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Esquisse d’une histoire de la reprise dans le rock

par Aurélien Noyer, Emmanuel Chirache le 6 juillet 2010

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 En français dans le texte...

Les reprises, c’est bien beau, c’est classe, ça montre qu’on a de la culture, mais bon... ça fait pas très in de ressortir toujours les mêmes vieux machins. Alors amis de B-Side, je le proclame haut et fort : il est temps de vivre avec notre époque !!! Arrêtons de vivre dans le passé, mettons-nous aux goûts du jour... Et à l’heure où toutes les générations de 7 à 77 ans revisitent nos belles sixties ripolinées (écoutez les Naast pour la génération 7 ans, et voyez la tournée « Salut Les Copains » pour la génération 77 ans), essayons de dresser un petit historique des reprises de l’époque (en gros 64-67). Et déjà à l’époque, la France n’est pas un modèle d’originalité, tous les styles y passent : british beat, mersey beat, garage US, Tamla Motown... Et déjà à l’époque, la France est le cancre de l’Europe, comparée à nos voisins nordiques, bataves, allemands, italiens et surtout espagnols. Peu de groupes sont signés chez nous et les tubes anglo-saxons de l’époque sont réservés en priorités aux « vedettes » (il s’en trouvait même qui appelaient ça des « idôles »). Résultat de cette politique du pire : quelques tas de boue, incapables de rivaliser avec les versions originales et qui n’ont comme charmes, 40 ans plus tard, que ceux du kitsch et de la ringardise. Cherchez bien dans les brocantes et autres vide-greniers... Je suis sûr que vous pouvez encore trouver quelques pépites comme Donne-Moi Ton Amour, reprise improbable du Gimme Some Lovin’ du Spencer Davis Group par Sylvie Vartan, l’adaptation (ou devrais-je dire le massacre ?) du mythique I Can’t Control Myself des Troggs par Stone affublée d’un titre ringard, Garde Ton Sang Froid. Et si, après l’achat de ces « merveilles », il vous reste quelque menue monnaie pourquoi ne pas chercher une version de For Your Love des Yardbirds, version renommée Une Fois et chantée par l’oublié, et c’est tant mieux, Monty ou encore Les Yeux Bleux où Sacha Distel ose reprend le Over & Over du Dave Clark’s Five. Okay, tout ceci est assez peu ragoûtant... Mais je suis gentil, je vous fais grâce de la tonne d’adaptation gerbeuses qui parsèment la discographie de Richard Anthony, Sheila, Frank Alamo ou Michèle Torr, la palme revenant sans doute à l’infâme Cloclo, le têtard chantant. Car, non content d’avoir émasculé une bonne partie du répertoire de la Tamla Motown, le Couineur a osé se frotter à cette perle qu’est I Fought The Law, sous le titre J’Ai Joué Et Puis J’Ai Perdu... Affligeant, non ??

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Richard Anthony qui reprend Blowin’ In The Wind sous le titre de Ecoute dans le vent... Croyez-moi, vous ne voulez pas entendre ça !!!

Pour ce qui est des reprises de groupes plus célèbres, on évitera tout ce qui est adaptation des Beatles. C’est carrément Waterloo fois deux [4] plus le Titanic. On sauvera néanmoins du naufrage Il Est Plus Facile de F.R. David, reprise de Strawberry Fields Forever orchestrée par l’immense Michel Colombier et puis aussi Erick St Laurent pour la triste Eleanor Rigby. Et c’est à peine si les Stones ont eu un peu plus de chance. Certes, leurs (I Can’t Get No) Satisfaction et Paint It Black ont beaucoup souffert des assauts d’Eddy Mitchell pour le premier et de Marie Laforêt (Paint It Black qui devient Marie Douceur, Marie Colère... sans commentaires). Mais, ils ont aussi bénéficier d’excellentes reprises. Lorsqu’un quasi-inconnu du nom de Marc Humbert chante Congratulations sous le titre Félicitations, il n’y a rien à dire, il les mérite... Et Ronnie Bird (« Merde... Je viens de voir passer Patrick Eudeline... ») qui enregistre The Last Time sous le titre Elle M’Attend.

