Concerts
Sonisphere 2011

Sonisphere 2011

Les 8 et 9 juillet 2011

par Aurélien Noyer, Thibault le 2 août 2011

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail
  Sommaire  

Parti avec un équipage moins fourni qu’au Hellfest, Inside Rock a cependant fait le déplacement au Sonisphere pour un autre week end metal. Article dans l’ordre habituel, compte rendu des concerts puis bilan du festival.

 Mastodon

Si le quatuor a d’ores et déjà assuré sa postérité avec ses trois chefs d’oeuvres Leviathan, Blood Mountain et Crack the Skye (et les premiers extraits du prochain The Hunter sont très prometteurs), il ne lui manque que la régularité des performances live pour s’imposer définitivement comme un groupe de metal majeur dans tous les registres. Le problème est bien connu des fans : les progrès techniques de disque en disque de Mastodon ne se ressentent pas vraiment durant leurs concerts. Les mêmes symptômes reviennent, à savoir un son souvent confus, des voix sans puissance et une absence de frontman, donc de force de frappe. En mars dernier, le groupe a sorti son Live at the Aragon qui est passé assez inaperçu, et a même plutôt déçu ceux qui l’attendaient car il n’apportait pas grand chose à l’édifice.

Les conditions du concert peuvent changer la donne. Ainsi, lors du passage du groupe au Trabendo en 2009, NonooStar et Duffman avaient été soufflé par la violence du set, dont les manquements étaient compensés par l’énergie et la proximité. On ne retrouve pas cette déflagration en festival. L’interprétation instrumentale reste sans failles, les musiciens jouent faciles et les voir sur scène souligne combien Mastodon fait bloc en tant que groupe où chaque membre est même niveau que les trois autres. De fait, le batteur Brann Dailor a des allures de chef d’orchestre depuis son kit, toutes les variations de son jeu anticipent celles des autres instruments, ses breaks indiquent la marche à suivre. Pourtant, jamais il ne prend l’ascendant sur Bill Kelliher ou Brent Hinds.

La paire de guitariste n’est pas là pour accompagner un batteur/compositeur tout puissant, la double guitare est très dynamique et bien mise en valeur par le choix judicieux de placer le bassiste Troy Sanders au centre de la scène. C’est d’ailleurs lui qui assure la majorité des parties du chant. Hélas, on sent bien qu’il pousse sa voix de toutes ses forces sans grande réussite. Comme on le craignait, le son est moyen, il faut du temps aux ingénieurs du festival pour le mettre en place. Dès que le groupe fait un unisson, on ne distingue plus qu’un raclement sourd, brouillon. On attendait un énorme coup de boule d’entrée avec le coutumier Iron Tusk/March of the Fire Ants, le son irrégulier fait qu’on apprécie juste l’exécution nette et sans bavures d’excellents morceaux.

Bill Kelliher nous l’avait confié en interview (faisons nous mousser un peu, quand même, on n’est pas peu fiers de l’avoir rencontré), Crack the Skye a été quelque chose d’extrêmement positif pour le groupe, mais il s’est avéré très lourd à porter pendant presque deux ans. Aujourd’hui, Mastodon a envie de changer d’air et de s’amuser davantage. Logiquement, la setlist se concentre sur des titres de Leviathan et de Blood Mountain, et, assez étonnamment, ce sont les extraits de ce dernier qui franchissent le mieux l’épreuve du live. Bladecatcher, morceau qu’on n’attendait pas du tout en festival tant il tourbillonne de riffs rapides et complexes, se révèle être le meilleur moment du concert.

Il faut se faire à l’idée, Mastodon ne sera vraisemblablement jamais un très grand groupe live. Brent Hinds et Troy Sanders ont beau s’armer de la meilleure volonté et faire des efforts louables, le chant pêche et le son n’est pas net, d’autant plus en extérieur. Néanmoins, quand bien même on ne retrouve pas les mêmes sensations que sur album, un concert de Mastodon est l’occasion d’approcher une formation détonante, qui incarne et dynamite en même temps certains des nouveaux gimmicks metal les plus prisés depuis dix ans, que soient par le Dillinger Escape Plan, Isis ou encore The Ocean. Autant les voir en festival n’est pas indispensable, autant les voir dans des conditions propices est très recommandable.

