Portraits
Sa Majesté : Queen

Sa Majesté : Queen

par Psychedd, Our Kid, Milner le 23 mai 2006

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L’album The Works sort fin février. Les critiques, pour une fois, sont plutôt bonnes (bien qu’elles aient descendues Radio Ga Ga un mois plus tôt). Le succès est immédiat en Angleterre, où il se classe numéro deux. Par contre, aux États-Unis, rien ne va plus. Brian : « En dépit de l’enthousiasme de notre nouvelle maison de disques, The Works a fait encore moins bien que Hot Space aux États-Unis. Mais Freddie était tellement déprimé à propos d’Elektra que, sans ce changement, il n’y aurait probablement pas eu d’album du tout » . De nouveau produit par Queen et Mack, The Works voit l’apparition aux claviers d’un musicien extérieur, Fred Mandel, qui accompagnait déjà le groupe sur sa dernière tournée américaine, et qui fait aussi partie du Star Fleet Project de Brian.

C’est un album de tentative de retour aux sources, comme l’avoue Brian : « Je pense que ce nouvel album est vraiment bon, bien mieux que ce que nous avons fait depuis un bout de temps. Il contient tout ce qui fait le ‘son Queen’ : beaucoup de production, d’arrangements, d’harmonies. Nous avons pas mal expérimenté par le passé, et certaines de ces expérimentations n’ont pas marché, comme notre dernier album que beaucoup de gens ont détesté, et qui s’est mal vendu, du moins en comparaison des albums plus anciens ».
Avec It’s A Hard Life (n°6 en juillet) - qui s’ouvre sur un extrait de l’opéra de I Pagliacci, Vesti La Gibba, Hammer To Fall (n°13 en septembre) et un morceau de Noël, Thank God It’s Christmas (seulement n°21 en décembre), toutes les chansons de The Works sortiront en face A ou B de singles au cours de 1984. C’est la première fois que cela se produit, et Queen se verra reprocher « d’exploiter » ses fans, qui achètent les albums ET les singles du groupe. Nous sommes aussi à une époque charnière en matière de technologie : The Works est le premier album de Queen a sortir directement sur compact-disc.

En juin, sort Strange Frontier, le deuxième album solo de Roger Taylor, où l’on retrouve Freddie et John. Fortement engagé et antinucléaire, cet album contient une reprise de Bob Dylan, Masters Of War et une de Bruce Springsteen, Racing In The Streets. L’album se classera n°30, alors que les deux singles extraits n’auront que peu de succès.
Après d’intenses répétitions, Queen s’engage dans une tournée anglaise en août et septembre. Les fans, qui n’avaient pas vu le groupe live depuis près de deux ans, sont bien sûr au rendez-vous.
En septembre, Freddie Mercury sort son premier 45 tours solo, qui fait partie de la bande son de Metropolis. Il va se classer n°10 des charts anglais. Le morceau, intitulé Love Kills (l’amour tue), semble aujourd’hui tristement prémonitoire.

1984 se termine dans la confusion. À la fin de sa tournée européenne de septembre, Queen part donner une série de concerts à Sun City, en Afrique du Sud, pays où règne l’apartheid. La ségrégation raciale faisait alors encore partie des institutions de ce pays : il faudra encore attendre cinq ans avant que Nelson Mandela ne soit libéré, puis quatre ans encore avant que des élections libres n’aient lieu. Brian : « Nous avons beaucoup réfléchi à l’aspect moral de la question, et nous avons décidé de le faire. Le groupe ne fait pas de politique, nous jouons pour tous les gens qui viennent nous écouter. Le show aura lieu devant une audience mixte. » John : « Queen a toujours été apolitique. Nous aimons aller dans de nouveaux endroits. Nous avons tellement tourné en Amérique et en Europe, que c’est bien d’aller voir ailleurs. Tout le monde a été en Afrique du Sud, Elton John, Rod Stewart, Cliff Richard... Ça n’est pas comme si nous créions un précédent... Je sais qu’il y a une controverse à ce sujet, mais il semble que nous soyons très populaires là-bas, et tout simplement, nous jouons partout où nos fans ont envie de nous voir ». Malgré de nouveaux problèmes de voix pour Freddie, qui obligent le groupe à annuler quelques shows, Queen joue à Sun City. Pour bien marquer le fait qu’il n’est pas là que pour jouer devant un parterre de riches blancs, le groupe décide d’éditer un album live spécialement destiné au pays, dont les bénéfices seront reversés à une école pour enfants aveugles et sourds du Bophuthatswana.