Bon, les Beatles et Stones, me direz-vous, c’est du gros poisson. C’est normal qu’ils soient la cible de tous ses interprètes vaseux. Mais même un groupe moins vendeur comme les Kinks ont dû supporter les coups bas de nos stars nationales. Vous voulez des exemples ? Serge Lama qui transforme Apeman en Superman, Frank Alamo qui, à partir de Tired Of Waiting You, roucoule Ma Vie À T’Attendre, Petula Clark qui jette son dévolu sur Un Jeune Homme Bien (A Well Respected Man sonne tout de même beaucoup mieux) et le déjà très kitsch Dick Rivers qui a chatsauvagisé You Really Got Me sous le titre de La Seule Qui Me Tient. Ça vous suffit ?? Bien... On peut donc passer aux réussites car finalement Le Jour, Le Jour, Le Jour (All Day And All Of The Night) par les Lionceaux ou Mais Que Fait-Il (Dedicated Follower Of Fashion) par Gilbert Safrani & les Boots s’écoutent sans trop risquer un rejet de l’oreille interne. De même que pour la version de Till The End Of The Day rebaptisée Jusqu’À La Fin Du Jour par les obscurs Witackers est très honnête, surtout comparée aux 200€ que coûte leur EP sur l’impitoyable marché du collector.

Du côté d’Eric Burdon et ses Animals, je pense qu’il est inutile de parler des diverses versions de The House Of The Rising Sun qui a été repris dans tous les sens... Je suis sûr qu’il en existe même une version belgo-helvético-monégasque. Et puis, l’évocation d’un certain chanteur qui aurait chanté ce morceau sous un titre commençant par « Les portes » et finissant par « du pénitencier » risquerait d’attirer Parick Eudeline. Donc, on peut passer directement à I’m Crying, devenue Tu Ne Peux Pas dans la bouche d’Eddy Mitchell, ce dernier étant un moindre mal puisque la chanson était à l’origine destinée à Sheila. Dick Rivers peut crier haut et fort C’est Ma Vie (It’s My Life), c’est tout de même Thierry Vincent avec Partons Et Courons Loin D’Ici (We’ve Gotta Get Out Of This Place) et Noël Deschamps avec Je N’Ai À T’Offrir Que Mon Amour (Don’t Let Me Be Misunderstood... sic !) qui touchent le jackpot.

Pour tout ce qui est des reprises de Gerry & The Pacemakers, des Searchers, du Dave Clark’s Five ou d’Herman’s Hermits, mieux vaut ne pas en parler. Il y a plus intéressant à faire et je n’ai pas envie de me mettre les amateurs de sucreries à dos. Revenons-en donc aux sympathiques Beach Boys dont les adaptations françaises sentent plus les plages bretonnes post-Erika que le sable fin de la Californie. Tout au plus gardera-t-on Fun, Fun, Fun, reprise par les Missiles et transformée en Fume, Fume, Fume, version qui se révèle finalement très actuelle de par son côté politiquement incorrect. Et comme les Français ont toujours bien aimé les chanteuses désignées par leur simple prénom (Non, Jennifer, Lorie et Priscilla ne comptent pas... On parle de chanteuses !!), notons quelques réussites féminines : Mes Rêves De Satin (Nights In White Satin des Moody Blues) par Patricia, Ces Bottes Sont Faites Pour Marcher par une émule de Nancy Sinatra nommée Eileen et surtout une reprise du standard garage In The Past par Delphine, qui est en fait une semi-reprise puisque la demoiselle chante directement par dessus la partie instrumentale du morceau original du groupe We The People.

Et restons chez les yankees pour quelques trucs sympas... un Summer In The City (Lovin’ Spoonful) transformé en Personne Dans Cette Ville par Dan & Vanny (deux inconnus sortis de nulle part), Noël Deschamps reprenant tour à tour le Let Me Be des Turtles (Comme Je Suis) et Laugh, Laugh des Beau Brummels (Passe Ton Chemin) ou encore Ronnie Bird (« Patrick Eudeline !! Dégage de ma piaule !! ») avec Ce Mauvais Journal (Almost There chez les Turtles) et Cheese (à l’origine, Lies par les Knickerbockers). Enfin, il faut signaler un OVNI musical, un certain Nicolas Nils & les Murators qui ont repris deux titres des Seeds (!!!), Pushin’ To Hard et Try To Understand devenant Il Faut Trimer Dur et Faudra Compter Avec Moi. Bien entendu, toutes ces versions sont loin de valoir les versions originales... et il en est de même pour ces pauvres anglais qui se retrouvent rabaissés à S’Il Faut Un Homme (I’m A Man du Spencer Davis Group) par Tony Mark & les Markmen, Je Ne Peux L’Oublier (Heart Full Of Soul des Yardbirds) par Thierry Vincent ou encore Ce N’Est Pas Une Vie (Sha-la-la-la-lee des Small Faces) par Pussycat. Là aussi, sans être honteuses, ces covers ne sont définitivement pas au niveau des originales.