 Gojira

Le groupe français enchaine le pas à Mastodon sur la scène Saturn, un choix intelligent de la part des programmateurs tant les formations ont des aspects communs. Les deux groupes sont de la même génération, ils ont bien usé, entre autres, le Symbolic (1995) de Death pendant leurs jeunesses respectives et ont atteint la consécration à la moitié de la dernier décennie avec From Mars to Sirius (2005) et Blood Mountain (2006). Rajoutez une passion commune pour les cétacés (le titre phare Flying Whales et la pochette de From Mars to Sirius pour Gojira, l’album Leviathan pour Mastodon) et vous obtenez deux formations très complémentaires, l’une rapide et épique (les américains), l’autre plus caverneuse, plus posée (les français).

Sur scène, les basques ont fière allure. Ils ont pour eux une sobriété qu’on recherche souvent en vain dans l’univers de poils et de tatouages du metal. T-Shirts et pantalons noirs, sans parures ni breloques ni peintures de guerre, face au soleil couchant, le regard braqué sur ses instruments ou en direction du lointain, Gojira a une sacrée classe. Le groupe est ravi d’être là et le fait savoir. Joe Duplantier ne manque pas une occasion pour remercier la foule d’être venue, dit sa joie de pouvoir jouer dans de telles conditions (tout un festival qui vous acclame sous les rayons déclinants de l’astre solaire, effectivement c’est plutôt sympatoche), invite les gens à bouger avec beaucoup d’aisance et une certaine candeur complètement désarmante.

Quand on l’interroge en interview, le chanteur se dit finalement assez naïf, très posé et spontané. On ressent cette sincérité entre deux titres, quand il parle d’une voix douce et calme, très éloigné des speechs précis et affutés. Le contraste avec son chant hargneux est frappant, d’autant plus que Joe Duplantier est un frontman assez formidable. Il focalise naturellement l’attention, sa voix perce fort et clair et son jeu de guitare est parfait. Hélas, l’excellente prestation du quatuor est gâché par un son approximatif.

L’enchainement introductif Ocean Planet/Backbone montre un groupe taillé pour assommer son auditoire, mais on ne peut que deviner les nuances ou solos des morceaux brouillés dans une balance sonore approximative. Cependant, la double pédale de Mario Duplantier échappe aux dégâts et s’avère même moins monolithique en live qu’en studio ! Le batteur est très impressionnant, moins décontracté et moins fluide qu’un Brann Dailor, mais il a une niaque insensée. La setlist met en valeur les derniers albums From Mars to Sirius et The Way of All Flesh, tous deux de très bonne tenue. Gojira est en excellente forme, tout ceci augure du meilleur pour le prochain album et la tournée qui suivra !

 Dream Theater

Oui, oui, oui, on sait... Dream Theater c’est grandiloquent, c’est laid, c’est kitsch et dégoulinant... Mais c’est pour ça qu’on aime ! Quand Dream Theater est en bonne forme, c’est de la laideur dans de la bonne musique. Un plaisir-spectacle complètement jouissif, où l’on est ébahi par les phrasés et compositions réellement bien pensés, au delà de la simple rigueur technique (nan mé sa tu l’émo-tion, lol, ptdr), et par les édifices délirants qu’ils forment. Ça explose de partout, ça gicle, ça part en looping et chatoie les oreilles le temps d’un passage mélodieux chantilly. On peut reprocher beaucoup de choses à Dream Theater mais certainement pas d’êtres froid, mou, timoré ou de manquer d’inventivité et d’audace.

Bref, on attendait ce concert avec la plus grande impatience, notamment pour évaluer les performances live du nouveau batteur Mike Mangini. En effet, Dream Theater a récemment connu un drame. Mike Portnoy, aka Michel Portenoix dans la langue de Molière, drummer fou et emblème du groupe, a quitté le navire. Mike Portnoy ! Impossible d’offrir une meilleure description à son sujet que celle déjà présente sur la Désencyclopédie. Pour le remplacer, Dream Theater a fait les choses en grand : casting filmé sous forme d’émission de real-tv appelée « The Spirit Carries On » et élimination des candidats un par un.

Finalement, avec ses cinq records du monde de vitesse à la batterie, Mike Mangini a été jugé apte pour succéder à Michel Portenoix. Sur scène, Mangini a quatre grosses caisses et une quantité d’ustensiles, dont un rideau de douche sur sa droite, probablement pour ne pas voir Jordan Rudess et son clavier pivotant monté sur échafaud. Tel un génie du mal derrière sa machine diabolique, Rudess fait corps avec son clavier à molette et tourne avec lui dans un sens puis dans l’autre. Il est tellement vissé à son engin qu’il ne prendra même pas la peine de jouer du piaphin, instrument délirant mi-guitare, mi-clavier, mi-dauphin et re mi-clavier derrière.