Brian profite aussi de l’occasion pour se rendre à Soweto, le quartier noir de Johannesburg, où il est invité à participer à la remise de « Black African Awards » : « La chaleur humaine, l’atmosphère, l’amitié de ces gens étaient étonnantes. Je n’oublierai jamais cette soirée. Je leur ai promis que Queen reviendrait jouer à Soweto, pour eux. » Mais, malgré tous ces gestes de bonne volonté, cette promesse ne pourra être tenue. De retour en Angleterre, Queen est mis au ban de la très puissante Union des musiciens, dont une des règles interdit de jouer en Afrique du Sud. Brian va défendre le point de vue du groupe devant le comité général de l’Union : « Je leur ai dit que nous avions plus servi le combat contre l’apartheid en y allant et en jouant devant une audience mixte qu’en restant chez nous ; que nous avons pu voir nos idées anti-apartheid imprimées dans la presse sud-africaine (ce qui était alors très rare), que nous avions ainsi pu donner un soutien moral aux minorités du pays, que nous avions été applaudis par tous les gens qui tentent de briser les barrières, qu’elles soient raciales ou politiques. » Malgré ce speech, Queen est condamné à payer une lourde amende, ce que le groupe accepte à condition que la somme soit reversée à des organismes de bienfaisance. La presse s’empare de l’affaire pour verser un peu d’huile sur le feu, et le groupe se retrouve sur la liste noire des Nations Unies...

Qu’importe ? L’année 1985 commence par l’énorme festival « Rock In Rio ». Queen est tête d’affiche. Tous les records d’affluence sont une nouvelle fois battus : les 11 et 18 janvier, le groupe réunit plus de 500.000 spectateurs en folie venus applaudir le groupe au stade Maracana. Représentatif du succès de Queen en Amérique du Sud, ce concert est considéré comme l’un des concerts principaux de l’histoire du rock, au même titre que celui des Rolling Stones à Hyde Park, à la suite de la disparition de leur guitariste Brian Jones ou encore les retrouvailles de Simon & Garfunkel à Central Park. Il y eut quand même un moment de tension, comme en Afrique du Sud, quand Freddie entra en scène, habillé en femme, pour chanter I Want To Break Free ; devant la mauvaise réaction du public, le chanteur enleva vite son déguisement et continua à chanter. Plus tard, on lui expliqua qu’au Brésil, la chanson était devenue une sorte d’hymne à la libération et que le public a sûrement eu le sentiment de se sentir « dénigré » par l’attitude de Mercury. À croire que le clip n’a jamais été diffusé au Brésil... Les concerts continuent en Nouvelle Zélande et en Australie en mars, puis au Japon en avril.

Le 29 avril, sort enfin le premier album solo de Freddie Mercury, Mr Bad Guy, sur Columbia, qui atteindra la sixième position des charts : « J’a mis tout mon cœur et toute mon âme dans cet album. C’est beaucoup plus orienté ‘beat’ que la musique de Queen, mais il y a aussi quelques ballades très touchantes. Ce sont toutes des chansons d’amour, qui ont à voir avec la tristesse et la souffrance. En même temps, elles sont frivoles et au second degré, c’est ma nature. Je voulais faire un album solo depuis longtemps et le reste du groupe m’y a encouragé. »

