à un nouveau projet solo qu’il réalise en collaboration avec un de ses vieux amis, Rick Parfitt de Status Quo. Le 5 juin 1983, le batteur est au présent au Festival de Cannes pour promouvoir le film We Will Rock You, tiré du concert de Montréal (Canada) du 24 novembre 1981, qui est projeté en avant-première. Le soir même, notre ami est arrêté ivre mort au volant de sa voiture...
Brian est à Los Angeles, où il a acheté une maison. Il rassemble quelques amis, dont Edward Van Halen, et

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© Brrr

ensemble ils enregistrent trois titres, Star Fleet, le thème d’un dessin animé japonais que le guitariste avait l’habitude de regarder avec son fils, Let Me Out, une composition de Brian et une longue jam de blues, qu’ils nommeront Bluesbreakers, en hommage au célèbre groupe de John Mayall. Un mini-album rassemblant ces trois titres sortira en octobre 1983, sous le nom de Star Fleet Project. Fin août, Queen se réunit au studio Record Plant de Los Angeles, pour travailler sur The Works. À l’origine, le groupe devait écrire la musique d’un film, Hotel New Hampshire, tiré d’un roman de John Irving. Ils envisagent un moment de travailler sur les deux projets parallèlement, puis abandonnent l’idée, car ils sont totalement absorbés par The Works (d’où son titre).

En septembre, le groupe signe avec la maison de disques Capitol pour les États-Unis.
L’enregistrement de l’album les occupe tout le reste de l’année. Ce doit être le grand retour de Queen, après 1981 passée en tournées, 1982 et la déception de Hot Space et 1983 totalement ‘off’, aussi le groupe soigne-t-il particulièrement l’enregistrement.

En janvier 1984, alors que Freddie retourne à Munich travailler sur son projet solo, sort Radio Ga Ga, premier extrait de l’album. C’est une chanson de Roger Taylor, inspirée par son fils qui, en écoutant la radio, s’écrie un jour « Radio Caca ! » Roger a juste modifié légèrement le titre pour le rendre plus diffusable. En fait, il s’est enfermé trois jours en studio avec un synthétiseur et une boîte à rythmes... C’est le premier 45 tours sorti directement sur le label du groupe, il porte le numéro Queen 1. C’est un succès, numéro un dans 19 pays, et numéro deux en Angleterre, la première place étant trustée depuis des semaines par le Relax de Frankie Goes To Hollywood. Le clip vidéo fut réalisé par David Mallet et reprenait des scènes de Metropolis, film de Fritz Lang, sur lesquelles étaient surimposées des images du groupe qui volait au-dessus de la ville. Queen utilisa un nombre considérable de figurants parmi leurs fans. Le clip et la chanson étaient tous deux fabuleux. Malheureusement, ce clip raviva une vieille polémique lancée quelques années auparavant par le magazine américain Rolling Stone selon laquelle le groupe serait fasciste ! Les preuves ? À la sortie de l’album News Of The World et du single We Are The Champions, il fut relevé que les paroles « no time for losers... » symbolisaient parfaitement l’idéologie eugéniste. Mercury s’est toujours défendu d’une telle position politique, arguant qu’il s’agissait de sport et que le sport sanctifie le vainqueur et crucifie le perdant. Mais cette fois, c’est le clip de Radio Ga Ga qui pose problème, notamment au moment où le groupe se trouve devant une assemblée de fans les bras levés. D’aucuns y ont vu un « hommage » au Triomphe De La Volonté, film à la gloire du régime nazi, réalisé en 1934 par la cinéaste allemande Leni Riefensthal.

I Want To Break Free, le second extrait de l’album, était tout aussi fascinant, et fut également accompagné d’un clip réalisé par David Mallet, qui parodiait cette fois-ci le soap opera Coronation Street et faisait apparaître tous les membres du groupe en travesti. La vidéo fut bien reçue en Angleterre, mais la réaction américaine fut tout autre, comme le raconte Brian May : « Les Américains l’ont tout de suite détesté : ils le jugeaient insultant ». I Want To Break Free, composée par John Deacon, grimpa néanmoins jusqu’à la troisième place des charts anglaises.



[1Sources :

LIVRES

  • Queen, Benjamin Cuq, guides musicbook, 2004
  • Queen la reine du spectacle, Arturo Blay, collection images du rock, La Mascara, 1996
  • Queen l’opéra rock, Stan Cuesta, Albin Michel/Rock & Folk, 1996
  • Queen, Mick St.Michael, Hors Collection, 1995
  • Le Mythe de Freddie Mercury, Simon Boyce, éd. Gremèse, 1997

VIDEOS

  • Freddie Mercury, The Untold Story
  • Music Planet vol 1 et 2, diffusés sur Arte en 1997
  • Champions Of The World, Rudi Dolezal et Hannes Rossacher, DoRo Production for Queen Films, 1995
  • Greatest Flix 1 et 2
  • Magic Years vol. 1, Rudi Dolezal et Hannes Rossacher, DoRo Production, 1987

Vos commentaires

  • Le 21 janvier 2012 à 17:26, par Margaret En réponse à : Sa Majesté : Queen

    J’aime Queen depuis de nombreuses années.J’ai peine pour ce pauvre Freddie, il était jeune pour partir... Bryan, Roger et John chacun dans leur discipline sont sublimes !!!!Ils formaient un groupe hors du commun. J’ai lu beaucoup de livres sur l’un et l’autre, ils restent de grands musiciens. Certes ils ont beaucoup travaillé mais le résultat est là. Je déplore le décès de notre Freddie.

    Queen ts les 4 sont des GRANDS !!!!!!!

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