C’est tout de même lui qui démarre les hostilités en faisant péter les grosses nappes qui tâchent en introduction d’Under A Glass Moon. LUMIÈRES MAUVES dans les mirettes. Triple strabisme divergent, éclats de rires, mâchoire décrochée, orgasme. Le trip ultime ! Ce morceau est irrésistible, composé de main de maître avec un premier solo de guitare où Petrucci met un point d’honneur à montrer à tout le festival que c’est lui le patron de la journée, non mais oh. Ah, ce petit break à la basse, qui nous laisse en suspend une minuscule seconde avant l’arrivée en slalom de la guitare ! Le solo d’Under A Glass Moon... il pourrait être commenté par Nelson Monfort et Philippe Candeloro. Un de nos anciens rédacteurs le sifflote même en faisant la vaisselle.

Durant une heure, Dream Theater enchaine quasi sans interruption les moments de bravoure et les effets improbables. Le groupe est vraiment très bon. Petrucci et Labrie disaient récemment leur satisfaction au sujet du nouvel équilibre sur scène avec Mike Mangini. Celui ci se comporte comme un batteur, et pas comme une attention-whore qui vampirise l’espace. Le bassiste John Myung est très discret mais dès qu’on s’attarde un peu sur son cas, on chancelle devant le groove virtuose de l’asticot. Rudess is Rudess, le synthé à molette et les grimaces de jouissance quand il attaque la 34ème mesure de son chorus. James Labrie tient la route au chant et se permet quelques coquineries comme un couplet entonné avec un bras passé autour des épaules de Myung. Le bassiste ne pipe mot, mais on le sent mal à l’aise devant tant de trop saine camaraderie virile. Petrucci sort des riffs qui montrent que lui aussi peut sonner heavy, Mangini déchire, le concert est formidable.

Le clou du spectacle vient avec l’épique Fatal Tragedy. Le groupe nous avait pourtant déjà gâté avec des projections du clip complètement émo-fluo de Forsaken et d’images toutes plus renversantes les unes que les autres, entre autres des fleurs et des codes-bars. Mais Fatal Tragedy, c’est au dessus de tout. La BO d’un Tim Burton gay (pléonasme si on s’en tient à Alice au Pays des Merveilles, certes) moustachu et biker. Finalement, Dream Theater ce sont des éternels ados, des émos souffreteux dotés d’un bagage musical qui leur permet de réaliser tous leurs fantasmes et lubies.

Et Fatal Tragedy, c’est masterpiece dans son genre. La construction du morceau est fluide, passe par plusieurs états, s’autorise des cassures hilarantes tout en suivant un véritable crescendo. Les chœurs s’époumonent « THERE CAN’T BE NO TURNING BACK » (on pourrait écrire une thèse rien que sur les chœurs chez Dream Theater) et la paire Rudess/Petrucci se renvoie la balle avec une sorte d’humour improbable. Qu’on se le dise, il y a une grosse couleur freaky chez Dream Theater, comme un zeste de Zappa dans du Queen. C’est une musique drôle, touffue, vivante. Et face à ça, on ne répond plus de rien et on se retrouve à imiter Jordan Rudess...

 Airbourne

Il n’y a pas grand chose à raconter sur Airbourne... Comme chacun sait, c’est du AC/DC des oreilles aux chaussettes et à peu près tout ce qu’on peut dire sur eux est résumé par la pochette de leur second album No Guts No Glory.

Du hard rock débile et rigolo, amusant à suivre en festival. Seule différence avec AC/DC, il arrive que les deux guitaristes et le bassiste se rejoignent lors d’un pont pour balancer leurs manches en cadence comme des pitres. Spinal Tap n’est pas très loin à ces moments là ! On sent une certaine autodérision chez eux, une envie de se marrer en jouant la musique qu’ils aiment, sans arrière pensée ni calcul. D’ailleurs le chanteur explose des canettes de bière en les frappant contre sa tête ! C’est assez anecdotique mais c’est toujours agréable de regarder ça en buvant en une entre deux concerts. Du bon spectacle.

 Slipknot

JPEG - 35.8 ko
Slipknot expliqué par la maman de Calvin.
Cliquez pour agrandir.