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Pochette du single Où va-t-elle ?. On admirera la coupe de douille que même le batteur des Naast envie...

Mais évitez de tirer quelque conclusion hâtive !!! Il y eut quand même quelques franches réussites, certes noyées dans un océan d’approximations et de médiocrités. Citons par exemple une version de You’ve Got What You Want des Sorrows, et si elle est devenue Comme Au Poker dans la bouche de Larry Greco, elle a surtout été produite et enregistrée par le seul génie de l’époque en France, le suisse Ken Lean. Sinon, Toi Qui Connais Les Filles, adaptation de Thinking Of You Baby (Dave Clark’s Five) par les Pollux n’a rien à envier à son modèle en terme de rugosité et de coupes de douilles... et ce, malgré le nom ridicule du groupe. Enfin, en haut du podium, l’incontournable Ronnie Bird (BLAM !! « Désolé, Eudeline, mais tu l’as bien cherché... ») et son tiercé gagnant : Fais Attention (Find My Way Back Home des Nashville Teens), Tu Perds Ton Temps (Don’t Bring Me Down des Pretty Things) et surtout Où Va-T-Elle qui se paie le luxe de surclasser le Come On back originel des Hollies.

Voilà... On pourrait s’arrêter là, mais comme je sens que vous en voulez encore, on va se rabattre sur le bizarre (pour paraphraser Audiard), quelques trucs étranges voguant entre le sublime et le pathétique. En 1965, par exemple, les Sounders ont sorti un EP contenant quatre reprises d’Eddie Cochran. Certes l’objet était un peu en retard sur son époque. Mais la production de Ken Lean et la basse énorme portant un Summertime Blues devenu L’argent de poche forcent le respect et prouvent que ce morceau reste intemporel (et les Who d’acquiescer quelques années plus tard, sur une scène du côté de Leeds). Dans le style étrange, il se murmure que Fabrice (oui, oui, le benêt de la valise RTL) aurait enregistré Shape Of Things des Yardbirds sous le titre Ça Fait Au Moins Trois Mois... Alors, info ou intox ? Et gardons le meilleur pour la fin, nos chers Compagnons de la Chanson ne résistant pas à l’ambiance grégorienne de Still I’m Sad des pauvres Yardbirds qui auront décidemment été jetés en pature à n’importe qui. Au final, ça donne Les Corbeaux De La Nuit et je crois qu’il vaut mieux passer sous silence ce triste moment « musical ». Sur ce, je vous laisse avec vos Naast ou vos momies déterrées pour la tournée Salut Les Copains, moi je vais me réécouter Metal Machine Music... Après ce que j’ai dû entendre pour écrire cet article, ça va me reposer.

PS : Cet article a été co-écrit avec mon ami Vincent Price III. Sans ses connaissances et son style percutant, il n’aurait sans doute pas vu le jour. Je lui adresse donc tous mes remerciements...



[1Pour la petite histoire, un site a consacré une excellente page web à ce morceau et ses nombreuses reprises (dont une de Claude François !) : http://perso.orange.fr/city.lights/spiritinthenight/covers/foughtthelaw.html

[2Béatrice Ardisson passe l’essentiel de ses journées à chercher ces reprises pleines de contrastes ou qui marient les contraires pour réaliser la bande-son de Paris Dernière, fameuse émission de Paris Première longtemps présentée par Frédéric Taddei. Les compilations sont disponibles dans toutes les bonnes charcuteries

[3Il me faut rectifier par ailleurs un oubli concernant Nick Cave : l’Australien a réalisé un excellent album de reprises nommé Kicking Against The Pricks.

[4La bataille et l’atrôce chanson d’ABBA

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