Chez Freddie, qui vit toujours à cent à l’heure, la désillusion semble effectivement gagner du terrain : « L’amour, c’est comme la roulette russe, pour moi. Personne n’aime vraiment celui que je suis à l’intérieur, ils sont tous amoureux de ma célébrité, de ma gloire. [...] J’ai eu plus d’amants que Liz Taylor - hommes et femmes - mais mes aventures ne durent jamais. J’ai l’impression de détruire les gens. » Quelques temps plus tard, il va réellement changer de vie, abandonnant ses sorties et ses multiples aventures, pour vivre une vie plus retirée, et une relation stable avec son « régulier », Jim Hutton,

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extrait du clip de « Princes Of The Universe »

dans sa maison de Kensington.
Un single extrait de l’album, I Was Born To Love You atteint la onzième place des charts. Les suivants (Made In Heaven, Living On My Own et Love Me Like There’s No Tomorrow) ne connaîtront que peu de succès. La réaction de la presse est assez mitigée. Sounds parle de « soft-rock et disco passés de mode », tandis que le Record Mirror asène un compliment en forme de vacherie : « Infiniment plus plaisant que les 17 derniers albums de Queen ». À la réécoute, 20 ans plus tard, on est obligé de se ranger au premier avis. La voix de Freddie est bien là, mais ce qui fait le charme de Queen est totalement absent, et seuls quelques morceaux sortent du lot, comme Mr Bad Guy ou Living On My Own, qui, remixé, sera un succès quelques années plus tard, quand il ressortira après la mort de son auteur...
À la question de savoir si ces débuts solos compromettent la carrière de Queen, Freddie répond : « Ça nous a plutôt rapprochés, et notre carrière va en profiter. C’est comme peindre une toile : il faut prende du recul pour la juger. Je prends mes distances avec le groupe. Mais je retravaillerai avec Queen, il n’y a aucun doute là-dessus. Queen va revenir, encore plus fort ».

Freddie ne se trompe pas. L’événement le plus important dans la carrière de Queen cette année-là sera sans aucun doute le concert Live Aid, organisé par Sir Bob Geldof, suite au disque Do They Know It’s Christmas pour lequel il avait rassemblé une pléiade de stars et dont les bénéfices sont reversés aux victimes de la famille en Éthiopie. Le concert, qui a lieu simultanément au stade de Wembley et Philadelphie le 13 juillet 1985, est diffusé par les télévisions du monde entier, d’où le surnom de « juke box global » que lui donne Bob Geldof. Ce chanteur-organisateur est l’ancien leader des Boonmtown Rats, groupe dont faisait partie Spike Edney, qui joue des claviers avec Queen depuis la tournée The Works. C’est par son intermédiaire que Geldof contacte Queen. Il a pensé à eux comme tête d’affiche, essentiellement en raison de la popularité du groupe en Amérique du Sud, qui va lui assurer une couverture télévisuelle sur tout ce continent. Queen, contrairement aux autres grands groupes qui insistent tous pour clore le show, demande à jouer à 18 heures. Les conditions des organisateurs sont draconiennes : vingt minutes, pas de soundcheck, pas de lumières...
Apparemment, tout le contraire de ce qu’il faut à Queen pour s’imposer. Devant 72.000 spectateurs et des millions de téléphages, le groupe enchaîne, à la suite de David Bowie, des versions raccourcies de Bohemian Rhapsody, Hammer To Fall, Crazy Little Thing Called Love, We Will Rock You et We Are The Champions, et... vole le show. Bob Geldof dira tout simplement : « Queen a été le meilleur groupe ce jour-là ». En vingt minutes, ils volèrent la vedette, éradiquant toute critique et réduisant au silence jusqu’au plus cynique, comme Tony Wilson, le patron du label Factory Records, qui fut emballé : « Le triomphe de Live Aid. À cent coudées au-dessus de tous les autres. Oublié Bono, effacé de la scène. Vraiment impressionnant ! ». En effet, rappelons que rien qu’à Londres se produisaient U2, The Who, Paul McCartney ! Même John Deacon sortira exceptionnellement de sa réserve et avouera : « C’est LE jour où j’ai été fier d’appartenir au ‘music business’, ce qui est rarement le cas la plupart du temps ! C’était fabuleux, les artistes présents avaient oublié toute idée de compétition ». « Je me souviendrai du Live Aid jusqu’au jour de ma mort », dira Brian.

Live Aid est un tournant dans la carrière de Queen, qui traverse alors une de ses grandes crises. La séparation n’est pas loin, et ce sont ces vingt minutes cruciales où le groupe a tout remis en jeu qui vont relancer la machine. John : « Ça a énormément amélioré notre moral, en nous faisant prendre conscience de l’importance du nombre de nos supporters en Angleterre, et en nous montrant ce que nous avions à offrir en tant que groupe ». Et leur image de philanthropes fut encore renforcée lorsque, quelques mois plus tard, leur nom fut inscrit sur un obélisque dressé en Antarctique pour les dons faits à Greenpeace.

Les résultats sont immédiats : encore plus que celles des autres groupes ayant participé à l’événement, les ventes de disques de Queen remontent en flèche.
One Vision, titre inspiré du fameux « I have a dream » de Martin Luther King, sort en novembre (dix ans exactement après Bohemian Rhapsody). Cosigné par les quatres membres du groupe, une première pour un single, le morceau atteint la 7ème place des charts. Mais la presse attaque de nouveau Queen, les accusant de capitaliser sur le succès du Live Aid : « C’était une erreur complète de leur part et j’en ai vraiment été très ennuyé. Ça m’a rendu dingue », s’indignera Roger. Quant à Brian, il dira simplement : « Nous faisons beaucoup d’actions de charité, mais ce n’est pas notre business à plein temps. Notre busines, c’est de faire de la musique ». Le groupe fera don de la chanson Is This The World We Created au Save The Children Fund.
Les membres du groupe continuent à s’occuper dans divers domaines : production pour Roger (Jimmy Nail, Feargal Sharkey, Jason Bonham), sessions (Roger pour un hommage à Keith Moon - en compagnie de Roger Daltrey sur le titre Under A Raging Moon, John et Roger pour Elton John), ou participation à l’écriture d’un manuel de guitare pour Brian.



[1Sources :

LIVRES

  • Queen, Benjamin Cuq, guides musicbook, 2004
  • Queen la reine du spectacle, Arturo Blay, collection images du rock, La Mascara, 1996
  • Queen l’opéra rock, Stan Cuesta, Albin Michel/Rock & Folk, 1996
  • Queen, Mick St.Michael, Hors Collection, 1995
  • Le Mythe de Freddie Mercury, Simon Boyce, éd. Gremèse, 1997

VIDEOS

  • Freddie Mercury, The Untold Story
  • Music Planet vol 1 et 2, diffusés sur Arte en 1997
  • Champions Of The World, Rudi Dolezal et Hannes Rossacher, DoRo Production for Queen Films, 1995
  • Greatest Flix 1 et 2
  • Magic Years vol. 1, Rudi Dolezal et Hannes Rossacher, DoRo Production, 1987

Vos commentaires

  • Le 21 janvier 2012 à 17:26, par Margaret En réponse à : Sa Majesté : Queen

    J’aime Queen depuis de nombreuses années.J’ai peine pour ce pauvre Freddie, il était jeune pour partir... Bryan, Roger et John chacun dans leur discipline sont sublimes !!!!Ils formaient un groupe hors du commun. J’ai lu beaucoup de livres sur l’un et l’autre, ils restent de grands musiciens. Certes ils ont beaucoup travaillé mais le résultat est là. Je déplore le décès de notre Freddie.

    Queen ts les 4 sont des GRANDS !!!!!!!

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