Quelle cruelle déception ! De Slipknot, je n’avais que le souvenir de mes années collège. J’étais en 5ème/4ème et certains de mes camarades de classe étaient des « métalleux ». Pour le marmot élevé à Henri Dès et féru de Gérald de Palmas que j’étais, il va sans dire que les goûts musicaux de quelques uns de mes copains d’alors explosaient les limites de la subversion. Il y avait des stickers « PARENTAL ADVISORY : EXPLICIT CONTENT » sur les boitiers de disques, mince ! La censure, le meilleur appât à ados pré-pubères. Voilà comment on se retrouve à écouter du Sum41 à 13 ans, le goût de l’interdit, et rien d’autre ! Et à l’époque du 56k, impossible pour les gosses que nous étions de passer par les plateformes du téléchargement, déjà que nous demandions encore la permission à maman pour utiliser l’ordinateur familial.

Et moi, pétochard et sensible des esgourdes, je me risquais simplement à regarder d’un œil les disques à priori sulfureux de Marilyn Manson et de Slipknot. Le nom des chansons :People = Shit, The Heretic Anthem, Antichrist Superstar ! Doux Jésus, n’en jetez pas davantage ! Rien que les titres foutaient la pétoche, avouez, à 12 ans. Finalement, je n’ai jamais écouté Slipknot. Tout ce que je connais d’eux, ce sont des masques et des combinaisons, des logos que reproduisaient les plus aventureux de mes camarades sur leurs sacs à dos et agendas, les téméraires !

Ça faisait peur. Insistons sur le « faisait ».

Avec le recul je me doutais bien que tout cela était du flan, mais je ne sais pas, je suis allé à leur concert avec la curiosité du mélomane ouvert à tout et, disons le, l’envie de retrouver cette subversion débile et bon enfant quoique plus insidieuse et sournoise que du AC/DC. Ce truc un peu interlope, complètement idiot on est d’accord, mais qui titille les cojones quand on est en 5ème. Une Madeleine de Proust, mais oui ! Au final, QUE DALLE.

Rien de tout ça, au contraire, Slipknot est un groupe qui fait dans le spectacle sympathique, la kermesse presque, avec un chanteur qui harangue la foule entre deux morceaux pour dire combien il est ému d’être là, cette grosse tantouze. Il répète que le Sonisphere c’est un max de « good vibes » pour tous (!!!), qu’il veut vraiment nous faire passer un super moment « positif » car le metal et le Sonisphere c’est une musique « positive », un truc trop aaaallriiiight.

Mais rendez moi mon argent et ma jeunesse ! Oui, je n’ai pas payé l’entrée, mais ma jeunesse, bordel ! Je ne demandais pas beaucoup, un petit sacrifice de hamster simulé, quelques pentacles inversés, un ou deux signes du malin, ça suffisait à mon plaisir. Quand j’étais en 5ème, il y avait les rumeurs les plus folles au sujet des concerts de Slipknot et de Manson. On parlait de poussins écrasés, de boucs découpés à la tronçonneuse backstage et de fellations ! En lieu et place de tout ça, on se retrouve face à neufs musiciens plutôt heureux d’être là, dont six complètement désœuvrés, accompagnés de quelques jets de flamme et d’un grand drap frappé de leur logo.

Seul le chanteur Corey Tailor, un des deux guitaristes, qui sont de toute manière interchangeables, et le batteur Joey Jordison semblent utiles. On n’entend pratiquement qu’eux, les autres musiciens font de la figuration, voire leur jogging. La musique n’interpelle pas d’une quelconque manière. Ce n’est pas nul, ce n’est pas bien pour autant, ça s’écoute sans heurts et sans implication. C’est tout à fait quelconque en fait, exception faite du jeu de scène de la troupe en combi. Exemple : Joey Jordison étant un batteur très carré et très capable, les deux percussionnistes supplémentaires sont un rien superflus. Du coup, l’un d’entre eux fait les cent pas sur le devant de la scène et lève le poing en scandant des chœurs ici et là. L’autre, le clown, a installé son kit de bidons sur un élévateur pivotant comme on en voit dans les vieux cartoons.

Depuis ce perchoir qui tourne sur son axe et ne cesse de monter et descendre, il passe son temps à se cogner la tête sur ses barriques ou à les balancer sur les autres musiciens. On reste un peu dubitatif devant la manœuvre peu commune. Au final, c’est complètement con, assez distrayant pendant quarante minutes, mais ça manquait de Satan, indéniablement. Merde, on ne va quand même pas laisser le cornu aux bons soins de Mayhem !



[1« Soudainement » au moment où j’écris ses lignes… il est impossible d’intellectualiser un concert de Metallica sur le coup.

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom